Pénurie de médecins en zones rurales : l'UNamur organise des stages "clé sur porte" pour les étudiants
L'UNamur organise des stages "clé sur porte" pour ses étudiants en médecine dans les zones rurales. Un pari ambitieux pour lutter contre la pénurie de généralistes dans ces régions.

- Publié le 19-06-2026 à 06h00
- Mis à jour le 19-06-2026 à 12h03

A Lessive, Cerfontaine ou Mussy-la-Ville, les médecins généralistes se fontautant attendre et désirer qu'une victoire des Diables en Coupe du Monde.
La pénurie n'est pas neuve mais le phénomène s'aggrave. "Dans une récente étude, il a été relevé que 10% des personnes interrogées n'avaient pas de médecin traitant et 25% ont déclaré qu'ils rencontraient des difficultés pour contacter un généraliste", situe le docteur Dominique Henrion."La plupart des nouveaux patients qu'on accueille disent avoir contacté six ou sept confrères auparavant. Sans succès", appuie Tanguy de Thier, médecin cinacien.
Les zones les plus rurales sont touchées. C'est le cas, dans notre province, de l'Entre-Sambre-et-Meuse, de l'Ardenne namuroise mais aussi des régions de Rochefort et Ciney.
Le diagnostic est tracé, il faut désormais penser au remède. L'Université de Namur, qui forme les médecins de demain, s'est justement lancée dans un nouveau projet qui pourrait en inspirer d'autres.
"En troisième baccalauréat, les étudiants doivent effectuer un stage en médecine générale", rappelle Dominique Henrion. Les zones rurales n'ont pas trop la cote. "On a identifié trois freins : la difficulté de trouver un logement dans ces régions, les difficultés de transport et de mobilité et la peur de se retrouver isolé."
A l'UNamur, on a voulu gommer ces pointsnoirs de manière très pragmatique. "Dans les lieux ciblés, on met à disposition le logement", décrit Aurélie Strickaert, coordinatrice du projet. Navette organisée, prise en charge des frais de transport ou prêt d'une voiture : la question de mobilité est également réglée. Et pour éviter l'isolement, l'idée est d'accueillir et loger les stagiaires dans un même endroit. Avec l'appui de la Province de Namur, sept d'entre eux ont donc été accueillisau domaine de Chevetogne.
Casser des clichés
"On veut aussi que ces futurs médecins vivent une véritable expérience dans la région d'accueil, qu'il y ait un effet woaw!", insiste Dominique Henrion. "On veut qu'ils se rendent compte qu'il est possible de mener une très belle carrière de généraliste en zones rurales. Il y a encore pas mal de clichés, avec des horaires de fou, et des médecins qui se trouvent un peu coupés de tout."Mais la réalité évolue. Et la nouvelle génération semble plus attirée que les précédentes par ce choix de vie. "Pour ces stages, nous avions 26 places disponibles dans les zones rurales, à Chevetogne mais aussi à Chimay, Virton…", développe Aurélie Strickaert. "Il y a eu plus de cinquante demandes." Le docteur Henrion, dynamo du projet, n'a qu'un objectif : amplifier le mouvement. "Parce que ces problèmes de pénurie de généralistes, toutes zones confondues, vont devenir de plus en plus sévères." Autant jouer la prévention pour éviter une maladie qui sera finalement incurable.
Le métier spécial du généraliste
En stage à Ciney, Chalotte et Ilian ont découvert des facettes insoupçonnées du travail d'un généraliste. Motivant.
"Points de suture, biopsie cutanée... J'ignorais que les missions du généraliste étaient si variées." Charlotte Saelens est étudiante en médecine, en troisième année de baccalauréat de l'UNamur. Comme six autres condisciples, elle a choisi d'effectuer son stage dans la région de Ciney. "C'était vraiment très chouette de se retrouver, le soir, tous ensemble, dans notre logement à Chevetogne. Chez moi, personne n'est issu du milieu médical. Ici, je pouvais donc facilement échanger sur la journée qu'on venait de passer."
Ilian Bortolin a aussi changé sa perception du métier de généraliste. "J'ai toujours le projet de me spécialiser en neurologie mais je me suis aussi rendu compte à quel point le métier de généraliste est aussi... spécialisé."
Charlotte a perçu le contact privilégié qu'un médecin traitant entretient avec son patient. "Il y a du temps pour la discussion. Si on apprend que le patient est en plein déménagement, on comprend aussi que cela peut lui générer pas mal de stress." A prendre en compte dans le diagnostic.
Tous les deux ont également quitté à plusieurs reprises le cabinet médical. "Un généraliste effectue ses visites dans les maisons de repos, dans un centre d'accueil pour des enfants placés par les services de protection... Quand on se rend sur place, on a encore une autre vision des choses, c'est un autre impact...", décrit Ilian. Le virus du généraliste a-t-il été inoculé ?
