Prendre la nationalité belge : un choix "logique" pour des milliers de personnes chaque année
Des milliers de personnes demandent chaque année la nationalité belge. En cette veille de fête nationale, l'Avenir en a rencontré deux.

- Publié le 20-07-2026 à 10h12

Ce mardi, nous serons le 21 juillet, jour de notre fête nationale. L'occasion de célébrer l'indépendance de la Belgique, obtenue il y a presque 200 ans maintenant, et de rencontrer des néo-Belges, ces personnes qui, pour diverses raisons, ont décidé d'adopter la nationalité belge. Selon Statbel, l'office belge de statistique, ils sont plus de 52 800 personnes à obtenir, en moyenne, chaque année la nationalité belge entre 1992 et 2025.
"Ça allait de soi"
Parmi eux, on retrouve Thomas. À 26 ans, il vient de terminer les démarches et d'être officiellement reconnu comme Belge. Une évidence pour lui. "Je suis né en région parisienne, mais après quelques mois, ma mère est partie rejoindre mon père qui travaillait à Bruxelles. J'ai passé toute ma vie – avec une petite incursion aux États-Unis de mes 7 à 10 ans – en Belgique. J'y ai été à l'école, j'y ai fait mes études, je travaille maintenant à Bruxelles. Ça allait de soi de demander la nationalité", explique-t-il.
Désormais en possession d'une carte d'identité belge, il n'a pas pour autant renié son origine française. "Même si je n'ai pas vraiment vécu en France, on a été élevés dans une culture française : on regardait les émissions françaises à la télé, on suivait la politique française…" Et même pour les vacances, la France est restée une destination de prédilection pour sa famille. Il faut dire que ses parents sont tous deux originaires de l'Hexagone. "Ce sont toutes des choses qui font que j'ai quand même un attachement à la France", précise Thomas, qui se dit "fier d'être franco-belge".
Une fête en famille
Si toutes ces racines viennent donc de France, il tenait tout de même à officialiser le lien qu'il a créé avec la Belgique. "Ça fait quelques années que j'y réfléchissais. Tous mes potes habitent ici et puis il y avait un droit qui vient avec la nationalité qui me tenait à cœur : le droit de voter. C'était vraiment une motivation pour me lancer." Avoir son mot à dire sur la gestion du pays est d'autant plus important pour lui qu'il se voit rester à Bruxelles pour son avenir.
"On a invité plein d'amis à venir faire un barbecue aux couleurs de la Belgique pour célébrer ça ensemble"
Sa famille ne semble pas non plus vouloir quitter la Belgique de sitôt. La preuve en est, Thomas n'a pas été le seul à franchir le pas. "Mes parents et ma sœur ont tous les trois fait les démarches aussi. J'ai été le premier à lancer l'idée, et ils ont suivi". C'est donc à quatre qu'ils ont obtenu la nationalité belge. Un moment particulier qui a été fêté comme il se doit. "On a invité plein d'amis à venir faire un barbecue aux couleurs de la Belgique pour célébrer ça ensemble", raconte-t-il.
Une naturalisation en plusieurs étapes
Une fête de "belgisation" qui devra encore un peu attendre pour l'autre jeune que nous avons rencontré. Originaire de la ville de Pisek en Tchéquie, Vit – surnommé Vitek par ses proches – attend patiemment son heure. "Je suis en plein dans les démarches", s'enthousiasme-t-il. Même si ce n'est pas la première fois qu'il se lance dans les procédures pour devenir Belge. "J'avais tout mis en route il y a quelques années." Une décision "logique" pour lui. "Au départ, c'était prévu qu'on ne reste que six mois ici avec mes parents et mes soeurs. Au final, je suis en Belgique depuis 15 ans. Et j'ai commencé ma vie professionnelle et familiale ici."
Un obstacle vient toutefois se mettre sur son chemin. "J'ai déménagé de Bruxelles à la Flandre. Je devais tout recommencer et il y avait aussi la barrière de la langue", regrette-t-il. Car s'il parle parfaitement français – grâce à ses études faites en Belgique – son néerlandais est plus balbutiant. "J'ai perdu un peu la motivation à ce moment-là."
"On se retrouverait séparés"
Vitek se décide néanmoins à relancer la machine mi-2026. "Avec le temps, j'ai commencé à m'intéresser plus au fonctionnement et à la politique belge. Et puis, j'ai eu un fils aussi il y a presque deux ans qui a, lui, la double nationalité". Cela rebat un peu les cartes pour lui. "Si on part en vacances et qu'il y a un problème, on se retrouverait séparés ma compagne (qui est belge), mon fils et moi. On devrait aller vers deux ambassades différentes. Ça, on ne voulait pas", insiste-t-il.
"Je regrette un peu d'avoir procrastiné, mais c'est comme ça. Devenir Belge, ça se mérite !"
En parallèle, Vitek et sa compagne souhaitent faire la demande pour devenir cohabitants légaux. Une démarche bien plus complexe sans la nationalité belge. "On m'a expliqué que je devais fournir plusieurs documents de ma commune tchèque, traduits en néerlandais de façon officielle. Notamment un certificat de célibat", précise-t-il. Pour les obtenir, il devrait passer par l'ambassade à Bruxelles. Ce qui prendrait encore du temps… et de l'argent. Il compte donc sur la nationalité belge pour alléger l'aspect administratif.
Passion commune : la bière
Le jeune Tchèque a donc décidé de recommencer les démarches. Et ce malgré un coût qui a explosé entre-temps. "Quand j'avais regardé pour obtenir la nationalité la première fois, ça revenait à 100-200 euros tout compris. Maintenant, je dois payer 1030€ et tous les frais administratifs." Au total, cela représente un investissement dix fois plus important que s'il l'avait fait il y a cinq ans. "Je regrette un peu d'avoir procrastiné, mais c'est comme ça. Devenir Belge, ça se mérite !", lance-t-il en souriant.
S'il est encore en train de rassembler tous les documents nécessaires, il espère qu'il sera reconnu officiellement comme Belge d'ici la fin de cette année. "Ce serait vraiment bien. Et là, on pourra faire une fête qui rassemble notre passion commune entre Belges et Tchèques : la bière", s'exclame-t-il.
Comment obtient-on la nationalité belge ?
Frites, bières, chocolat, sans compter les très nombreuses spécialités locales (les avisances de Namur, au waterzooï gantois, en passant par le lacquemant de Liège ou le pâté gaumais), il ne suffit pas d'apprécier notre riche patrimoine gastronomique ou de connaître sur le bout des doigts notre système politique alambiqué pour obtenir la nationalité belge.
Les conditions sont, en effet, assez strictes avant de pouvoir demander la naturalisation en Belgique. La première chose à savoir, c'est qu'il faut – depuis fin juillet 2025 – payer un tarif de 1000 € indexés pour introduire sa demande. Mais payer ne suffit évidemment pas. Il faut que le dossier soit complet et que la personne demandeuse remplisse les conditions.
Le SPF Justice identifie plusieurs cas de figure. "La loi distingue cinq catégories d'étrangers", peut-on lire sur son site officiel. À noter qu'on parle ici de "déclaration de nationalité". La naturalisation étant officiellement "une mesure de faveur accordée par la Chambre des représentants".
La première catégorie pour une déclaration d'acquisition de nationalité est assez simple : vous pouvez devenir Belge si vous êtes né en Belgique – sans en avoir la nationalité donc – et que vous y vivez légalement depuis votre naissance. Pour les autres cas de figure, il y a des preuves à apporter. Avec une règle de base : il faut "séjourner légalement en Belgique depuis cinq ans". Les parcours peuvent ensuite varier, notamment si la personne est mariée à quelqu'un qui possède la nationalité belge. Mais, de manière générale, il faut pouvoir prouver la connaissance d'une des trois langues nationales et son intégration sociale (diplôme, formation professionnelle…) ou sa "participation économique" (emploi, cotisations sociales payées…). Des différences peuvent également émerger en fonction de la Région dans laquelle la demande est faite. Pour plus de précisions au cas par cas, la meilleure solution reste de se rendre à sa commune.
Les différentes conditions sont remplies chaque année par des dizaines de milliers de personnes. Dont les origines sont multiples. En 2025, les cinq nationalités d'origine qui revenaient le plus étaient, dans l'ordre, le Maroc, la Roumanie, la Syrie, la Pologne et l'Italie. Pour un total de près de 21 000 personnes sur les 69 000 néo-Belges de l'année dernière. Des pays fréquemment présents dans le top 5 des origines des naturalisés. Ces dernières années, on y retrouvait également un bon nombre de personnes venant de Turquie, d'Irak, d'Afghanistan ou encore du Royaume-Uni.
Avec le nouveau tarif entré en vigueur en 2025, le nombre d'étrangers faisant la demande pourrait toutefois baisser en 2026. Aucune donnée n'a pu nous être fournie pour analyser les premières tendances.
