Pourquoi l'application The Sorority destinée à lutter contre l'insécurité en rue ne verra-t-elle pas le jour à Verviers ?
La Ville de Verviers n'adhérera pas à l'application aux plus de 390 000 utilisateurs dans le monde. Une Stembertoise, Kimberley Fassin, motivée à ce que l'application soit instaurée, évoque plusieurs raisons incomprises.
- Publié le 18-06-2026 à 20h00

Kimberley Fassin, une jeune Stembertoise, a récemment lancé un large appel à témoignages sur l'insécurité à Verviers. Ambassadrice de l'application The Sorority pour le côté stream (NDLR : lors de lives sur les réseaux sociaux), qui lui permet d'aider des femmes atteintes de cyberharcèlement, il lui semblait également important de traverser la frontière numérique et d'apporter son aide dans sa ville.
Un sentiment d'insécurité partagé par certains
Les quelques témoignages déjà récupérés sont interpellants. "Ma fille de 14 ans qui se rendait à l'école s'est fait harceler par un "pédophile" à la gare de Verviers-central, ainsi que dans le train. Lorsque nous avons porté plainte, ce monsieur était déjà connu des services de police. Verviers, comme partout ailleurs, peut-être une ville dangereuse", confie une maman inquiète.
"Il y a quelques années, j'ai failli me faire kidnapper. Ils sont venus derrière moi pour essayer de m'attraper, j'ai couru à une vitesse pas possible ! J'en étais choquée, j'en ai pleuré et d'ailleurs, je ne sors plus mon chien la nuit, seule", évoque un autre témoin.
"Il y a quelques jours, je marchais devant une librairie et un homme est passé juste derrière moi pour y rentrer et m'a dit : "Tu es bien belle". C'est l'été, j'avais un short. On n'est pas en sécurité du tout", raconte une autre Verviétoise.
The Sorority pour aider à lutter contre le sentiment d'insécurité
Kimberley Fassin n'est plus à convaincre, d'autant plus que deux de ses proches ont déjà été agressés à Verviers. "Ça n'arrive pas qu'aux femmes et certains endroits comme la gare de Verviers ou des parkings non ou mal éclairés à Stembert ne sont pas rassurants", explique-t-elle.
C'est pour cela qu'elle souhaite que la Ville de Verviers participe à The Sorority. Il s'agit d'une application utilisée dans le monde entier qui lutte contre l'insécurité en rue (pour les hommes et les femmes). Dans l'arrondissement, la Ville de Spa est pionnière en la matière puisqu'elle y adhère déjà depuis décembre 2025.
Concrètement, lorsqu'un utilisateur se sent en insécurité, il le signale sur l'application et les autres utilisateurs présents dans un rayon de 20km peuvent réagir et potentiellement venir en aide. The Sorority permet aussi de lancer une alerte sonore pour faire fuir son agresseur ou peut demander si la victime a besoin d'assistance des services de secours. Enfin, des lieux dits "sûrs" sont répertoriés afin de diriger les victimes dans des endroits où elles seront en sécurité.
Un "non" pour Verviers
À Verviers, le projet a été présenté à la Commission consultative des femmes et a été rejeté à l'unanimité. La présidente de la commission, Marie Vercaempst explique cette décision : "D'une part, le projet a été mal présenté et, d'autre part, il nécessitait un budget de plus de 3000 euros, ce qui est conséquent pour la Ville. De plus, la commission a décrété qu'il n'y avait pas de "réelle plus-value" pour Verviers". La Ville n'y adhérera donc pas.
Marie Vercaempst ajoute qu'elle pense, à titre personnel étant elle-même utilisatrice de l'application, qu'il pourrait y avoir des dérives. "Un jour, je suis venue en aide à une femme et j'ai remarqué que toutes les personnes à moins de 20km étaient identifiables. Ça m'a fort dérangé, surtout quand on sait comment ça peut-être facile de créer un faux profil", relate la présidente de la commission.
Néanmoins, le débat pourra revenir sur la table si on vient avec un projet similaire avec une application gratuite. "Ça peut se rediscuter", conclut Marie Vercaempst.
Le projet s'étant arrêté au niveau de la Commission consultative des femmes, le bourgmestre Maxime Degey n'a pas été directement impliqué dans la décision. Il souligne tout de même dans sa position de bourgmestre que "dire que tout va bien dans les rues de Verviers, c'est peut-être aller un petit peu vite, mais on n'est pas non plus dans une ville où l'insécurité est galopante. Toute initiative qui peut nous aider dans cette lutte peut-être intéressante, mais, ici, le rapport coût/bénéfice par rapport à la sécurité ne semblait pas convenir à la commission".
Malgré tout, la motivation de Kimberley Fassin reste intacte afin d'instaurer une application qui permettra plus de sécurité à certains Verviétois en rue.

