Namur: les funérailles de Jodie Devos ont eu lieu à la cathédrale Saint-Aubain
De son timbre flûté et pur, elle tutoyait déjà les anges. La voilà devenue l'un. Les funérailles de la soprano Jodie Devos (35 ans) avaient lieu ce samedi dans la cathédrale Saint-Aubain.
- Publié le 22-06-2024 à 15h46
- Mis à jour le 23-06-2024 à 17h43

Sa voix cristalline résonne comme un souffle infini jusqu'au plafond voûté de la cathédrale Saint-Aubain. Dans sa robe de satin rose poudré, la revoilà en 2014 qui interprète Léonard Bernstein Glitter and be gay en finale du concours Reine Élisabeth. Dernier cri du cœur. Applaudissements résonnants. Silence. "Une cathédrale peut accueillir le chant, faire caisse de résonnance, mais la musique n'a pas de lieu. Aujourd'hui, on a pris la dimension de l'univers", reprend Christian Merveille, maître de cérémonie.
La soprano colorature Jodie Devos était le soleil autour duquel le monde de la musique classique francophone gravitait, pour paraphraser son ami chef d'orchestre et directeur de l'opéra de Tours (France), Laurent Campellone. Elle s'en est allée dimanche 16 juin, emportée par un cancer du sein.
Oiseau rare de l'IMEP
Colorature, ce mot qualifie, dans le jargon de la musique lyrique, les virtuoses capables de vocaliser dans un large spectre de notes. Un don du ciel que Jodie avait en elle, à hauteur de sa personnalité aussi: riche et opulente, solaire et pétillante, d'une douceur et d'une justesse évidentes.
Passée par les bancs de l'Institut royal supérieur de musique et de pédagogie de Namur (IMEP), elle y a laissé un souvenir impérissable, laissant subjugué chaque professeur par sa grandeur. Elle sortira de l'institut avec la note de 20/20. "Elle était exactement là où elle devait être. Elle était faite pour ça. Elle était née pour ça. Elle avait l'élégance de ces grands artistes qui nous font croire que tout est simple", quand tout n'est que rigueur et force de discipline, témoigne au nom de ses pairs Jean-Marie Marchal, directeur du Cavema et du Grand Manège. "Pour l'IMEP, il y a un avant et un après le concours Reine Élisabeth de Jodie. Personne ne s'attendait à ça à l'époque. Elle a ouvert les portes de l'institut à l'international. Par elle, il y a eu une reconnaissance du travail extraordinaire des professeurs", nous témoignait le directeur Guy Jardon à l'annonce de son décès.
Loin d'être une spectatrice placide de son existence, témoignent en cinq actes ses amis de l'opéra la voix serrée, elle savait aussi jouer la comédie. Poursuivant sa route, elle intègre en 2014 l'Académie de l'opéra comique à Paris. "En riant, je parcours le monde, plus vive que l'oiseau, plus prompt que l'éclair. Je suis Tatiana, la fille de l'air !", la voit-on de sa haute perruque blanche et de sa petite robe noire chanter et déambuler à l'écran. Comme si elle venait de s'y faufiler.
Jodie avait le désir ardent de dépoussiérer les compositeurs oubliés, incarnant à l'opéra une myriade d'héroïnes au destin tragique, Ophélie (Hamlet) qui se noie, Lucie de Lammermoor (Donizetti) qui sombre dans la folie, Lakmé (Delibes) morte pour avoir sauvé la vie d'un étranger… Sans savoir qu'au moment de partir, elle porterait en elle chacune de ces femmes.
En 2015, Jodie Devos était devenue citoyenne d'honneur de la ville de Namur. Mais dans le cœur des Namurois, elle le restera pour toujours.

