Vaccination: priorité à l'action, pas au débat
C'est aujourd'hui que commence la vaccination à grande échelle en Belgique. Priorité est donnée aux personnes âgées et au personnel soignant. Un choix qui n'a guère été discuté et encore moins débattu dans une assemblée.

- Publié le 05-01-2021 à 05h00

Cette fois, c'est parti. La vaccination à grande échelle est lancée. Les personnes âgées et le personnel soignant sont en première ligne.
Comme le nombre de vaccins est limité et qu'on ne peut vacciner tout le monde, tout de suite, il a fallu faire des choix, établir des priorités. Qui reposent sur une argumentation solide.
Mais d'autres choix auraient pu être faits comme ceux opérés en Indonésie où l'on a décidé de privilégier les 19-59 ans. Surprenant? Peut-être. Mais avec des arguments aussi.
Où a eu lieu le débat?
Alors la question que l'on se pose n'est pas du bien-fondé de ce choix opéré en Belgique mais bien de qui a pris cette décision qui relève de l'éthique. Et où a eu lieu le débat démocratique? (lire aussi l'édito).
Un coup de fil au cabinet du ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, nous le précise tout de go: "C'est la Task force vaccination sous les conseils du Conseil supérieur de la Santé qui a établi l'ordre des priorités. Et c'est la conférence inter-ministérielle de la santé qui a entériné la décision."
La communication étant signée par huit ministres et le commissaire "corona". Et puis c'est tout. Or, ce n'est pas ce qui avait été décidé par cette même conférence, le 16 novembre. Un débat sociétal était prévu.
Jean Faniel est le directeur-général du CRISP (Centre de recherche et d'information socio-politique) s'interroge: "Les parlementaires n'ont pas été impliqués dans ces décisions. Depuis des semaines, on soulève la question de qui acceptera de se faire vacciner. Que la confiance et la transparence sont nécessaires pour convaincre les gens. Mais dans le même temps, les représentants de la nation n'ont pas été associés à la décision."
La peur de débattre?
L'argument qu'il faut aller vite en cette matière justifie-il pour autant ce by-pass démocratique? Cela laisse sceptique Jean Faniel: "Les assemblées sont capables d'aller vite, de mener cet exercice. Elles l'ont déjà fait. Cela aurait été salutaire pour plus de démocratie et de cette transparence que l'on appelle de ses vœux."
La classe politique aurait-elle eu peur de devoir faire des choix? "Certains ont peut-être pensé que tenir un débat sur le sujet était une mauvaise idée en craignant que le Vlaams Belang ne vienne souffler sur les braises anti-vaccin. Mais un constat s'impose: le débat n'a pas eu lieu. Ce qui est frappant c'est la considération actuelle pour la démocratie car ça ne pose pas de problème qu'on ne se pose pas de questions…"
