Piquets de grèves, huissiers, copies inaccessibles, directions dépitées : pourquoi des épreuves du CE1D et du CESS ont été annulées à Liège
Malgré la résolution de la ministre Glatigny, certaines directions de la région liégeoise n'ont pas pu récupérer les copies des épreuves du CE1D et du CESS, mercredi et jeudi. Résultat : certains élèves ne les passeront pas, à charge pour le conseil de classe de décider de leur réussite.

- Publié le 18-06-2026 à 17h48
- Mis à jour le 18-06-2026 à 17h52

Cette fin d'année scolaire commence tout doucement à ressembler à un film. Une série B dont les dindons de la farce pourraient bien être les élèves. Certains, plus (mal) chanceux que d'autres, ne pourront finalement pas passer les épreuves du CE1D et du CESS puisque leurs directions n'ont pas été en mesure de récupérer les copies qui leur étaient destinées. Explications.
Des piquets devant 8 centres de distribution sur 74
Chaque année, c'est le même cérémonial : les copies des épreuves externes (CE1D, CESS mais aussi CEB) sont envoyées, depuis Bruxelles, dans des centres de distribution répartis sur l'ensemble du territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Des écoles dites "coffre-fort" où les directions sont censées récupérer celles qui leur sont destinées.
Oui, mais voilà : ce mercredi, 8 centres, sur les 74 recensés en FWB, avaient été visés par des piquets de grève venus les empêcher d'accéder aux lieux, entraînant même des situations locales rocambolesques, comme à Malmedy. Les directions rentrées bredouilles ont alors reçu par mail, de l'administration, un second créneau horaire jeudi matin.
Nous sommes des directeurs d'école, pas des gardiens de prison
Piquets et impossibilité de pénétrer dans les bâtiments : aux mêmes endroits, la situation s'est alors répétée pour les établissements concernés, si bien qu'une seule décision s'imposait alors : l'annulation pure et simple des épreuves. "À un moment, grimace Jean-Michel Renaud, directeur du Centre Scolaire Saint-Benoît Saint-Servais de Liège, il fallait bien qu'on communique, ne serait-ce que par respect pour les parents et pour le bien-être mental des élèves, dont on parle trop peu."
Et tant pis si ça va à l'encontre des desiderata répétés de la ministre de l'Éducation, Valérie Glatigny (MR) : "À l'impossible, nul n'est tenu : nous sommes des directeurs d'école, pas des gardiens de prison", enchérit un autre "dirlo", plus remonté encore.
Des huissiers et des astreintes
Après les blocages de mercredi, Valérie Glatigny avait, renseigne son cabinet, sollicité et obtenu une ordonnance de justice afin de rendre "filtrants" les piquets présents devant les huit centres de distribution pour lesquels il existait "un point d'attention". Et ainsi permettre aux représentants des directions éconduits mercredi de finalement récupérer leurs copies. Des huissiers ont donc été envoyés jeudi matin.
Tout cela ne se serait pas produit si la ministre avait accepté d'annuler les épreuves quand on le lui demandait
Un geste fort, assorti d'astreintes pouvant aller jusqu'à, nous dit-on, 5000 euros par infraction constatée. Et qui a provoqué la colère du monde syndical, CSC Enseignement en tête : "Nous regrettons qu'on en soit arrivé là, signale son secrétaire général, Roland Lahaye. Tout cela ne se serait pas produit si la ministre avait écouté le secteur, et choisi d'annuler les épreuves quand on le lui demandait. Aujourd'hui, elle est dans une posture, et ne veut pas en sortir."

Le syndicat d'inspiration chrétienne n'exclut pas de porter l'affaire devant la Justice, comme il l'avait fait dans le cas du conflit social qui avait secoué les magasins Delhaize en 2023, lorsque le groupe avait décidé de franchiser ses enseignes belges à marche forcée. Il avait d'ailleurs fini par obtenir gain de cause : "Nous allons voir avec nos services juridiques, promet Roland Lahaye, comment il convient de réagir. Mais la ministre devrait avoir autre chose à faire que d'envoyer des huissiers sur des piquets qu'elle a elle-même provoqués."
Les conseils de classe souverains… au cas où
La situation risque, en tout cas, d'être asymétrique ce vendredi, puisque certaines écoles – exclusivement liégeoises, semble-t-il – seront bien malgré elles dans l'impossibilité de faire passer les épreuves prévues pour l'obtention du CE1D et du CESS. Une perspective que la ministre Glatigny avait maintes fois évacuée, estimant que ces épreuves externes, organisées sur base décrétale, ne pouvaient en aucun cas être annulées, au contraire des épreuves internes.
Le discours était déjà différent, ce jeudi, au sein de son cabinet : "Les épreuves sont maintenues", y insistait-on sans grande conviction, avant de préciser que "dans les écoles où on n'aurait pas pu les organiser, le conseil de classe pourra évidemment prendre le relais". Et décider de la réussite, ou non, des élèves concernés en fonction, notamment, du travail journalier.
Wallonie-Bruxelles Enseignement soutient ses directions
Dans un communiqué publié jeudi en milieu d'après-midi, Wallonie-Bruxelles Enseignement, le plus gros pouvoir organisateur de la FWB, adoptait un ton similaire : "Force est de constater que les conditions pour tenir sereinement les examens ne sont plus remplies dans une série d'écoles, qui ne disposent toujours pas des épreuves d'examens", dit le communiqué.
Certaines directions d'école se seront présentées… plus de cinq fois aux centres de distribution. En vain.
"Dès lors, poursuit-il, en tant que PO sérieux et responsable, nous prenons nos responsabilités et chargeons les conseils de classe de délibération des écoles qui ne seraient matériellement pas en mesure de faire passer les examens de délibérer sur base des résultats de l'année." Selon WBE, les directions des établissements dans leur giron "ont mis tout en œuvre pour assurer la tenue des épreuves externes", certaines s'étant présentées… plus de cinq fois aux centres de distribution.

Reste à voir, maintenant, dans quelle mesure les épreuves elles-mêmes seront, ou non, ébranlées par une nouvelle mobilisation enseignante. Réponse ce vendredi, pour la suite du film.