Pour restaurer leur maison Art nouveau comme en 1900, ils inversent porte et fenêtre: on visite la discrète Maison Roosenboom avant le Banad (photos)

La discrète Maison Roosenboom ouvre ses portes pour la première fois au Banad, le festival bruxellois dédié à l'Art nouveau et à l'Art déco. Jusqu'il n'y a pas si longtemps, cette demeure ixelloise était squattée. Ses nouveaux propriétaires, férus d'architecture, la rénovent pour y habiter. On visite en primeur.

La Maison Roosenboom, du nom de son architecte, date de 1900. Cette demeure Art nouveau en rénovation à Ixelles ouvre pour la première fois au Banad. Il a fallu 7 mois aux ébénistes restaurateurs pour en poncer les boiseries.
La Maison Roosenboom, du nom de son architecte, date de 1900. Cette demeure Art nouveau en rénovation à Ixelles ouvre pour la première fois au Banad. Il a fallu 7 mois aux ébénistes restaurateurs pour en poncer les boiseries. ©EdA - Julien Rensonnet

"La porte est à gauche et la fenêtre à droite. Mais quand on a acheté en 2020, c'était l'inverse. Cette modification date de 1908. Nous avons décidé de revenir au pristin état de 1900. Derrière la porte, se trouvait à l'origine ce qu'on appelait alors une 'réserve pour automobile'". Qui devrait en 2024 plutôt héberger des vélos.

Inverser porte et fenêtre en façade, ce n'est pas commun. C'est pourtant ce qu'ont entrepris d'emblée les nouveaux propriétaires de la Maison Roosenboom. Cette discrète bâtisse Art nouveau est en pleine rénovation dans la rue Faider à Ixelles. Elle ouvre néanmoins ses portes pour la première fois au Banad, le festival Art nouveau bruxellois qui se lance ce 9 mars. "L'objectif est d'y habiter", confie la nouvelle propriétaire. "Mais aussi d'y organiser des visites. Sans quoi ça n'aurait pas de sens. C'est devenu un projet de vie. Et presqu'un emploi à plein-temps", s'amuse cette ancienne prof de langues.

Coquille

Jusqu'à l'acquisition par la famille des nouveaux propriétaires, le lieu était connu comme "Maison Beukman". Désormais, c'est par le nom de son architecte que la demeure est appelée. La conséquence de récentes recherches historiques. "Le premier propriétaire s'appelait Louis Beeckman. Cet industriel n'y a jamais habité. Une coquille dans la copie de son patronyme a mené à la confusion", résume la propriétaire. "Albert Roosenboom en a livré les plans en 1900. Il a construit d'autres maisons à Bruxelles mais a très vite renié l'Art nouveau pour se diriger vers le néoclassique. Au boulevard Général Jacques et au square Léopold II notamment".

La Maison Roosenboom, du nom de son architecte, date de 1900. Cette demeure Art nouveau en rénovation à Ixelles ouvre pour la première fois au Banad. Il a fallu 7 mois aux ébénistes restaurateurs pour en poncer les boiseries.
La Maison Roosenboom, du nom de son architecte, date de 1900. Ses ferronneries ont retrouvé le vert menthe d'origine et ses briques sont désormais séparées par un enduit rouge. Elle héberge une petite loge intérieure qui escamote les escaliers. Il a fallu 7 mois aux ébénistes pour en poncer entièrement les boiseries. ©@maison_roosenboom / Instagram
La Maison Roosenboom, du nom de son architecte, date de 1900. Cette demeure Art nouveau en rénovation à Ixelles ouvre pour la première fois au Banad. Il a fallu 7 mois aux ébénistes restaurateurs pour en poncer les boiseries.
Abdel Melloul, ébéniste restaurateur. ©EdA - Julien Rensonnet
guillement

Le vernis date des débuts des vernis industriels: il nous a fallu 7 mois pour décaper la maison. Ça devenait du chewing-gum.

Franchissant la porte aux ferronneries menthe entrelacées qui se répètent plus discrètement dans le bas-relief du décrottoir, on retrouve leurs motifs dans la mosaïque de l'entrée. Il se multiplie encore dans les lambris qui ornent escaliers et bel étage, à l'impressionnante hauteur sous plafond. Entre les cheminées élégamment rehaussées de carrelage vert s'élèvent les effluves à l'entêtant parfum de cire des bouteilles d'Abdel Melloul. De sa "souris" de chiffon, l'ébéniste restaurateur nourrit religieusement l'acajou des boiseries. "Il y a plusieurs essences, hêtre, sapin et pitchpin. Mais on ne les distinguait plus tant il y avait de verni. Il date des débuts des vernis industriels : il nous a fallu 7 mois pour décaper la maison. Ça devenait du chewing-gum", sourit l'artisan en couvant du regard les greffes appliquées aux chambranles. Des difficultés identiques ont fait obstacle à la restauration des carrelages étoilés de la cuisine : les ouvriers y ont lutté contre les poussières toxiques des colles d'un suranné Balatum.

Pavots

Malgré son magnifique sgraffite aux pavots enchevêtrés de Privat-Livemont, cette maison qui a jadis appartenu à la famille Bordet n'est pas la plus en vue à Bruxelles. Quand les propriétaires la rencontrent, elle est quasi à l'abandon. "Passionnés d'architecture, on est tombé devant lors d'une promenade Art nouveau. Les accès étaient barricadés suite au squat pendant 3 mois en 2018. Les fenêtres étaient cassées". Qu'importe : une visite est organisée dans le bâtiment classé depuis 1981. "Les boiseries et éléments Art nouveau étaient en bon état. Mais la mérule ravageait les pièces d'eau. On a failli faire demi-tour". Mûri pendant 6 mois, le projet prend finalement corps. L'acte est signé en juin 2020 et les travaux lancés en novembre 2022. "Il faut être patient pour restaurer un tel bien. On n'est pas libre d'y faire ce qu'on veut". C'est le bureau Architectures Parallèles de Florence Doneux, spécialisé dans les rénovations patrimoniales, qui relève le challenge. 3 étages, jadis divisés en 8 appartements, deviendront unifamiliaux. Un monte-personne est intégré à l'ensemble.

La Maison Roosenboom, du nom de son architecte, date de 1900. Cette demeure Art nouveau en rénovation à Ixelles ouvre pour la première fois au Banad. Il a fallu 7 mois aux ébénistes restaurateurs pour en poncer les boiseries.
En façade, le magnifique sgraffite aux pavots enchevêtrés est dû à Privat-Livemont. Le même a aussi œuvré à la réalisation du second sgraffite de la Maison Roosenboom, sur la cheminée du bel-étage. ©@maison_roosenboom / Instagram

La propriétaire l'avoue, "on est parfois découragé" face à l'ampleur du chantier. "Il faut parfois des piqûres d'enthousiasme". Outre celles des visiteurs du Banad ce week-end des 9 et 10 mars, des surprises peuvent arriver. "Une dame s'est manifestée sur notre compte Instagram, qui retrace la rénovation. C'était la maison d'enfance de sa grand-mère. Elle nous a montré 4 photos anciennes qui nous ont aidés. Pour la disposition de la terrasse notamment, différente dans les années 20. Quand elle est venue visiter, elle était très touchée".


Le Banad 2024: entre secrets bien gardés et stars incontournables

Le Banad (Brussels Art nouveau & Art deco) Festival se tient du 9 au 24 mars partout dans Bruxelles. Cette 8e édition est organisée sur 3 week-ends, lors desquels vous pouvez participer à des visites d'intérieur ou des balades extérieures, à pied ou à vélo. On y passe de maisons de maîtres confidentielles en chefs-d'œuvre Unesco, de bureaux en ateliers d'artistes, d'antiques magasins en ambassades feutrées, sans oublier les bâtiments publics bien connus comme des écoles, des musées, des lieux de culte, des hôpitaux. De quoi voir ces sites pragmatiques sous un regard neuf.

La Maison Roosenboom, du nom de son architecte, date de 1900. Cette demeure Art nouveau en rénovation à Ixelles ouvre pour la première fois au Banad. Il a fallu 7 mois aux ébénistes restaurateurs pour en poncer les boiseries.
Les carrelages et ferronneries de la Maison Roosenboom, rue Faider à Ixelles, se dévoilent pour la première fois au Banad 2024. ©EdA - Julien Rensonnet / @maison_roosenboom / Instagram

La Maison Roosenboom fait partie des inédits de l'édition 2024. À ses côtés aussi : les maisons Danckaert, Bossaert, Engels, l'ancien cinéma Pathé Palace ou la maison communale de Koekelberg. Au menu encore : les ostentatoires hôtels Solvay, Tassel, Otlet, Hallet, Cohn-Donnay, les maisons Saint-Cyr et Cauchie, la prestigieuse villa Empain, le pompeux Résidence Palace et sa mythique piscine, le touffu musée Old England et ses instruments de musique, les églises Saint-Jean-Baptiste et Saint-Augustin…

Vous pourrez aussi suivre la visite historique autour des brasseries Wielemans-Ceuppens ou du cinéma Eldorado à De Brouckère, connaître les peintres et artistes de l'hôtel de ville de Saint-Gilles, contourner les étangs d'Ixelles, relier les réalisations d'Horta à vélo, surplomber Bruxelles depuis son sommet à l'Altitude Cent, rouler de l'Anderlecht bourgeois à ses cités-jardins, fêter dans les bars et cabarets Art nouveau, découvrir la ménagerie architecturale de Schaerbeek, lire l'Art nouveau dans les BD au CBBD ou chiner à la foire dédiée aux restaurateurs à l'École N°13 à Schaerbeek.

+"Banad 2024", jusqu'au 24 mars 2024 partout dans Bruxelles, programme complet et inscription (souvent obligatoire, jusqu'à 8h chaque vendredi avant l'événement) sur le site du Banad.

Nos lecteurs ont lu ensuite

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...