Barracuda, la belle prise de Jérémy

L'histoire de pirates se transforme en conte de fées pour le jeune Rumois. En deux albums, Jérémy s'est imposé comme le grand espoir de la BD belge.

Pascal LEPOUTTE
Barracuda, la belle prise de Jérémy
Barracuda ©ÉdA – 201219357883

"Je n'en reviens pas, c'est un sentiment bizarre : à notre demande, Jérémy Petiqueux, 27 ans, le dessinateur de la série "Barracuda", compare l'une des 54 planches d'Esclaves, le tome 1 (paru en 2010) avec la toute première – reprenant à peu près les mêmes décors et personnages – du quatrième album, qu'il vient d'entamer: les visages sont plus expressifs, plus vivants, le trait noir est plus souvenu. Je ne me doutais pas qu'il y aurait autant de différences. Je travaille comme je le sens, sans réfléchir…" Il en a fait du chemin, en quelques mois, le Taintignien qui avait débuté en 2005 comme coloriste de Philippe Delaby, la star régionale du neuvième art: "À 17 ans, j'étais plutôt attiré par les mangas. La première BD réaliste que j'ai vraiment lue et appréciée, c'était Murena. Il m'en a conseillé d'autres. J'ai eu un déclic, un choc. C'est à ce moment que j'ai pris goût à ce genre-là. "

Il connaissait l'homme avant l'auteur: "Sa femme est une collègue de ma mère et ils venaient de temps en temps manger à la maison. C'est ainsi que je lui ai un jour montré mes planches. Il m'a proposé de travailler avec lui. C'était le style de dessin, la façon de raconter une histoire la plus appropriée par rapport à tout ce que j'aime. C'est plus cinématographique: le découpage plan par plan, les cadrages la lumière… " Jérémy a tendance à brosser les cours de l'Académie des Beaux-Arts pour rejoindre son atelier, mettre en couleur Murena 5 et 6 puis la Complainte des Landes perdues. L'école du terrain est ce qu'il y a de mieux: "Cela m'apportait plus. Évidemment, en secondaires, j'avais acquis les bases les plus classiques, les techniques pures et dures: le réalisme, l'anatomie, les perspectives…. Tout le monde en a besoin pour se diriger par la suite vers ce qu'il veut. Mais dans le supérieur, les professeurs n'aimaient pas trop la direction que je prenais, et je ne leur en veux pas, car pour eux, le dessin réaliste, c'était fini depuis les années 50. Mais moi, je me plaisais dans ce style. Après un an et demi, j'arrêtais les études. Ma vraie école, ça a été Delaby."

Dès la maternelle, Jérémy avait commencé à dessiner dans ses cahiers, avant de dévorer les albums de la bibliothèque de Taintignies ou ceux des collections de sa mamie: " Je n'ai jamais voulu faire autre chose que la BD.. ." L'idée ne l'a jamais lâché: "Avec Philippe, Je me suis rendu compte de l'impact de la couleur et je me suis dit qu'on pouvait encore modeler des choses grâce à elle, que ce n'est pas qu'un remplissage de cases. Alors, j'ai essayé des couleurs sur mes planches." Il avait ainsi le pied à l'étrier. Jean Dufaux, l'un des grands scénaristes belges, tombe sur un dessin (de pirate) que Jérémy ne devait pas lui présenter: "Je l'avais zappé, rangé dans une farde… Il m'a demandé si j'aimais cet univers… " C'est le début de Barracuda, une série qui n'exploite pas le filon "fantastique" de la piraterie (chasse au trésor genre Pirates des Caraïbes), mais évoque les destins croisés de trois adolescents sur une île, les rencontres qu'ils vont faire, et toutes sortes de choses qui gravitent là autour… "L'histoire plus réaliste permet d'aborder les rapports psychologiques entre les personnages, ou des sujets plus contemporains qui sont resitués dans le passé, comme le trouble d'identité sexuelle d'un des protagonistes,etc. "

Le duo ne devait collaborer que sur trois albums. Vu le succès, une véritable Barracudamania, on parle aujourd'hui de six, voire sept tomes. Jérémy n'en a pas fini avec les drapeaux à tête de mort…

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