Nafissatou Thiam: "Je suis la même qu'hier"
Championne d'Europe de l'heptathlon vendredi soir, Nafissatou Thiam est montée sur le podium ce samedi après-midi. Avant, elle est revenue sur son nouveau triomphe.
- Publié le 11-08-2018 à 14h42

Ce samedi midi, dans un hôtel luxueux du centre de Berlin où la délégation belge a ses quartiers. Nafissatou Thiam descend de la chambre qu'elle partage avec sa grande amie, Cynthia Bolingo, qui courra le soir la finale du 4x400m avec les Cheetahs. La toute fraîche championne d'Europe connaît le rituel sur le bout des doigts. Elle est encline à enchaîner les interviews pour la presse écrite et audiovisuelle. C'est comme ça chaque lendemain de sacre.
Avant de partir à la cérémonie protocolaire où elle recevra une nouvelle médaille d'or, la Rhisnoise revient sur un titre qu'elle est allée chercher au caractère.
Comment avez-vous célébré votre victoire?
Je n'en ai pas vraiment eu l'occasion. J'ai quitté le stade assez tard, après le contrôle antidopage. Cela n'a pas été évident de trouver un endroit pour manger à ce moment-là. Finalement, je suis allée dormir à 2 h du matin. Je me suis endormie très vite car j'étais vraiment fatiguée.
Avant le 800 m, la dernière épreuve, vous aviez 13 secondes d'avance sur Katarina Johnson-Thompson. Comment gère-t-on ça?
En faisant ma course, sans la regarder elle. Je connais sa valeur. Je sais, plus ou moins, quel chrono elle va faire et ce dont je suis capable. Je me fixe donc un rythme et j'essaie de le tenir. Au final, j'ai gardé 3,5 secondes d'avance sur elle. Ce n'est pas mal quand même.
Avez-vous failli chuter à un moment?
Disons que je n'aime pas la bagarre. Or quand on s'est rabattue, une concurrente m'a gênée. Ça a frotté. Après, elle n'est pas non plus arrivée comme un tank.
Avez-vous déjà pleinement réalisé que vous possédez désormais la panoplie complète, après vos titres olympique et mondial?
Bien sûr que je réalise. Je suis super contente. Si l'on m'avait dit ça, il y a trois ans, je n'y aurais pas cru. Cela dit, je suis la même qu'hier. Je n'ai pas changé en une nuit. Je me remettrai au travail pour me tourner vers de nouvelles échéances.
Votre prochain grand rendez-vous sont les Mondiaux, dans un an au Qatar. Cela paraît long un an, non?
Moi, je ne trouve pas. Cela ne nous laisse pas la possibilité de construire quelque chose à long terme. Si je veux m'améliorer, je dois pouvoir travailler sur des points précis. Cela demande du temps.
Vous pensez au lancer du javelot?
Oui, entre autres. Même si mon dernier lancer fut très bon et m'a permis de creuser le trou, je reste persuadée que je dois changer ma course d'élan, qu'elle doit être plus longue. C'est la seule manière de franchir un palier supplémentaire. Or ce changement assez important ne sera pas productif du jour au lendemain. Il est possible que ce ne soit pas encore au point dans un an. Tout s'enchaîne très vite, trop vite depuis le début ma carrière.
Envisagez-vous de prendre une année sabbatique à un moment donné?
Une année sabbatique, je ne sais pas. Mais il sera sans doute nécessaire de faire une pause… après les Jeux de Tokyo, de faire autre chose pour recharger les accus et retrouver de la fraîcheur. D'autres athlètes le font.
Avez-vous une discipline en tête?
Non. Peut-être que je ne ferai pas de compétition du tout pendant un certain temps. Mais ce n'est pas encore d'actualité.
La Fédération européenne ne vous a octroyé aucune prime pour votre médaille d'or. Pareil pour la gymnaste Nina Derwael. Emma Plasschaert, championne du monde de voile, n'a pas gagné un cent non plus. N'aspirez-vous pas à davantage de reconnaissance?
L'argent vient avec la mise en lumière d'une discipline. Si votre fédération n'est pas riche, elle ne peut pas vous payer. Si les sports dont vous parlez bénéficiaient de plus de médiatisation, leurs fédérations respectives, la situation serait différente, évidemment.
N'êtes-vous pas envieuse de tout l'enthousiasme qu'il y a eu autour des Diables rouges pendant et à l'issue de la Coupe du monde?
Non. C'est chouette ce qu'il y autour du foot. Ce sont les autres sports qui n'ont pas l'attention qu'ils méritent. On me dit que l'athlétisme manque de stars. Je ne suis pas d'accord. On en a. Hier soir, on a encore gagné trois médailles, non? Bien sûr que ce serait grisant d'être accueillie à la Grand-Place mais y aurait-il du monde?

