Prolongation de Doel 4 et Tihange 3 : un accord… où tout reste à décider
L'État belge et Engie-Electrabel sont parvenus à s'accorder ce lundi 9 janvier 2023 sur le cadre à donner pour une prolongation des deux réacteurs. Mais tout n'est pas fixé. Loin de là.


- Publié le 09-01-2023 à 21h29
- Mis à jour le 11-01-2023 à 19h02

Le 18 mars dernier, acculés par la flambée des prix de l'énergie et par la menace que la guerre en Ukraine faisait planer sur la sécurité d'approvisionnement en énergie du pays, le Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) et la ministre de tutelle Tinne Van der Straeten (Groen) annonçaient leur intention de prolonger, in fine, la durée de vie des réacteurs de puissance Tihange 3 et Doel 4. S'en étaient alors suivi de longues semaines, puis des mois interminables de négociations entre le gouvernement fédéral – représenté par le tandem De Croo-Van der Straeten – et l'exploitant des deux centrales concernées, à savoir le groupe français Engie et sa filiale belge Electrabel.
"Ces négociations ont été très intensives", a rappelé la ministre ce lundi soir. Mais elles ne sont pas encore terminées… Et pour cause : si le cadre a fait l'objet d'un consensus signé ces dernières heures entre les deux parties, les détails de cet "accord de principe" devront encore être réglés…
"Est-ce que tout a été décidé ? Non. Et ce n'était pas le but de tout décider aujourd'hui", a d'ailleurs tenté de convaincre ce lundi le Premier ministre De Croo. Mais grâce à cet accord, " les travaux (NDLR : nécessaire à la prolongation) peuvent commencer dès demain".
Évoquant en ces mots le " premier grand acquis" de l'accord obtenu, Alexander De Croo a par ailleurs insisté sur le second : "On reprend notre destin énergétique dans nos propres mains. (...) Les décisions prises en matière énergétique seront ainsi prises dans notre pays".
En réalité, l'accord signé avec Engie se présente d'avantage comme une confirmation de la lettre d'intention non engageante signée le 21 juillet dernier que comme un véritable accord.
Dans sa communication officielle, le gouvernement détaille : "il fixe les contours de la création d'une structure juridique dédiée aux deux unités nucléaires prolongées, détenue à parité par l'État belge et ENGIE" (mais sans préciser la forme qu'elle prendra) ; "il définit le cadre d'un futur plafonnement des coûts futurs liés au traitement des déchets nucléaires ; cadre qui permettra de figer les paramètres techniques et financiers d'un plafonnement dans les prochaines semaines en y incluant une prime de risque" (mais sans donner de montant, de calcul ni même d'agenda) ; "il détermine un ensemble de garanties permettant d'assurer la bonne exécution des engagements de l'opérateur nucléaire". Léger, tout ça…
Deux gigawatts
Néanmoins, en confirmant la décision de prolonger Tihange 3 et Doel 4, l'État belge s'assure ainsi une source nucléaire d'approvisionnement de 2,077 gigawatts électriques (GWe) selon l'Autorité fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) à partir de l'hiver 2026/2027.
À titre d'indication, l'ensemble du parc nucléaire belge en activité (Doel 3 a définitivement cessé ses activités le 1er octobre dernier) présente aujourd'hui, toujours selon les chiffres de l'AFCN, une capacité installée de 4,925 GWe.
Or, en 2022, le nucléaire représentait encore 47,3 % de la production totale d'électricité en Belgique, selon le gestionnaire du réseau de transport d'électricité à haute tension (ELIA).
Il est à noter que ce dernier soulignait dans un récent rapport que notre pays exportait de plus en plus d'électricité produite sur le sol belge vers l'étranger (22,2 TWh en 2022, pour 6,6 TWh d'exportations nettes).
Cependant, pour pallier le manque que va générer la fermeture des autres réacteurs d'ici 2025, l'État souhaite donc développer et favoriser de nouvelles sources de production.
Mix énergétique
C'est pour cette raison que la ministre Van der Straeten a d'ores et déjà confirmé la poursuite des enchères réalisées dans le cadre du mécanisme de rémunération de la capacité (CRM), lequel a pour rappel déjà sélectionné 1,6 GW de capacités nouvelles pour l'horizon 2025-2026 – mais dont le projet de centrale TGV à Vilvorde, pour une capacité de 796 MW, fait actuellement l'objet d'une procédure de recours visant à obtenir son permis de construction.
C'est aussi pour cette raison que le gouvernement fédéral a rappelé sa volonté de booster le renouvelable (éolien et photovoltaïque, entre autres), dont la production électrique a atteint de nouveaux records en 2022 (17,4 TWh contre 15,2 TWh l'année précédente, selon ELIA), avec un pic de production de 7,112 GWe en date du 11 mai, soit davantage que la capacité nucléaire totale installée.
Ainsi, aux côtés des 2,262 GWe de capacité installée au large des côtes belges, le gouvernement projette ainsi la construction à l'horizon 2030 d'un second parc éolien offshore, baptisé "zone Princesse Élisabeth" et doté d'une capacité installée entre 3,15 et 3,5 GW supplémentaires.
En attendant, la prochaine étape sera de concrétiser l'accord obtenu avec Engie-Electrabel pour Tihange 3 et Doel 4 au travers d'un nouveau texte législatif visant à modifier la loi de 2003. Et alors, seulement, la prolongation de ces deux réacteurs nucléaires sera véritablement possible.
