Est-ce que la testostérone rend agressif ? L'humain est différent de l'animal, souligne un expert belge
Souvent associée à la virilité, la testostérone est accusée de provoquer de l'agressivité. Info ou intox? Le Dr Emmanuel Beck, endocrinologue à l'hôpital du Mont Légia (Liège), nous parle des études scientifiques, du dopage, des hommes et des femmes.

- Publié le 26-10-2026 à 09h00
- Mis à jour le 26-10-2026 à 11h01

Question de Bertrand: est-il vrai que la testostérone rend agressif?
Le Dr Emmanuel Beck est chef du service d'endocrinologie de l'hôpital du Mont Légia (Liège). Pour lui, on ne peut pas dire que plus il y a de testostérone, plus on est agressif.
"Même si, dans le règne animal, on peut corréler des comportements de dominance et d'agressivité et de compétition par rapport au taux de testostérone. Chez l'être humain, c'est beaucoup plus complexe, parce qu'il y a toute une série de facteurs cognitifs, par rapport aux traits de caractère." Le Dr Beck explique que selon lui, ce qui intervient principalement dans l'agressivité chez l'humain, c'est le lobe frontal, qui règle un peu la gestion de l'impulsivité.
"Et par ailleurs, des études ont été faites pour étudier l'association statistique entre la testostérone et la violence chez l'homme, et elles n'ont pas démontré de corrélation fiable."
L'hormone naturelle et l'hormone de synthèse: quelle différence?
Le Dr Beck évoque aussi des études où les chercheurs ont injecté de la testostérone à des individus, pour mesurer le taux d'agressivité. "Mais aucune corrélation n'a été démontrée."
Car en effet, la médecine moderne prévoit plusieurs moyens pour administrer de la testostérone: des formes injectables, par voie intramusculaire ; des formes transdermiques, en gel à étaler sur la peau ; ou par comprimés.
Des études ont analysé l'association entre testostérone et agressivité chez l'être humain: aucune corrélation fiable n'a été démontrée.
Pour quoi faire? "Une série de pathologies sont associées à des déficits en testostérone… Par exemple chez des patients qui ont eu un cancer des deux testicules, ce qui n'est pas si rare, c'est un traitement à vie. Mais à la prise de sang, on ne voit pas la différence entre la testostérone endogène, produite naturellement par le corps et la testostérone exogène, apportée par voie médicamenteuse."
Dopage dans les salles de sport: des surdoses dangereuses
L'endocrinologue liégeois mentionne aussi la consommation de testostérone dans le milieu sportif, et plus spécifiquement les salles de sport. "Sur internet, c'est aussi facile d'acheter de la testostérone qu'une chemise. Et dans le milieu du culturisme et de la musculation, certains hommes s'injectent de la testostérone de façon aberrante."
Les doses utilisées pour augmenter la masse musculaire sont aberrantes. "Alors qu'un patient qui n'a plus de testicules reçoit une injection de testostérone toutes les deux semaines, les personnes qui se dopent s'injectent de la testostérone entre une et trois fois par semaine. Ils ont des taux pas du tout normaux pour l'organisme!"
"Cette surabondance de testostérone est bonne pour la masse musculaire, reconnaît l'endocrinologue, mais c'est dangereux pour la santé de la personne, car la testostérone rend le sang plus visqueux et augmente le risque de thrombose."
En dopage, les doses injectées sont aberrantes. Le risque ? Un sang plus visqueux et une infertilité causée par l'arrêt de la production naturelle.
Autre conséquence, sur la fertilité: "Comme ils reçoivent de la testostérone, leurs testicules n'en produisent plus… La testostérone administrée de façon exogène est un puissant contraceptif."
Les femmes aussi produisent de la testostérone
Les femmes aussi produisent de la testostérone, les femmes produisent naturellement de la testostérone, mais en quantités moindres. "10 à 20 fois moins que les hommes. Cette production est assurée pour moitié par les ovaires et pour moitié par les glandes surrénales (NDLR de petites glandes situées juste au-dessus des reins)." Les femmes qui sont atteintes du syndrome des ovaires polykystiques produisent 1,2 fois deux plus de testostérone que la moyenne féminine. "Mais chez elle non plus, on ne remarque pas plus d'agressivité", constate l'endocrinologue.
