Jonathan Borlée… mais sur 60 mètres

A deux semaines de l'Euro indoor de Goteborg, les Nationaux ne devraient pas trop changer la donne. Entretien avec le DTN francophone.

Christian Carette

Comme on s'attend à ce qu'Hans Van Alphen officialise incessamment son forfait à l'heptathlon pour blessure, c'est une délégation réduite de huit ou neuf athlètes, y compris le 4x400m (avec les frères Borlée, seulement engagés dans le relais) qui devrait représenter la Belgique à l'Euro de Goteborg du 1 au 3mars.

Ce week-end, lors des championnats de Belgique, à Gand, on ne verra guère à l'œuvre qu'Eline Berings, sur les haies, parmi ceux qui ont déjà obtenu leur visa. Pas de Tia Hellebaut. Ni de Kevin Borlée, qui, on le sait, a déclaré forfait pour les Millerose games new yorkais en raison de problèmes au dos. Une petite exception pour Jonathan Borlée, qui en sera mais pas sur 200 ou 400m.

Jo affûtera en effet sa vitesse sur 60 m... face à son petit frère Dylan, pour l'anecdote, mais surtout au recordman de Belgique junior, le prometteur Sérésien Robin Vanderbemden (6''75 pour 6''80 à Jonathan), une des satisfactions de Christian Maigret, directeur technique de la Ligue francophone.

Christian, qu'attendre de ces championnats de Belgique, cette confrontation inédite mise à part ?

On n'en attend pas un cru exceptionnel, faut être honnête, mais, dans l'optique de l'Euro, la sélection et la hiérarchie aux côtés de Jonathan et Kevin sur 4x400m doit encore être fixée avec exactitude. Dès lors, la course individuelle de ce dimanche sera instructive, voire déterminante, pour les Gillet (meilleur chrono actuel, avec 47 ''55), Destatte, Duerinck, Ghislain ou Bouckaert.

Sur 60m haies, Sara Aerts tentera encore d'atteindre le minimum de 8''10 (NDLR: elle en reste à 8''23 pour l'instant), on y verra aussi Élisabeth Davin en retard de préparation après des ennuis de santé. Toujours sur 60 haies, côté masculin, Damien Broothaerts et Dario De Borger, qui se sont déjà approchés du minimum (7''71), joueront également leur carte. Tout comme Svetlana Bolshakova au triple saut, objectif 14m 07.

Kevin et Jonathan crèvent l'écran, mais, en profondeur, comment se porte l'athlétisme francophone ?

Avec les moyens qui sont les nôtres, plutôt bien. Entre 2000 et2004, on a touché le fond, il faut le reconnaître. Entre 2004 et2008, on a remonté la pente. Et pour 2008-2012, cela a été de mieux en mieux, en comptant bien sûr les frères Borlée, mais aussi la demi-finale olympique d'Adrien Deghelt. Et l'éclosion d'Anne Zagré partie étudier et s'entraîner six mois dans une université US (Florida State). En cette année de Mondiaux en plein air (au mois d'août à Moscou), elle doit rentrer en juin.

Enfin, parmi les plus jeunes, Margaux Quirin a battu le record de Belgique junior indoor à la perche, et vous savez désormais tous les espoirs que l'on peut fonder en Nafissatou Thiam qui vient d'améliorer le record mondial junior de la grande Carolina Kluft au pentathlon avec 4558 points… soit la 5e performance européenne de l'année toutes catégories. Elle se trouve pour le moment en stage au Portugal avec Roger Lespagnard, et il y aura encore des compétitions partout ce week-end, mais elle pourrait entrer en ordre utile pour une invitation à l'Euro comme l'une des meilleures performers 2013. On le saura lundi.

Reste le cas d'Adrien Deghelt, qui, à 27 ans, a choisi de s'entraîner depuis décembre avec Jacques Borlée et de changer sa manière de courir sur les premières foulées, et donc de pied de départ, ce qui ne se réalise pas d'un coup de baguette magique. Le week-end dernier, à Gand, il a fini 3e loin de son meilleur chrono sur 60m haies, il ne sera pas là dimanche, ni ensuite à Goteborg. En coulisses, on sent bien la polémique, le malaise…

Adrien est Namurois comme moi, je le connais depuis qu'il est tout petit. Je l'ai toujours cru capable de descendre sous les 13'' 30 au 110m haies. Ce qui arrive est perturbant et me peine, il le sait. Il a voulu se séparer de son entraîneur Jonathan Nsenga, avec lequel il a tout de même été demi-finaliste mondial et olympique, ainsi que médaillé de bronze en salle sur 60m haies. Le courant ne passait plus, pas de réelle dispute, mais quelques tensions, il trouvait qu'il y avait trop de hauts et de bas, de blessures… c'est un tout et ce sont des choses qui peuvent arriver, que je peux comprendre.

La polémique vient du fait qu'il n'a pas choisi un entraîneur de haies, et que, dès lors, le Conseil d'administration de la Ligue, très étonné, n'a pas voulu assumer et cautionner sa préparation. Il aurait été un coureur de 200 /400 m, ou il serait venu lui-même avec un coach de sa spécialité, quelle que soit sa nationalité, il n'y aurait pas eu de problème.

On a bien compris, par voie de presse dernièrement, que les rapports entre Jacques Borlée et la Ligue, notamment le responsable du haut niveau Jean-Michel Garin, sont quelque peu, disons, tendus…

Je n'entre pas dans une éventuelle querelle de personnes. Je m'en tiens aux lignes qui ont été définies par la Ligue, et dont il me semble Jacques n'a pas eu à se plaindre. Il a fait ses preuves avec ses deux fils, dont la classe est évidemment indéniable. Réussir avec d'autres, moins proches et moins doués, n'est pas toujours aussi simple, on doit tous le constater quotidiennement.

En ce qui concerne Kevin et Jonathan, mais aussi pour le 4x400m dont il est responsable, il a toujours bénéficié chez nous d'une grande, voire d'une totale liberté, dans le cadre des contrats ou engagements pris, et dans la mesure où les résultats ont été atteints. D'accord, on a pu être relativement déçu aux Jeux de Londres, et lui le premier parce qu'on doit avoir des rêves et de l'ambition, mais il s'agit aussi de raison garder: deux frères belges en finale du 400m olympique, dont un aux portes du podium, on doit déjà bien réaliser ce que cela représente.

Il faut d'ailleurs signaler que depuis les débuts d'Olivia en compétition, plus ou moins un million d'argent public (aides sportives et contrats de travail) a été progressivement investi pour subsidier la préparation de la famille. Aux normes de l'athlétisme belge, ce n'est pas peu de choses.¦

Nos lecteurs ont lu ensuite

Vous êtes hors-ligne
Connexion rétablie...