Après deux jours perché sur la citadelle de Dinant : Jeff Roba refuse de redescendre et Richard Fournaux campe sur ses positions
Depuis deux jours, Jeff Roba campe au sommet de la citadelle de Dinant pour réclamer une grâce royale après avoir été condamné pour une cabane construite sans permis. Face à ce geste radical, le bourgmestre refuse d'intervenir, laissant le face-à-face suspendu entre justice, silence et vertige.

- Publié le 09-05-2025 à 21h23

Le clocher de Dinant a beau sonner les heures, là-haut, sur son rocher, Jeff Roba s'en moque. Ce vendredi soir, le quinquagénaire s'apprête à entamer une seconde nuit à la belle étoile, entre les cieux et le granit, au mépris du froid, du vide, et d'une justice qu'il juge sourde à ses idéaux.
Depuis jeudi 10h30, le Dinantais reconverti en bâtisseur de cabanes écologiques campe au sommet d'une corniche de la citadelle, refusant de redescendre tant qu'une grâce royale ne lui est pas accordée. Il proteste contre une condamnation judiciaire — six mois avec sursis et l'ordre de démonter avant le 1er juillet sa cabane construite sans permis à Freÿr. Et depuis jeudi 10h, il réclame une grâce royale.
Mais en bas, personne ne grimpe. Pas un policier, pas un pompier, pas même un fonctionnaire zélé en quête de frisson. Et pour cause : le bourgmestre Richard Fournaux a décidé de ne rien faire. Rien, sinon demander au CPAS de déposer un colis de vivres et de bouteilles d'eau "au niveau du point de vue". Pour le reste : "Il est dans son tort. Il a été jugé. Il recommence alors que c'est déjà la deuxième fois. Vous imaginez ce que ça coûte ? Jusqu'à quand va-t-il rester là ? Jusqu'à ce qu'on lui signe un papier ? Ça n'a pas de sens."
Le silence en guise de réponse
Car le geste de Jeff est moins une menace qu'un plaidoyer suspendu. Une contestation verticale. Une attente muette, pendue à une corde que lui ont laissée les secours — non pour l'évacuer, mais pour lui permettre de remonter, s'il s'y résout. Pour l'heure, il ne bouge pas. Il ne demande plus qu'une chose : l'intervention du Roi. Une demande que Richard Fournaux balaie d'un revers de main : "Il veut que j'intervienne auprès du Palais royal ? Je ne le ferai pas. Il se fout de la poire des gens."
Du côté des services judiciaires, on rappelle pourtant que la loi sur la police administrative permet au bourgmestre d'intervenir pour protéger quelqu'un… même contre lui-même. "C'est une situation particulière, admet un magistrat. Mais sur domaine public, on a l'obligation de protéger les personnes." Sauf que dans cette affaire, même le statut du rocher est incertain. Propriété communale, régionale, privée ? On l'ignore encore. Et tant que plane le doute, le bourgmestre reste prudent : "Aller le chercher de force, c'est prendre un risque pour d'autres vies. La police cherche des solutions, on est en contact avec son avocat. Mais on ne veut pas en arriver à des extrémités."
Jeff Roba attend une main tendue. Richard Fournaux ne tend que la sienne invisible : "Je lui ai dit plusieurs fois que ma porte était ouverte. Mais il a choisi le coup d'éclat." Alors chacun campe. L'un sur la corniche, l'autre sur ses positions. L'un dans les vents, l'autre dans les textes. L'un en hauteur, l'autre en hauteur… morale.
En attendant, Dinant vit comme si de rien n'était. Les terrasses se remplissent, les touristes lèvent parfois la tête. Le rocher est devenu décor, et Jeff, presque une silhouette figée, entre utopie et entêtement. Et le ciel, ce soir encore, sera son seul toit.
