Jeff Roba suspendu à la citadelle de Dinant depuis plus de 48h : "Je demande une autorisation spéciale du Roi"
À Dinant, le week-end s'annonce printanier. Les bateaux se croisent sur la Meuse, les touristes lèvent les yeux, et Jeff Roba, lui, ne les baisse toujours pas. Ce samedi matin, l'homme est encore là, accroché à son idée fixe comme à son rocher qu'il squatte depuis jeudi. Il y a passé sa deuxième nuit, en équilibre sur ses principes. Avec, pour tout viatique, une demande "d'autorisation spéciale du roi" pour sa cabane construite sans permis.

- Publié le 10-05-2025 à 10h21
- Mis à jour le 10-05-2025 à 10h25

Cela pourrait ressembler à une mauvaise blague ou à une performance d'art contemporain. C'est pourtant un fait : Jeff Roba, quinquagénaire dinantais, campe depuis 10h30 jeudi sur un rocher escarpé de la citadelle. Il réclame un geste du Roi pour sa cabane construite sans permis à Freÿr, pour laquelle la justice lui a infligé six mois de prison et un ordre de démolition d'ici l'été.
Comme il le résume lui-même, là-haut, les lois semblent bien petites. Alors il attend une réponse à la hauteur : "Je demande une autorisation spéciale du Roi."

Sa cabane, Jeff Roba la voit comme bien plus qu'un abri. C'est une pièce de son puzzle idéaliste : construction écologique, autonomie énergétique et au bout du rêve, un voilier prêt à embarquer des jeunes grimpeurs vers un tour du monde sportif. Mais la justice, elle, a jugé le geste illégal, la démarche hors-cadre, et le jugement est tombé comme un couperet : 6 mois de prison et l'obligation de détruire la cabane avant le 1er juillet. D'où cette réplique verticale, cette grève de l'altitude, ce plaidoyer suspendu.
En bas, la ville s'adapte. Le bourgmestre Richard Fournaux campe, lui aussi, sur une position ferme : aucune intervention "parce que je ne veux pas céder au chantage pour une cabane illégale et parce que je ne veux pas mettre la vie d'autres personnes en danger en faisant intervenir les policiers." Les pompiers ont décroché jeudi soir, mais une corde a été laissée au cas où il souhaiterait remonter. Non-assistance à personne en danger ? À qui est la responsabilité ? Les magistrats confirment qu'il s'agit de la responsabilité administrative et donc, celle du mayeur.
Depuis vendredi soir, la police surveille discrètement les lieux, sans ostentation, ni intervention. Pas d'hélico, pas de drones, pas de dialogue forcé. Jeff Roba est seul, mais pas invisible. Sa présence intrigue ou amuse, selon les passants. Le rocher est devenu décor vivant, et Jeff, un personnage de théâtre perché dans une tragédie qui semble de plus en plus réelle. "J'irai jusqu'au finish", lançait-il jeudi.
Le flou reste total sur la suite. La Commune attend, la justice observe, la météo annonce du soleil. Rien ne dit que l'histoire trouvera une issue avant que la fatigue ou l'insolation ne viennent jouer les médiateurs. Jeff Roba a transformé une condamnation banale en happening improbable. Et s'il espérait susciter le débat, il y est parvenu.

