Le Tournai d’avant: la nouvelle Halle aux draps sera de pierre

L’édifice de bois a rempli son office jusqu’à la ville de Pâques 1606, des vents violents l’abattent. Elle sera reconstruite, en mieux.

Étienne BOUSSEMART

Étoffes diverses, tapisseries de haute lisse, la Halle aux draps s’est rendue indispensable tant pour les marchands que pour les chalands. Aussi, pour la rebâtir, la Ville se met en quête de moyens et d’hommes de l’art. Cette fois, le calcaire local sera le maître.

Une neuve halle

L'échevin Philippe de Hurges écrit en ses mémoires que les Consaux entendirent le grand Prévôt faire la proposition «d'élever une neufve halle sur le marché, la résolution de laquelle estoit demeurée flottante et sans effet par la division de nos conseillers. Il fut donc arrêté de la rendre plus belle et plus commode que l'ancienne qui étoit toute de charpentage et de boys».

Pour ce faire «comme la place semble trop petite à l'accomplissement de ce dessein, la maison à l'enseigne de la «Thoison d'or» fut achetée» Autre difficulté, la forme carrée prévue par l'architecte ne sait être réalisée sans difformité de la halle. Un des conseillers trouve la solution «acheter encores la maison dite du «Lyon d'or». Ce qui sera fait.

Corruption?

Une note du même échevin rapporte ceci «le conseiller prescrivant l'achat du Lyon d'or fut fort souspçonné d'avoir eu intellgence secrète avec le propriétaire comme avec Quentin Rate, l'architecte désigné, tirant d'une bonne somme de deniers et, de l'autre, ayant sa maison bastie. Le marché qu'il feroit pour la construction desdites halles fut facile, ayant un mayeur des finances tout à sa dévotion. D'où advint que la ville acheta d'autant plus cher le logis mentionné et les halles coûtèrent 4 000 florins de plus. Et voit-on l'architecte dresser une très belle maison au conseiller qui dailleurs étoit pauvre, endetté, sans patrimoine, consommant le double du revenu de son état en gourmandises, pâtisseries et boisons».

On n’a donc rien inventé!

Chère mais belle

De nombreuses tractations auront lieu encore, chacun essayant visiblement de s'enrichir. Les Consaux sont, eux, économes; ainsi, ils n'acceptent d'accorder la construction de la Halle à Quentin Rate, architecte et entrepreneur, que pour 22 000 florins au lieu de 23 000 demandés et le contrat passé note, point par point, ce qu'il faut faire ou non. Ils sont aussi très sociaux car, «le prince ayant accordé une remise de mille florins sur l'ayde due de 36 000 florins passant à 26 000, les impôts sur le vin, la bière et autres sont revus à la baisse».

En 1610, le chevalier de Lannoy et Michel de Cambry posent la première pierre de la Halle. Le style choisi, d’après les plans du peintre Jacques Van den Steen, est celui de la Renaissance tardive, visible dans l’ordonnance générale et la succession des ordres, dorique et ionique, le corinthien viendra plus tard avec la restauration. Un style fastueux, une construction en pierres de taille sauf les voûtes du porche..

À noter que seul la Halle et la Conciergerie (demeure du maître du marché) sont élevées. Les galeries de Gérard Spelbault surviendront en 1616 afin d’augmenter les surfaces de vente. La cour centrale ou «cortile» n’est pas couverte.

En ruines

Est-ce étonnant au regard de notre temps? En fin XVIIIe, les échanges commerciaux empruntent d'autres voies, plus internationales et les marchands désertent leurs étals. Cette immense bâtisse se dégrade au fil des ans, la Conciergerie perd son pignon, des piliers s'affaissent et, le 20 mai 1881, la Feuille de Tournai publie cet avis: «Ce matin, vers cinq heures et quart, un bruit formidable retentit du côté de la Grand-Place; c'était le vieux bâtiment de la Grand Garde qui s'écroulait».