Namur : à Rhisnes, l'AWaP a inauguré son nouveau Centre de conservation et d'étude
Inauguré ce jeudi à Rhisnes, le nouveau Centre de conservation et d'étude de l'Agence wallonne du Patrimoine (AWaP) inventorie et préserve les témoins de 500 000 ans d'histoire wallonne. Visite guidée.

- Publié le 05-06-2026 à 07h20
- Mis à jour le 05-06-2026 à 07h44

Sur les murs du nouveau Centre de conservation et d'étude de l'AWaP, des panneaux interpellent le visiteur dès l'entrée: "Un pot cassé, et alors ?" La formule, qui peut faire sourire, résume pourtant à elle seule la raison d'être de ce nouveau pôle d'excellence dédicacé au service du riche patrimoine wallon.
Ce jeudi matin, à quelques heures de l'inauguration de cet outil de pointe de plus de 4800 m2, deux spécialistes nous ouvrent quelques portes de la chaîne dite opératoire, de l'arrivée des caisses remplies de fragments au récolement de ces derniers, une phase consistant à les inventorier et à les encoder. Dans l'intervalle, il aura fallu les nettoyer, les photographier, les classifier.
Dans ce bâtiment de facture contemporaine alliant bois et béton, où les archéologues de l'AWaP se sont installés en octobre, des centaines de milliers d'objets attendent ainsi de raconter l'histoire de la Wallonie, que ce soit par le biais d'une étude ou d'une exposition.
Un autre panneau interpelle le visiteur. La mission des archéologues, elle consiste à capturer le passé enfoui dans les couches de la terre, ou à l'y rattraper avec une patience de fourmi besogneuse. Ramenée à la lumière, sous la loupe des scientifiques et des chercheurs, cette foule de fragments reconstruit des récits et des histoires.
Ces centaines de milliers d'items (le terme consacré), qui dorment dans les réserves, attendent leur heure de gloire. "Le but, quand tout est inventorié et encodé, c'est qu'on puisse remettre la main sur une pièce en 3 minutes", explique Anne-Sophie Bernich, gestionnaire des collections.
"Le travail que les gens connaissent, c'est la fouille.C'est le côté Indiana Jones que tout le monde visualise, sourit l'archéologue. Mais tout le travail mené dans l'ombre, derrière, reste largement invisible et méconnu du grand public."

Le cancer, une vieille maladie
Des centaines de palettes provenant de toute la Wallonie sont appelées à rejoindre ce nouveau centre dans les prochaines années. Certaines collections arrivent dans des caisses constituées il y a plusieurs décennies. Commence alors leur dépouillement. À la fin, chaque objet, passé au filtre des experts, est intégré dans une base de données.
"On reprend caisse par caisse, sachet par sachet. On encode toutes les informations archéologiques et on réalise un constat d'état des objets", explique Anne-Sophie Bernich. Une opération fondamentale. Le protocole de conservation impose aussi une mise en quarantaine de toutes les caisses acheminées au centre d'excellence.
Dans une réserve transitoire, les caisses en attente sont issues des fouilles pratiquées à l'abbaye de Stavelot. Selon l'étiquette, elles contiennent des squelettes humains. L'étude des os raconte l'histoire des maladies: elle permet d'identifier de possibles fractures, malformations et pathologies. "L'étude des ossements montre que certaines pathologies, dont le cancer, existaient déjà bien avant les sociétés contemporaines", explique la gestionnaire des collections.
Le parcours de visite se termine dans la salle de récolement. Deux archéologues y sont à l'œuvre dans un impressionnant silence. Dans ces volumes de béton, les voix résonnent comme dans une église, comme si le temps lui-même imposait le recueillement. Et l'on comprend enfin pourquoi, pour un archéologue, un pot cassé n'est jamais seulement un pot cassé, mais un fragment d'histoire.
Huit siècles de sommeil dans la tourbe
Un tesson de poterie. Une roue de bois sombre aux rayons encore visibles exhumée d'un milieu marécageux et des ossements d'une sépulture d'abbaye. La centaine d'invités à l'inauguration du CEE, dont la ministre du Patrimoine Valérie Lescrenier, a été guidée dans la chaîne opératoire. Quelques remarquables objets, rares et sauvés de la terre, ont été montrés. Ils témoignent à eux seuls du caractère fascinant de l'archéologie. D'abord, une roue de charrette médiévale, en bois, réalisée à partir de trois essences : du chêne pour la jante, du hêtre pour les rayons et du bouleau pour le moyeu). Cette pièce, parmi les plus spectaculaires, a été découverte en 2004 dans la tourbe de la Fagne Rasquin, près de Waimes. Son état de conservation est exceptionnel: le milieu humide et pauvre en oxygène de la tourbe a préservé le bois durant des siècles, au point de permettre aujourd'hui la reconstitution presque complète du véhicule.

Autre joyau: un ensemble de vaisselle provenant du palais de Marie de Hongrie (XVIe siècle), qui se trouvait à Mariemont, dans l'actuelle commune de Morlanwelz. En réalité, il s'agissait de son pavillon de chasse. Détruit par un incendie peu après son occupation, il offre aux archéologues un témoignage particulièrement précis de la vie quotidienne au XVIe siècle. Ont également été mis au jour à Mariemont des pièces d'un alambic en verre ayant fait l'objet d'un important travail de restauration.

Né d'une catastrophe
Le centre de conservation et d'étude (CCE) est né d'une épreuve. Jusqu'en 2021, les collections étaient conservées sur les hauteurs de Saint-Servais, dans le zoning. Les inondations de cet été-là ont alors submergé les réserves sous près de 2 mètres d'eau. Des mois de nettoyage et de sauvetage ont suivi dans un bâtiment temporaire prêté par la Défense. Grâce aux importants travaux de récolement déjà réalisés, près de 98% des collections ont pu être retrouvées et sauvegardées. La catastrophe a accéléré la création de ce nouvel outil, plus sûr, doté d'équipements modernes de contrôle de l'humidité et de la température, et soutenu par le Plan de relance de la Wallonie.
500 000 ans sous vos pieds : le centre ouvre ses portes au public les 12, 13 et 14 juin
Le CEE, situé 3 avenue d'Ecolys à Namur (juste derrière le village d'affaires) ouvrira exceptionnellement ses portes au public lors des Journées européennes de l'archéologie, les 12, 13 et 14 juin. Sur le thème "500 000 ans sous vos pieds. Trois jours pour les découvrir". Les visiteurs pourront s'immerger dans l'envers du décor.