Les Tornados déjà en forme olympique
Assis sur le toit de l'Europe, le relais masculin peut nourrir de grandes ambitions pour les Mondiaux et les JO 2020.
- Publié le 13-08-2018 à 06h00
Gonflés à bloc par les deux médailles de la veille sur 400m, les Tornados ont joué partition parfaite samedi soir. "On est fier d'avoir assumé notre statut de favori", explique Jonathan Borlée, qui a retrouvé la banane à Berlin. Les Belges ont conservé un titre acquis il y a deux ans à Amsterdam. De leurs quatre sacres européens, celui-ci est probablement le plus beau. Parce qu'ils ont fait parler leur expérience et leur sens de la course durant deux jours – "Chapeau à Julien (Watrin) et Robin (Vanderbemden) sans qui cela n'aura pas été possible", insiste Jacques Borlée -. En finale, ils ont dicté leur loi aux Anglais et à leur champion d'Europe du tour de piste. Ils ont également rappelé aux Espagnols Husillos et Hortelano que le relais n'est pas qu'une question de vitesse pure.
L'expérience, maître atout
"Tactiquement, on a très bien joué le coup, confirme Dylan. Hudson-Smith démarre fort pour recoller au groupe de tête et se brûle. Hortelano part comme un dingue avant de craquer. Et Kevin reste patient. Après 250m, j'avais compris que c'était gagné et je voulais déjà aller vers lui pour célébrer la victoire." "Hudson-Smith et Hortelano ont commis des grosses erreurs, nous pas, enchaîne Jonathan. L'Anglais a fait ça comme un débutant. Il pensait que comme champion d'Europe, il passerait tout le monde. Parti à fond, l'Espagnol croyait qu'il tiendrait."
De toutes les finales depuis l'apparition de ce groupe il y a dix ans à Pékin, Kevin Borlée a encore été ce tueur froid de la dernière ligne droite. "Hortelano part tellement vite que je ne sais même pas si je vais pouvoir le rattraper mais je reste concentré et fais ma course. Aux 300m, j'avais compris que c'était bon. Cette semaine fut incroyable. Il y un mois, on ne s'imaginait pas tout ça." Demandez à son jumeau ce qu'il en pense! "Un sentiment très particulier m'habite, glisse-t-il. Il y a peu de temps, on n'était pas au mieux et je pensais juste à me qualifier en individuel…" "C'est le plus beau de tous nos titres, pense aussi Jacques Borlée. Notre expérience s'est révélée déterminante."
Cap sur le podium planétaire
Le relais belge n'a jamais été aussi fort. Confortablement installé sur le toit de l'Europe, il peut désormais ambitionner un podium planétaire. Les Tornados l'ont déjà entrevu à plusieurs reprises (voir ci-dessous) et ne l'ont manqué que de dix millièmes de seconde à Rio. "Pour la première fois, Jo et moi avons pu nous préserver en série, explique Kevin Borlée. Les autres ont assuré derrière. Cela veut dire qu'il y a un grand réservoir. C'est de bon augure et l'on va tenter de hausser encore notre niveau pour les prochaines échéances." "Dylan est en progrès. Jo et Kevin ont retrouvé la sérénité et Jonathan (Sacoor) est en pleine ascension. C'est très prometteur. Ce relais peut réaliser des choses inouïes ces deux prochaines années, confirme Jacques. Je pense que l'on pourra viser une médaille aux Mondiaux 2019." Peuvent-ils aussi rêver du record d'Europe (2.56.60), propriété des Anglais depuis 1996? "Doucement! Cela reste un très solide chrono ", tempère le mentor du groupe. Il souhaite organiser un team-building sur les pentes de l'Everest. Les Tornados veulent également amener les Cheetahs dans leur sillage. "Le but est d'organiser un stage commun en avril aux États-Unis. Histoire de préparer au mieux les relais mondiaux (NDLR: ils auront lieu en mai 2019, sans doute en Jamaïque) et de pouvoir y briller dans toutes les catégories." En ce compris le relais mixte 4x440m, désormais au programme. Ce rendez-vous sera d'autant plus crucial qu'il délivrera déjà des précieux sésames pour les JO 2020. Avant cela, toute la troupe fera un arrêt par Glasgow, hôte du prochain Euro indoor (1-3 mars 2019).
Sacoor, chaînon manquant
Jonathan Sacoor campe le chaînon qui manquait à ce relais pour franchir un palier supplémentaire. Après avoir survolé la série, il a carrément ridiculisé l'Anglais Hudson-Smith, 3e relayeur comme en lui en finale. Comment a-t-il fait? "Je ne sais pas, lança-t-il dans un premier temps. Je devais rester calme quand il arriverait à ma hauteur, ne pas lui montrer que j'étais impressionné. Courir contre un tel client m'a boosté." "Il devrait pouvoir se battre un jour avec les meilleurs mondiaux.", dit Jacques Borlée. En principe, il s'y frottera déjà l'été prochain à Doha.
Les Cheetahs à toute allure
Fin mai à Oordegem, les Cheetahs couraient leur 1er 4x400m. Dix semaines plus tard, les voilà déjà dans le Top 4 européen! "Ça dépasse toutes nos attentes", lance Camille Laus. "D'un autre côté, il y a la déception de passer tout près d'une médaille, nuance Cynthia Bolingo. On a une énorme marge de progression." Et un argument de poids pour plaider leur cause auprès du COIB et obtenir des subsides.

