Des examens exfiltrés en tracteur-tondeuse, des directeurs passent par les bois : à Malmedy, la distribution des épreuves externes a été rocambolesque
Tracteur-tondeuse, camionnette qui débarque et passage dans les bois : ce mercredi 17 juin 2026, le blocage des épreuves externes devant l'athénée Ardenne – Hautes Fagnes, à Malmedy, a été digne d'un film. Les directions ont finalement récupéré les examens, au grand désespoir des enseignants en colère.

- Publié le 18-06-2026 à 15h20
- Mis à jour le 18-06-2026 à 17h13

Alors que le CEB (Certificat d'études de base) a commencé ce jeudi et que les CE1D (Certificat d'études du premier degré) et le CESS (Certificat d'enseignement secondaire supérieur) débutent ce vendredi, la tension n'est toujours pas retombée. De nombreux enseignants continuent de s'opposer au décret-programme 2, qui a été voté il y a deux semaines. Et ce mercredi, on procédait à la distribution des épreuves externes. Devant plusieurs écoles "coffre-fort", qui détenaient les copies d'examens, des actions ont été organisées. C'était notamment le cas à l'athénée Verdi, de Verviers.
Comment les enseignants ont-ils tenté de bloquer les épreuves externes à Malmedy ?
À Malmedy aussi, un blocage a été organisé. Le but était simple : empêcher les directions des écoles de venir chercher les copies des CE1D et des CESS. Une exception était faite pour le CEB. "C'est un très grand site, explique William Brose, professeur à la Ville de Liège et délégué CSC, venu "en renfort" devant l'athénée royal Ardenne-Hautes Fagnes. On s'était répartis afin de bloquer toutes les entrées."
À un moment donné, les directions de l'inférieur et du supérieur d'une école de la région sont arrivées. "Voyant qu'elles étaient bloquées, elles ont réagi très calmement et ont simplement pris une photo pour prouver qu'elles ne pouvaient pas passer." Et c'est tout.
Le jardinier et sa remorque : le coup de théâtre du blocage
Mais un peu plus tard, le jardinier de l'athénée est arrivé sur son tracteur-tondeuse auquel était accrochée une remorque. "Il nous a demandé de lui ouvrir la barrière, ce qu'on a fait. Mais quand il est passé, on s'est rendu compte qu'il y avait des caisses dans sa remorque."
Et là, la scène devient digne d'un film. Une camionnette de l'école, dont les directrices avaient été refoulées, est arrivée sur place. "Elles avaient réussi à rentrer par un petit chemin dans les bois et avaient demandé de l'aide au jardinier." Deux personnes sont rapidement sorties du véhicule et ont commencé à charger les caisses. "À ce moment-là, on n'est pas intervenus parce que ça aurait été de la violence. Mais je me suis jeté à terre derrière la camionnette pour l'empêcher de partir." Après une demi-heure de négociations, l'inspectrice a finalement demandé de faire revenir les copies à l'intérieur du bâtiment.
Le passage secret dans les bois : comment les directions ont contourné le piquet
Pour les professeurs mécontents, c'était une victoire. En tout cas, à ce moment-là. "Mais par après, on a appris que les directeurs étaient passés par le petit bois pour rentrer sur le campus. On n'avait aucune visibilité sur cet accès. On ne pensait vraiment pas qu'ils iraient jusqu'à passer par les bois." Et le stratagème a bien fonctionné. "On a appris ce matin (jeudi) que les différents établissements avaient bien pu récupérer toutes leurs copies."

Inutile de préciser que les enseignants étaient dépités. "On n'a pas arrêté. Moi, j'étais déjà là à 7 heures du matin. J'ai fait 50 minutes de route. Au prix de l'essence, on était franchement démoralisés."
Des directeurs mécontents qui ont malmené les enseignants
D'autant plus que la journée n'a pas été de tout repos. "On a eu affaire à des directeurs qui étaient très remontés, de mauvaise humeur. L'un d'entre eux a foncé dans le piquet sans se présenter. On a voulu filmer pour montrer qu'on était pacifiques, pour éviter les problèmes. Mais il a attrapé mon téléphone et a refusé de me le rendre. Une directrice du secondaire a aussi essayé de pousser pour rentrer. On lui a expliqué qu'on ne faisait pas ça contre elle, mais contre les réformes." Mais elle a quand même appelé la police. "Et elle est venue très cordialement. Ça s'est très bien passé et elle est repartie sans rien faire."
Vendredi matin : les enseignants préparent une nouvelle mobilisation
Et maintenant, vu que le blocage des épreuves externes a échoué, qu'est-ce qui est prévu ? "On essaye de mobiliser des collègues pour venir bloquer les établissements vendredi matin. On ne veut pas empêcher les élèves de rentrer, mais on veut éviter que des collègues soient réquisitionnés pour surveiller les évaluations."