Tourisme en Wallonie picarde : Comines-Warneton cultive la mémoire de 14-18
Marquée par 4 ans de combats, l'entité conserve des vestiges d'un passé tragique. Le tourisme de mémoire y attire des visiteurs du monde entier.
- Publié le 19-06-2026 à 09h54
- Mis à jour le 19-06-2026 à 10h12

Lorsque l'armée allemande envahit la Belgique en août 1914, elle avance rapidement vers la France. Après les premières batailles, les armées alliées et allemandes tentent chacune de déborder l'autre vers le nord dans la "course à la mer".
À l'automne 1914, la ligne de front se fige près d'Ypres et le relief joue un rôle stratégique, les deux camps voulant contrôler la crête. En octobre 1914, le front se stabilise alors en plein territoire de Comines-Warneton, le coupant en deux : à l'ouest, autour de Ploegsteert, les positions britanniques ; à l'est, autour de Comines, Houthem et Bas-Warneton, les positions allemandes. Durant quatre ans, avec en point d'orgue la bataille de Messines du 7 juin 1917, les combats font rage, détruisant complètement la région !

Plus d'un siècle plus tard, les stigmates sont toujours bien présents : vingt cimetières, des abris, un sol jonché d'obus et de shrapnels, etc. Et de très nombreux touristes ! Rencontre avec Joël Lindeboom, président de la Régie foncière qui gère le Centre d'interprétation 14-18 et guide passionné.
Comment se porte le tourisme de guerre à Comines-Warneton ?
Nous avons connu un pic de fréquentation lors du centenaire, suivi d'une baisse puis de la période du Covid. Toutefois, ces dernières années, nous constatons un regain d'intérêt, d'autant plus que nous diversifions notre offre au sein et autour du Centre d'interprétation : privatisations par des entreprises, participation active à tous les événements locaux, accueil pédagogique, etc. Nous menons également un travail de prospection vers la Flandre et la France. En 2025, nous avons enregistré 6 393 entrées, dont 1 954 visiteurs originaires de Flandre et 851 de France.

Et certains viennent de bien plus loin !
En effet, c'est aussi une caractéristique de Comines-Warneton : des soldats venus des cinq continents s'y sont battus : des Anglais, des Irlandais, des Sénégalais, des Australiens, des Néo-Zélandais, des Canadiens, etc. À la fin de la guerre, nous avons vu arriver les Chinois ! Un véritable atout puisque les familles viennent aujourd'hui se recueillir sur leur tombe ou sur les lieux des combats. Même si tout le monde ne visite pas le Centre d'interprétation, notre région accueille de nombreux autocars qui se rendent au Mémorial britannique ou dans les cimetières militaires. Les agences touristiques spécialisées dans le tourisme de mémoire effectuent un excellent travail. Et ces visites participent au dynamisme des gîtes locaux !
Outre le Centre d'interprétation, la région compte-t-elle d'autres richesses touristiques ?
Bien sûr. La campagne y est magnifique et les quelque 250 hectares de bois offrent de belles balades, parsemées de vestiges de guerre et de cimetières, tous très bien entretenus par la Commonwealth War Graves Commission. Nous possédons aussi le monument de l'UEFA dédié à la trêve de Noël, que des passionnés reconstituent chaque année le week-end précédant Noël. Les cyclistes peuvent rouler, comme les champions, sur les Plugstreets, ces sentiers empierrés empruntés lors de la course Gand-Wevelgem. En fait, les motifs d'intérêt sont multiples !
Quels sont les projets pour l'avenir ?
Nous nous penchons sur une réorganisation du site du Centre d'interprétation, ainsi que sur un jumelage avec la ville allemande de Leipzig, en Basse-Saxe, région dont étaient originaires certains bataillons de soldats ayant combattu à Ploegsteert. Comme nous recevons de nombreuses demandes de visites, nous envisageons également de former de nouveaux guides. Plusieurs personnalités célèbres ont séjourné sur l'entité durant la Première Guerre mondiale, à commencer par Winston Churchill et Adolf Hitler. On peut aussi citer le caricaturiste Bruce Bairnsfather, qui a créé chez nous le personnage d'Old Bill. Nous aimerions revenir sur leur parcours.
Enfin, nous avons également des projets avec la brasserie Vanuxeem.
Un partenariat qui mousse toujours autant ?
Oui ! En 2024, afin de soutenir financièrement le Centre d'interprétation, nous avons eu l'idée de lancer la bière "La Plugstreet". Dans le cadre d'un accord, nous avons octroyé à la brasserie une forme de légitimité pour utiliser le nom "Plugstreet", tandis que la société nous reverse une partie des bénéfices et assure notre promotion. Non seulement cette triple blonde de 7,5 % est excellente, mais le marketing a également été très soigné : un verre en clin d'œil aux Australiens qui ont combattu dans la région et auxquels le Centre est en partie dédié, une étiquette spécifique, un coffret, etc. Grâce au QR code figurant sur l'étiquette, cette bière est devenue notre véritable ambassadrice !
Info : Plugstreet 14-18 Experience – 056 48 40 00 – fermé le lundi. Info@plugstreet1418.be