Guy Houssa: "Je suis inquiet: le foot ne me manque pas"
Sixième épisode de notre série où l'on donne la parole aux présidents de nos clubs de nationale. Confidences de Guy Houssa.
- Publié le 30-01-2021 à 06h00

Avec Guy Houssa, on le sait, pas de fioriture. On va directement à l'essentiel, c'est la marque de fabrique du président warnantois depuis presque 42 ans. Cash, sans ambages et souvent sans forme pompeuse. Pour un journaliste pressé, c'est le pied.
Depuis le temps qu'il est dans le Landerneau footballistique huy-waremme, on le connaît. Lui tendre le micro, c'est une double garantie: entendre des vérités, qui parfois dérangent, et être surpris. Et en cette fin de semaine alors qu'il nous reçoit dans ses bureaux à Warnant, le pétrolier ne déroge pas à la règle. Avec, pour lancer le débat, une confidence… "Je vous avoue que je suis inquiet, tanne-t-il, appuyant son affirmation de plusieurs coups de bic sur son bureau. Je suis inquiet car le foot ne me manque pas un seul instant. Ni la semaine, où je n'allais plus aux entraînements parce que rentrer chez moi tard, ce n'était plus compatible avec mes horaires de boulot, ni le dimanche où je sors au grand air. Pourquoi? Je ne sais pas. Mais c'est comme ça. Oui, ça m'inquiète. Est-ce une maladie qui va perdurer dans le temps? Je n'en sais rien. On verra, l'avenir répondra à la question. Mais il y a plus grave que Guy Houssa. Moi, quoi qu'on en pense, je ne suis jamais qu'un maillon de la chaîne, pas le plus important. Mais la plupart de mes bénévoles que j'ai sondés ont le même sentiment. On vit fort bien sans foot, en fait. Comme si le Covid avait tout foutu en l'air… Or, sans eux, Warnant, et tous les autres petits clubs qui vivent de cette aide précieuse, sont morts. J'espère juste que ce sentiment n'est pas généralisé…"
Évidemment, avec une perche pareille, on ne pouvait pas ne pas poser la sempiternelle question à l'homme fort de Warnant: du coup, la saison 2021-2022 sera-t-elle la dernière pour le président Houssa à la tête du bateau warnantois? On se souvient qu'à l'occasion d'un reportage qu'on lui avait consacré pour ses 40 ans de règne, l'homme avait émis des doutes quant à ses envies de continuer encore longtemps. Et, là? " Oh, ne vous inquiétez pas, Guy Houssa n'est pas près de s'arrêter, sourit-il dans sa célèbre moustache. Je sais que c'est un peu paradoxal, mais j'ai encore l'envie malgré tout. Mais cela dépend quand même de quelques facteurs. D'abord, il faut que la santé tienne le coup. Et là, je touche du bois, jusqu'ici tout va bien même si cela peut aller très vite dans l'autre sens. Puis, il faut aussi que la saison prochaine, on fasse une bonne saison. Et qu'on se sauve pour la deuxième campagne de rang aussi facilement que cette année (rires). La colonne de gauche, ce serait bien. Je l'ai de toute façon dit à mon staff avec lequel je me suis engagé. Or, vous le savez, quand je m'engage, je m'engage. Enfin, il faut aussi voir ce que nos dirigeants du foot nous réservent. Et là, oui, je me pose des questions. "
En homme d'affaires rusé, Guillaume, de son vrai prénom, Houssa ne dira pas tout ce qu'il pense. Mais un peu quand même. "Vous savez, je tiens beaucoup à la notion d'amateur dans notre football, insiste-t-il. Warnant, c'est un village, un OVNI dans le foot national. Et on l'a bien vu contre Liège en Coupe de Belgique, mais aussi par exemple en championnat contre La Louvière (NDLR: défaite 3-0) où tout aurait pu être autrement avec ce penalty léger pour le 1-0 et cette faute sur Papalino à la base du 3-0. Donc, si on nous tue avec des obligations encore plus dingues que celles qui sont actuellement en place, là, ça risquerait de me fâcher et me dégoûter, oui. Qu'on nous impose des règles, c'est logique. Il en faut. J'en ai aussi dans mon boulot et c'est bien normal. Mais je crains que le juge de Charleroi qui va aller inspecter les contrats des joueurs ne tue encore un peu plus le foot amateur. Attention, je ne suis pas du tout contre, hein. Mais alors, il faut faire ça partout, même en provinciales dans les petits clubs de P4… Sinon, ce n'est pas juste…"
Tout va aussi sans doute dépendre du Covid qui le mine, malgré sa bonhomie légendaire. "Oui, hein, je reste positif, mais, moi, depuis toujours, je suis un convivial, dit-il avec un grand sourire. Voir les gens de mon club, les embrasser et passer un bon moment avec eux autour d'une bonne bière et d'une pièce de viande, c'est ça que j'aime. Là, je suis triste parce que comme tout le monde, même si je ne suis pas à plaindre, métro-boulot-dodo, c'est bon un peu, mais pas des mois comme ça. Or, ce qui m'inquiète, c'est que je ne vois pas trop d'amélioration dans la crise sanitaire. Un coup ça va, un coup ça va moins bien. Je n'ai pas l'impression qu'on ait fait beaucoup de chemin depuis mars dernier. Où en sera-t-on l'été prochain? Je me pose des questions. Puis, je suis fou de rage quand je pense qu'en Belgique, quand il neige, on ne peut pas aller dans les Fagnes et quand il fait beau, on ne peut pas aller à la mer. Et tout ça décidé par neuf ministres de la santé! Quel pays quand même! " Sacré Guy, va!
