À Charleroi, Michael Seoudi vous plonge dans les coulisses du travail sur les phases arrêtées : "Sur le terrain, on s'y exerce durant 6-7 minutes"
Découvrez au fil d'une semaine type comment le Sporting est devenu la meilleure équipe sur phases arrêtées, grâce à un programme millimétré.
- Publié le 24-10-2026 à 09h09

Marvin Compper est prévenu. S'il veut garder son travail, l'entraîneur de l'Antwerp doit éviter la défaite face à Charleroi. Pour cela, le technicien allemand a tout intérêt à avoir bossé défensivement les coups de pied arrêtés de l'actuel troisième du championnat belge.
Depuis le début de la saison, le Sporting est devenu le roi d'un sujet qui a pris une place prépondérante dans le football moderne. "C'est plus de 30 % des buts de chaque équipe. Nous, nous ne sommes pas loin des 40 %", glisse Michael Seoudi, en charge de ce domaine au matricule 22.
Depuis deux rencontres, les hommes de Mario Kohnen repartent avec la victoire grâce à un coup franc ou un corner. Ils ont même inscrit 6 buts de cette façon, en plus des 2 penaltys déjà convertis.
Alors, on s'est mis en quête de comprendre comment les Hennuyers planchaient sur ça, avec goût et réussite. "Il n'y a pas de secret particulier, mis à part le travail", confie le quadragénaire arrivé au Mambourg en juin après trois saisons du côté de la Louvière.
Un dur labeur qu'il a pris le temps de nous expliquer jour par jour et qui débute dès la fin de la rencontre du week-end "où je revois directement nos phases arrêtées".

J-5
"Le début de la semaine correspond au visionnage de l'adversaire. Là, j'ai regardé toutes les touches, les corners et les coups francs de l'Antwerp lors de leurs six derniers matchs. Ensuite, je scrute leurs data. C'est indissociable. Ne pas consulter la vidéo peut tuer ton rapport. À ce propos, je m'occupe également du travail sur nos coups de pied arrêtés défensifs. Parfois, les statistiques t'informent que l'adversaire frappe beaucoup en première zone mais tu remarques sur les images qu'il est plus dangereux en deuxième zone. Le but, c'est vraiment de regarder où tu peux faire mal et inversement. C'est comme un jeu d'échecs. Parfois, je débriefe avec le responsable adverse. Après l'Union, où l'on a pris deux buts sur corners à la suite de combinaisons, Artur Kopyt m'a avoué que l'on défendait tellement bien qu'ils avaient choisi de s'adapter en tentant quelque chose de plus loin, à nos 16 mètres."
Ne pas consulter la vidéo peut tuer ton rapport.
J-4 et J-3
"Durant cette période, on a une planification qui n'est pas liée à l'adversaire. On bosse des routines chaque semaine et tous les 15 jours, on revoit des choses. Mercredi, on a eu un bloc un peu plus gros mais c'était la révision de tout ce qu'on avait fait sur les deux derniers mois. J'ai établi un ordre d'importance. Comme les corners sont primordiaux, au vu de leur nombre pendant une rencontre, on va davantage les travailler sur le mois que les coups francs ou les longues touches, même si elles commencent à prendre de l'importance. J'ai la chance ici qu'on travaille les phases arrêtées un petit peu tous les jours. À mon époque, quand j'étais joueur, c'était 15-20 minutes lors de la dernière séance de la semaine quand plus personne n'avait envie de faire quoi que ce soit, car tu ne pensais qu'au match. Je détestais les travailler. C'est pour ça que je comprends les joueurs. Je me mets à leur place. Pourquoi personne n'aime s'exercer là-dessus ? Parce qu'on stoppe tout le temps l'action. Le temps est pris pour discuter du positionnement et des courses des joueurs. Ce n'est pas plaisant comme pendant un jeu continu."
À mon époque, je détestais les travailler. C'est pour ça que je comprends les joueurs.
J-2
Mon plan de bataille lié au match du week-end doit être prêt. Je demande à Thomas Lambert, l'analyste vidéo, d'habiller les images retenues pour mon débriefing à J-1. On essaie de changer certaines choses dans notre manière d'attaquer afin d'être le moins prévisibles possible. Nous travaillons également à un plan B si un jour, ça ne fonctionne plus. Sur le terrain, on s'y exerce durant 6-7 minutes, pas plus. On répète ça la veille du match. L'apport de Frank (Defays) est essentiel durant toute la semaine. Je lui communique ce que fait l'adversaire et à l'entraînement durant les exercices, il gère les joueurs qui endossent le rôle de nos opposants. Souvent, ce sont les remplaçants. S'ils ne s'impliquent pas à 100 %, on ne peut réussir."
Notre réussite est due au fait qu'on les a travaillées tous les jours durant la préparation.
J-1
Après le petit-déjeuner, je réalise une présentation devant le groupe avant de partir à Marcinelle. Je leur montre les bonnes et les mauvaises choses du match précédent, où l'on va attaquer l'adversaire, sur quoi on doit être très attentifs défensivement pour le lendemain. Ça ne dure pas plus de 8 minutes, sous peine de les perdre. À côté, j'ai également des entretiens individuels de quelques minutes. La semaine dernière, j'ai prévenu Massamba (Sow) : 'Attention, ce joueur-là aime beaucoup venir et terminer dans la zone où tu vas être ce week-end, donc tu dois être très actif là.' En début de saison, j'ai aussi nommé des leaders phases arrêtées. J'ai pris Aurélien (Scheidler) Cheick (Keita) et Aiham (Ousou) puis Pat (Pflücke) pour sa qualité de frappe ainsi que Kevin (Van Den Kerkhof) et Mardochée (Nzita), les vice-capitaines. On souhaite également anticiper en trouvant d'autres frappeurs si, un jour, Pat a un souci. Hier après-midi, d'autres joueurs qui n'ont pas l'habitude s'y essayaient. Parfois, ils sont étonnés en me disant qu'on ne leur avait jamais décelé de qualités. D'autres viennent aussi me le demander. Cet été, Jakob (Romsaas) est venu me trouver pour que l'on s'y exerce. Et cela a payé à Courtrai. Je pense aussi que notre réussite est due à la détermination du groupe et au fait qu'on les a travaillées tous les jours durant la préparation. Il faut continuer. C'est pour cette raison qu'à la fin de la présentation, j'ai un diaporama avec le compteur des phases arrêtées. En vert, il y a le nombre de buts inscrits et en rouge, ce que l'on a concédé.