Naninne : Don Dino a l'Italie jusque dans la voix
On le repère à l'oreille, par sa voix de basse et chantant "Sole Mio" dans son restaurant baptisé selon son prénom. Dino Scalisi attend avec impatience le match Belgique–Italie. D'ici là, il stresse.
- Publié le 02-07-2021 à 06h00

Au restaurant Don Dino, à Naninne, le patron parle plusieurs langues: celle du foot, de l'Italie et de la gastronomie transalpine. Alors, en période d'Euro de football, l'italien et le français se mélangent comme le parmesan dans les pâtes pour commenter entre deux services les prestations des Diables Rouges et de la Squadra Azzurri. "Il y a plus de stars en Belgique que dans cette équipe italienne, raconte Dino Scalisi, ce n'est plus le temps des Roberto Baggio, Maldini ou Del Piero, mais par contre, ce sont 11 gars qui jouent avec le cœur."
Ce vendredi est le jour de toutes les craintes pour le chef de salle italien. Il verra s'affronter ses deux nations de cœur lors d'une rencontre terriblement indécise. "Je stresse, la tension monte de jour en jour. J'aurais aimé que le Portugal gagne pour ne pas affronter les Diables Rouges. Car si la Belgique gagne et qu'elle bat l'Italie, je risque de me faire chambrer longtemps après."
Les hostilités, les petites remarques, les piques amicales ont commencé dès samedi soir et le match Italie-Autriche. "Des joueurs de l'Arquet et clients du restaurant me taquinent avec la victoire laborieuse de l'Italie en huitièmes de finale. Mais si on gagne vendredi, je débarquerai à l'Arquet les bras levés pour leur montrer qui est en demi-finale, sourit Dino, qui n'hésite pas à rendre les coups, j'ai adressé mes plus sincères condoléances à un client français ce mardi. Les Italiens et les Belges ont un point commun: ils se réjouissent quand la France s'incline."
D'Adrano à la restauration
Comme Claude Barzotti le chantait, Dino a l'Italie dans le verbe et dans le geste. Un héritage culturel que lui ont transmis ses parents. Comme beaucoup d'immigrés italiens à Namur, ceux-ci ont quitté le village d'Adrano en Sicile pour trouver un emploi dans les environs de la ville mosane. "Je suis arrivé ici dans le pack italien d'Adrano, à l'âge de deux ans, j'en ai 51 maintenant. Il n'y avait pas de travail en Italie et mon père hésitait entre la Belgique, la Suisse et l'Australie. Un ami d'Adrano lui a dit qu'il fallait venir en Belgique, car ici, on est payé pendant les intempéries dans le bâtiment", sourit le restaurateur.
La famille Scalisi a vécu dans le feu quartier italien, qui s'étirait de la rue des Brasseurs à la rue Fossés Fleuris. Une diaspora où il a pu découvrir, entretenir, et aimer les charmes multiples de l'Italie. De sa chaleur à son équipe de football en passant évidemment par sa gastronomie. "Si je peux prendre un plat à la Belgique pour le placer sur une carte italienne, ce sont les carbonnades flamandes de chez Robert à Charleroi. C'est divin ce plat."
Et sur un terrain de football, s'il pouvait transférer un joueur de la Belgique à l'Italie, c'est la machine à marquer belge, Romelu Lukaku. "En Italie, depuis dimanche, on ne parle que de lui. Il concentre toutes nos craintes, car on le connaît trop bien, on sait de quoi il est capable, explique Dino, depuis qu'il joue à l'Inter et qu'il a tant mûri au contact de son entraîneur Conte, il y a un réel coup de foudre entre l'Italie et Lukaku." Du côté italien, le Namurois apprécie l'énergie de Chiesa, véritable trublion dans l'attaque de la Squadra.
Deux buts à rien
L'optimisme et l'enthousiasme de Dino ne sont pas partagés par tous les Italiens du restaurant. Le pizzaïolo, Vincent, ne croit pas à une victoire finale de l'Italie, moins brillante et réaliste que par le passé. "C'est une équipe sans stars, dix joueurs qui font tout pour marquer et qui ont besoin de 300 occasions pour mettre un but."
Les deux supporters italiens regarderont la rencontre sur leur lieu de travail, ce vendredi à Naninne. Le restaurant restera ouvert, malgré la rencontre. "Ce n'est pas un café, mais ceux qui viendront pourront crier s'ils le veulent, car je serai le premier à le faire" assure Dino.
Son pronostic? 2-0, pour l'Italie, un but pour chaque mi-temps. Et s'il se trompe, il s'engage à supporter l'équipe belge pour le reste du tournoi. "À condition qu'on ne me chambre pas trop", prévient le Don.
