Julien Watrin en toute confiance après ses deux médailles à l'Euro : "J'espère une finale mondiale à Tokyo"
Avec deux médailles au cou, Julien Watrin sort de l'Euro indoor en pleine confiance. Place au travail des haies à présent.
- Publié le 10-03-2025 à 21h00
- Mis à jour le 10-03-2025 à 21h03

Julien, quel est votre sentiment après cet Euro ? Comme vos équipiers, vous espériez mieux que cette médaille de bronze sur le 4 x 400 m messieurs ?
J'avoue que je n'ai pas ressenti dimanche le même sentiment d'exaltation, d'euphorie que trois jours plus tôt avec le relais mixte. Mais le contexte était différent. C'était mon retour au niveau international, la première médaille d'un relais mixte et le fait de la gagner avec Imke Vervaet amenait une émotion supplémentaire. Nous avons des points communs dans notre parcours. En 2009, nous étions ensemble aux EYOF à Tampere (NDLR: les Jeux européens de la jeunesse). Elle a aussi connu un creux après une opération assez lourde. Avec le relais masculin, quand Florent Mabille remonte sur le Hollandais puis quand Jonathan tente d'attaquer, j'ai vraiment cru que nous allions décrocher le titre. Et cela alors que deux relayeurs avaient dû déclarer forfait (NDLR: sans compter Doom et Vanderbemden qui n'étaient pas là). Le bronze, ce n'était donc pas la fin de scénario espérée, mais au bout du compte, cela reste une médaille tout de même. J'en ramène deux et en plus, au niveau individuel, c'était même mieux que jeudi. J'ai de quoi me montrer très satisfait. Je suis aussi content pour ma famille et mes amis.
Parlons-en de vos deux courses.
Jeudi, même si j'avais été plus vite, cela n'aurait rien changé, nous n'aurions pas devancé Femke Bol sur le dernier relais. Dimanche, j'ai été chronométré en 46.41, le meilleur temps des premiers relayeurs. Je me sentais vraiment bien. Le couloir 3, ce n'était pas un avantage. Au rabattement, sur cette piste très inclinée, les deux extérieurs arrivaient comme des boulets de canon et c'était dur de passer devant sans se griller. Après, c'était compliqué de prendre la place prise par le Hollandais. J'ai été limité par des faits de course, pas par ma forme physique.
"Pas loin de mon niveau d'Istanbul"
Jacques Borlée a annoncé l'arrêt de sa carrière de coach le jour de la course. Cela vous a perturbé ?
Non, on est quand même focus sur la course. Même si j'ignorais la teneur exacte de son communiqué, j'avoue que j'étais dans la confidence puisque j'ai une très bonne relation avec Dylan.
Cet Euro servait aussi à vous rassurer totalement ?
Pas par rapport à mon cancer, mais plutôt ma blessure au mollet, survenue en novembre. De ce côté, tout va bien. J'ai retrouvé une foulée assez souple, plus grande, tout en restant dynamique. Sincèrement, je n'étais pas loin de mon niveau d'Istanbul (NDLR: en 2023, quand il a décroché la médaille d'argent sur 400 m individuel) et c'est très encourageant avant d'aborder les haies. Je n'en ai pas fait depuis trois mois, mais je suis convaincu que la transition va bien se passer. Autre indice encourageant, je sors de cet Euro sans ressentir la moindre douleur physique et j'ai très vite récupéré après chacune des courses.
Quel sera votre programme ?
Il y aura les Mondiaux de relais en mai (NDLR: 10 et 11, en Chine). Pour les haies, on n'a pas encore déterminé un programme précis de compétitions. Les championnats du monde viennent assez tard cette année (NDLR: 13 au 21 septembre, à Tokyo) et on veut prendre le temps d'une bonne préparation. Je veux être totalement prêt au moment de disputer ma première course. On parlera de tout ça avec François (NDLR: Gourmet, son entraîneur) dans quelques jours à son retour de vacances.
"Des conférences de presse plus longues"
Le minimum qualificatif sur le 400 m haies est fixé à 48.50, soit 16 centièmes de moins que votre record de Belgique…
Oui, c'est du solide, mais on va le tenter. Je crois qu'il y a aussi moyen de se qualifier via le ranking, même si pour l'heure, je ne suis nulle part à ce niveau puisque je n'ai pas couru de 400 haies l'an dernier. De toute façon, si je veux aller à Tokyo, ce n'est pas via une qualification de toute justesse au ranking. J'ai envie d'aller là-bas pour courir une finale, descendre sous 48.50.
Depuis votre cancer, vous avez le sentiment d'être un athlète différent ?
Pas spécialement. Même si c'est vrai que j'ai ressenti un bonheur immense en prenant part à cet Euro. J'attendais un tel rendez-vous depuis plus d'un an et j'avais même l'impression que cela faisait une éternité. Cet objectif me paraissait encore inatteignable voilà quelques mois, quand je devais me contenter de projets à court terme. Cette longue attente et le fait de revenir assez rapidement vers la forme ont peut-être provoqué un excès d'enthousiasme et d'investissement à l'entraînement. Ce qui peut expliquer ma blessure.
Et l'attitude des supporters, des médias envers vous, a-t-elle changé ? Vous ressentez une certaine forme d'empathie ?
Oui, c'est différent. Les gens de la délégation font aussi preuve de beaucoup d'attention à mon égard. Et les journalistes se montrent très bienveillants, ce qui allonge la durée des conférences de presse (rires). Mais ça ne me dérange nullement, rassurez-vous.
Vite dit
Pas de stage "Je n'ai pas prévu de partir en stage en prélude à la saison en estivale, dit Julien Watrin. D'autant que j'ai pas mal de choses à faire en Belgique. Peut-être plus tard, on verra."
Contrat Même s'il n'a pas réussi les résultats nécessaires l'an dernier, et pour cause, l'Adeps lui a maintenu son contrat.
Études Il suit toujours un master en anthropologie et un autre en philosophie. "Pour le premier, je rendrai normalement mon mémoire l'an prochain. Le faire en septembre, c'est risqué dès lors que les championnats du monde sont prévus quasiment au même moment. Pour le second, cela devrait prendre encore deux ou trois ans."
Un Euro à Luxembourg ? Une délégation grand-ducale a visité les installations d'Apeldoorn durant ce championat d'Europe. Nos voisins envisagent une éventuelle candidature pour une prochaine édition, en 2029 ou 2031, dans les installations de la Coque.
