Le Jardin Imparfait à Marquain (Tournai) : un modèle innovant d'habitat partagé et inclusif pour contrer l'isolement
À Marquain, Le Jardin Imparfait se veut un habitat intergénérationnel inclusif, où chacun vit chez soi dans un logement privatif, tout en partageant des espaces communs conçus pour favoriser les échanges, les rencontres et la coopération.

- Publié le 22-04-2026 à 12h30

En 2009, Ludivine Fauchille portait à bras-le-corps, son projet de l'Antre-Eux-Deux, des kots à projets à la rue des Augustins à Tournai avec la particularité d'une mixité entre des jeunes porteurs de handicap/à besoins spécifiques et des étudiants du même âge. Quelque 70 jeunes s'y sont épanouis, y ont évolué vers l'autonomie et l'intégration sociale, à l'image du fils de Ludivine Fauchille, atteint de dyspraxie.
Mais un défi persiste : l'après… "Notre fils y est resté cinq ans, et après avoir quitté l'Antre-Deux-Deux, il a loué une petite maison à Tournai, relatent Ludivine Fauchille et son mari Luc-Albéric Mulliez. Et nous nous sommes rendu compte qu'il se renfermait à nouveau sur lui-même, qu'il était en manque de relations sociales et qu'il souffrait de la solitude…"
Face au risque de régression et de la perte de tout ce qui avait été construit, les parents ont eu la volonté de développer un modèle innovant et unique d'habitat partagé, inclusif et intergénérationnel où se crée du lien social, et où la différence n'est pas un obstacle.

Situé à la rue des Rieux à Marquain, dans une ancienne ferme au carré totalement rénovée, Le Jardin Imparfait se compose de 12 logements privatifs (dont 4 adaptés aux PMR), des petites maisons et des appartements (de 1 à 3 chambres), mais aussi d'espaces partagés (cuisine collective, pièces de vie, jardin, potager, verger, zone de jeux, espace de repos, et autres espaces dédiés aux activités et aux rencontres).
Un projet humain où chacun vit chez soi… tout en cultivant le vivre-ensemble
"Il ne s'agit pas d'un simple projet immobilier, insiste Ludivine Fauchille. Ici, on ne fait pas que résider ; il s'agit d'un habitat inclusif, humain et participatif. Il n'est ni une institution, ni un logement de secours, ni un lieu où l'on se repose sur les autres. L'équilibre du collectif repose sur l'implication de chacun. Chaque habitant est en effet invité à devenir un "semeur", en contribuant, à la mesure de ses capacités, à la vie du lieu et aux espaces communs. Si bien évidemment chacun vit chez soi, il est aussi souhaité que chacun puisse contribuer par de petits gestes quotidiens à la collective et à la qualité du vivre-ensemble : un coup de main au potager, une idée d'activité, un moment partagé en cuisine… C'est dans cet esprit, en tant que projet humain avant tout, que sont étudiées les candidatures, et menés les entretiens."

Le Jardin Imparfait s'adresse ainsi à toute personne capable de vivre dans un logement privatif, souhaitant préserver ou développer son autonomie, et désireuse de participer à la vie collective dans un esprit de bienveillance et d'ouverture : jeunes et adultes en situation de handicap, seniors désireux de rompre l'isolement, personnes seules ou familles fragilisées, mais aussi citoyens sensibles au vivre-ensemble et à la solidarité.
Un lieu où l'on cultive la diversité pour faire grandir le collectif
"Comme l'évoque Charles Gardou (anthropologue et penseur de l'inclusivité), dans un jardin imparfait, chaque élément a sa place. La vulnérabilité n'est pas un défaut à corriger. La différence n'est pas une anomalie. Elle fait partie de l'ensemble. Elle enrichit le paysage. Le Jardin Imparfait, c'est cela : un lieu où l'on cultive la diversité pour faire grandir le collectif."

Le projet défendu par le couple entend permettre à chacun de participer, de contribuer et d'être reconnu dans sa singularité.
"Aujourd'hui encore, deux mondes coexistent trop souvent sans se rencontrer ; celui des personnes en situation de handicap et celui des personnes dites valides, relève Ludivine Fauchille. En offrant un cadre de vie commun, respectueux, ouvert et solidaire, nous voulons créer du lien entre ces univers. Nous voulons également répondre à un autre enjeu sociétal majeur : la lutte contre la solitude, qui touche aussi bien les seniors que les jeunes adultes ou les familles fragilisées… Avec cet habitat intergénérationnel inclusif, chacun vit chez soi, mais peut aussi partager des espaces communs conçus pour favoriser les échanges, les rencontres, la coopération."
Aussi ouvert vers l'extérieur
Parallèlement, le Jardin Imparfait souhaite devenir un véritable acteur local en associant à son fonctionnement le village, ses habitants et les autres intervenants de proximité (associations, clubs sportifs, services communaux…).

"Que ce soit dans notre grande salle commune ou dans nos espaces extérieurs, nous sommes prêts à accueillir des gens qui pourraient proposer des cours collectifs (yoga, musique…), des animations, des ateliers (lecture, cuisine), ou des moments de rencontres intergénérationnels à la fois accessibles aux résidents, mais aussi aux personnes extérieures, ajoute Luc-Albéric Mulliez. Nous voulons aussi garder le lieu accessible aux personnes que voudraient venir nous aider au potager ou simplement venir se promener dans notre jardin, et peut-être discuter avec l'un ou l'autre de nos résidents. Nous voulons vraiment que ce Jardin Imparfait devienne un lieu ressource, vivant et ancré localement, où l'on s'enracine, où l'on se rencontre, et où l'on grandit ensemble !"