Ecore va investir 2,5 millions d'euros pour réduire les rejets autour du broyeur, à Aubange
Pour réduire ses rejets dans l'air, la société Ecore à Aubange, va investir 2,5 millions d'euros dans un procédé innovant.

- Publié le 14-04-2021 à 06h00

Cinq millions d'euros, c'est la somme dépensée par la société de recyclage de métaux Ecore à Aubange, entre 2018 et 2021, pour réduire au maximum ses nuisances, nous informe l'entreprise.
Le broyeur à métaux d'Ecore, comme d'autres installations de ce type en Wallonie, est pointé du doigt pour ses rejets dans l'air. Dernièrement, la ministre de l'Environnement Céline Tellier a annoncé que des sanctions tomberont en cas de non-respect des normes.
Or Ecore dépasse les seuils autorisés au niveau des PCB notamment (lire ci-contre).
La Wallonie a décidé en 2018 de limiter drastiquement les émissions de PCB (des substances qui peuvent être nocives pour la santé en cas d'expositions chroniques). Elle impose aux entreprises les normes les plus strictes en la matière, au niveau européen.
L'obligation d'innover
C'est bien simple, "il n'existe sur le marché aucune solution technique qui permette de respecter les normes wallonnes, constate Alain Didier, responsable du site Ecore à Aubange. Et l'administration n'en a aucune à proposer. D'autres entreprises rencontrent les mêmes difficultés que nous."
Elles semblent pourtant avoir pris moins de retard qu'Ecore dans la mise en œuvre. "Effectuer des recherches, les tester et les analyser, tout cela prend du temps", nous répond-on chez Ecore.
Un procédé d'oxydation thermique s'est révélé pas suffisamment efficace.
Finalement, en partenariat avec des prestataires, la société va améliorer différentes étapes de filtration existant ailleurs pour réduire au maximum les poussières et les composés volatils.
Au traitement par voie humide déjà en place, Ecore va ajouter trois étapes de filtration: filtre à manche en amont du broyeur, ultrafiltration et filtre au charbon actif. Ces deux dernières étapes de traitement des gaz vont nécessiter à elles seules la création de trois bâtiments industriels. " L'ultrafiltration va permettre de retenir les poussières les plus fines, de l'ordre de 0,5 mgr contre 5 mgr habituellement, explique Gaylord Renard, responsable Recherche et Développement chez Ecore. Lors de la dernière étape, le charbon actif va retenir les derniers gaz et particules. Toutes ces étapes sont complémentaires. "
En été et en automne
Les commandes ont été lancées début de cette année. L'installation du filtre à manche est prévue cet été, en juillet-août. Le reste sera aménagé en octobre et novembre.
Coût total de ces investissements: 2,5 millions d'euros. Depuis 2018-2019, ce sera environ 5 millions d'euros qu'Ecore aura investis pour réduire ses nuisances (dallage, arrosage des dalles, pulvérisation de microgouttelettes d'eau à l'intérieur du broyeur pour mieux capter les poussières…). Par ailleurs, des travaux sont en cours, comme l'exigeait le permis, pour un raccordement à la station d'épuration.
Reste à voir si avec toutes ces étapes de filtration, Ecore sera dans les clous. Pas sûr. "Aucun prestataire ne peut nous le garantir puisque c'est une première", affirme-t-on chez Ecore.
Injuste
Entre-temps, comme l'entreprise ne respecte pas les normes, elle pourrait être sanctionnée. Ce qu'elle perçoit comme injuste. "La société a toujours suivi les réglementations, les exigences sont cette fois très pointues, voire intenables ", commente Alain Didier.
De là à pousser l'entreprise à s'installer de l'autre côté de la frontière… il y a un pas qui ne sera pas franchi. "Non, on veut que l'industrie reste dans la région. Le recyclage, c'est un secteur d'avenir ", souligne Alain Didier
Mieux informer les riverains
Entre les riverains et l'entreprise, le dialogue est inexistant. Ecore compte mieux informer et communiquer. "On avait prévu une grande campagne de porte-à-porte qui ne cesse d'être reportée à cause de la crise sanitaire. Faute de mieux, pour le moment, on va déposer un toute boîte. " Ecore voudrait aussi organiser une sorte de journée portes ouvertes pour montrer comment l'entreprise fonctionne et tordre le cou aux idées reçues.
"Tout ce qui passe par nos machines est dépollué par des sociétés agréées. Nous sommes contrôlés ", explique entre autre Alain Didier. En gestation également: la création d'un comité de riverains, ce qui permettrait à la fois de mieux informer les habitants du coin, et d'orienter des décisions pour répondre aux craintes et inquiétudes.
