Braqueurs Dexia : dures réquisitions
Le parquet réclame de lourdes peines à l'encontre des frères Jamal et consorts, dans le dossier des braquages de banques Dexia.
- Publié le 23-03-2009 à 10h00
Salah Eddin Jamal reconnaît un seul fait. Difficile de faire autrement : il a été pris en flagrant délit, à la suite du braquage de l'agence Dexia de Beauraing, le 30 octobre 2003. Un "casse" commis de manière particulièrement violente (lire ci-dessous). Mais le parquet de Dinant, dans ce procès qui en est à la troisième audience, lui attribue bien d'autres forfaits, en tant que chef de bande. Il aurait donné des ordres, y compris depuis une cellule de prison. Le 1er substitut Brigitte Benoît suggère que le jeune Carolo, né en 1984, aurait mandaté des tiers, histoire que les vols continuent après son arrestation, pour le dédouaner. Autre chef de bande désigné par le ministère public : le frère du premier, Abdalkrim (dit Karim) Jamal. Lui nie en bloc. Mais c'est contre lui que le réquisitoire est le plus dur. Mme Benoît réclame une peine de 15 ans de prison (10 ans à l'encontre de son cadet). D'autres protagonistes sont visés à hauteur de 10, 12 ans. La sévérité du parquet se justifie, dixit son représentant dans ce procès exceptionnel, par l'extrême gravité des faits. Des agences Dexia ont été pillées à Beauraing, Hastière, Barvaux (province du Luxembourg) ou Villers-le-Bouillet. Il y a eu des tentatives avortées (par exemple à Spontin), sans compter les vols de voitures pour rallier les multiples lieux visés.
"Gratin du grand banditisme"
Le 1er substitut Brigitte Benoît tire le portrait d'une bande. Ses éléments moteurs feraient partie "du gratin du grand banditisme carolo". Ils seraient à la tête d'une organisation criminelle "structurée, avec ses participants et ses aidants". Le genre de types lourdement armés qui n'hésitent pas à menacer les gens, à les entraver, à les bâillonner. Tout ce petit monde, dixit Mme Benoît, a été confondu grâce à des repérages et à des écoutes téléphoniques. Et de noter que les techniques particulières d'enquête ont permis d'empêcher d'autres méfaits. Des exemples cités par le parquet ? Cette injonction qu'aurait donnée le plus jeune des frères Jamal, depuis sa cellule, celle de tabasser une gardienne de prison de Namur. La dame l'a échappé belle, on l'a mise à l'abri à temps.
Les écoutes téléphoniques auraient également permis d'empêcher juste à temps l'attaque d'un magasin d'électroménager à Gerpinnes, ou celle d'une agence Dexia à Ciney.
Bigre. Les graves allégations permettent de comprendre l'important dispositif policier déployé dans et au dehors de la salle d'audience. En entendant les griefs et les peines réclamées par le parquet, les frères Jamal (qui comparaissent libres, tout le monde a été libéré dans cette histoire située entre 2002 et 2004), n'ont pas l'air très stressés. Au contraire, ils sourient à de nombreuses reprises, pour ne pas écrire qu'ils se marrent franchement. Sans savoir ce qu'il adviendra d'eux d'ici quelques semaines, on peut au minimum conclure que ces jeunes hommes ne sont pas impressionnables. De quoi appuyer la réputation de "durs" que leur prête le ministère public.

