Polluants dans l'eau dans la région d'Ath : "pas d'inquiétude" pour le ministre
Le ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters, insiste sur le fait que la nature et la quantité de polluants détectés dans de l'eau de distribution à Ath sont sans danger.
- Publié le 04-02-2026 à 12h00

Le député Bruno Lefèbvre (PS) a interrogé le ministre Yves Coppieters (Les Engagés), mardi en commission Santé, Environnement et Action sociale du Parlement wallon, à propos de la présence de TFA dans l'eau d'une zone de distribution à Ath et des communes voisines. M. Lefèbvre avait déjà interrogé le même ministre voilà quelques mois pour le même dossier, relatif à un dépassement de polluants dans l'eau de distribution pour quelques maisons de Gibecq, mais surtout à Brugelette, Lens et Jurbise.
"La concentration de TFA est passée de 2,4 µg/l à 3,8 µg" rappelle le député athois. "Ce résultat dépasse ainsi largement la valeur guide de 2,2 µg/l adoptée par le Gouvernement. Bien que cela ne remette pas en question sa potabilité, au regard des critères établis en Wallonie, cela pose question et peut amener des inquiétudes dans la population. Pour apaiser ces inquiétudes, il faut pouvoir les entendre et y apporter des réponses claires."
"Un courrier vous avait été envoyé par les autorités communales le 10 octobre mais, sauf erreur, il n'a obtenu aucune réponse. Dans ce dernier, elles vous faisaient part de leurs remarques concernant le travail en silos de l'administration en matière de PFAS. Ainsi, l'AVIq menait une campagne de testing sur la commune, mais peinait à renseigner sur le plan d'ensemble wallon en matière de PFAS."
"Les acteurs de premier plan sont-ils suffisamment informés concernant la stratégie régionale ? "interroge M. Lefèbvre. "Comment garantir une cohérence des messages et des actions afin que les citoyens ne soient pas confrontés à des injonctions contradictoires ou à une absence de réponse claire ? Les communes sont évidemment des maillons essentiels pour leur lien avec les citoyens, mais elles ne sont pas armées pour faire face à ces questions. Envisagez-vous de coordonner une démarche transversale, incluant les communes, la SWDE, les autres distributeurs et les services régionaux pour établir un protocole d'information, voire d'intervention, en cas de dépassement de seuils encore non normés mais scientifiquement préoccupants ?"
Le TFA n'est pas le plus dangereux des PFAS
Le ministre relativise d'abord la gravité de la situation, en regard de la présence des TFA. Le TFA, pour acide trifluoroacétique, est une substance perfluorée (PFAS) utilisée dans pas mal d'applications industrielles.
"En général, les TFA sont source d'inquiétude dans la population. Il convient cependant de rappeler que les scientifiques s'accordent pour considérer que le TFA ainsi que les autres PFAS à chaîne ultracourte semblent nettement moins toxiques pour les humains que ceux à chaîne plus longue, les "classiques". Ainsi, selon les sources consultées, le TFA serait de 200 à 500 fois moins toxique que certains PFAS fortement toxiques. C'est en se basant sur l'équivalent de toxicité le plus prudent que le conseil scientifique indépendant, mandaté par le Gouvernement Wallon, a défini la valeur cible de 2,2 microgrammes par litre. Un dépassement de cette valeur guide ne remet pas en cause la potabilité de l'eau, mais nécessite un plan de surveillance accru afin d'identifier la source de contamination au TFA et bien sûr de l'éliminer au plus vite. La valeur indicative de 2,2 microgrammes par litre sert donc exclusivement de valeur consultative à l'intention des autorités compétentes. Signalons en outre qu'une note de l'EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) concernant la toxicité du TFA pour les humains est actuellement soumise à enquête publique. Ce document propose une dose journalière tolérable pour les TFA de 25 microgrammes par jour et par kilo de masse corporelle. Considérant que l'eau ingérée représente 20 % de l'apport quotidien, le calcul pour un adulte de 70 kilos buvant 2 litres par jour autorise la préhension du TFA à raison de 175 microgrammes par litre avant que l'EFSA ne considère cette eau comme non potable."
"L'eau distribuée dans quelques maisons d'Ath, et contenant pour la mesure la plus élevée 3,8 microgrammes par litre, est donc très loin de ces critères rencontrés" souligne le ministre.
"On peut comprendre que l'AVIq n'ait pas pu répondre à certains points de détail, mais il est faux de considérer que le travail se fait en silo" poursuit Yves Coppieters. "Les échanges sont fréquents entre les diverses entités afin d'assurer une bonne coordination de tous ces travaux. En ce qui concerne la communication vers les communes, l'administration a organisé chaque fois que c'était utile des séances d'information aux citoyens. De même, des réunions périodiques étaient organisées entre distributeurs d'eau, communes et administrations dans les zones couvertes par des enquêtes environnementales. Et celles-ci ont été suspendues à la fin du mois d'octobre 2025 afin de ne pas porter préjudice à la bonne marche de diverses enquêtes judiciaires en cours actuellement. Nous étudions donc cependant la possibilité de reprendre au plus tôt ces rencontres profitables pour tous."
Informer les pouvoirs locaux
"Je note tout de même que vous nous rappelez que le TFA semble nettement moins toxique que les autres" réagit M. Lefèbvre. "Je ne veux pas remettre en cause le travail que vous avez réalisé depuis que vous êtes présents et notamment les rencontres citoyennes que vous avez organisées. L'élément sur lequel je souhaitais mettre le doigt ici, c'est sur le principe qu'aujourd'hui, la population reste très inquiète. Les pouvoirs locaux sont en première ligne, le bourgmestre et les communes en général. Donc je pense que c'est extrêmement important qu'on arrive à avoir une démarche transversale dans laquelle on peut intégrer la commune pour pouvoir répondre aux inquiétudes des citoyens puisque les citoyens ne vont pas revenir vers vous en cas d'inquiétude. Ils vont voir leur bourgmestre, ils vont voir la commune et ils sont aujourd'hui encore relativement inquiets en la matière."
