Drucker ne fera pas "le combat de trop"
Michel Drucker était à Arlon. Icône du paysage audiovisuel, il a fait le show. L'album photos des cinquante ans de la télé. Entre humour et nostalgie.
- Publié le 16-11-2017 à 10h11

Michel Drucker, le public venu à Arlon était conquis d'avance?
Mais il ne savait ce que j'allais faire. Je ne suis pas acteur, pas chanteur. Il vient par sympathie parce qu'on se connaît depuis tant d'années. L'important est qu'il reparte heureux. Être seul sur scène, c'est un autre métier que la télévision.
Une prise de risque?
Énorme. Aucun animateur n'a fait ce que je fais. Pour le faire, il faut cinquante ans de TV. Je l'ai fait tout seul!
Une difficulté du spectacle était de ne pas tomber dans le "moi je", non?
Je parle beaucoup des autres. Quand je parle de moi, c'est de ma famille ou par autodérision. Je mets dans la lumière Zitrone, Johnny, Belmondo, Delon, Mitterrand…
Êtes-vous un gros bosseur?
Je bosse de midi à minuit. Je commence par une heure de sport sur un vélo offert par Eddy Merckx. J'écoute le radio, regarde la télé. Je vois tous les films. J'ai quatre films à voir demain. Je ne peux pas interviewer un acteur si je n'ai pas vu son film. Je n'ai pas de chroniqueur.
En cinquante ans, la télévision a beaucoup changé. Face à internet, quel est son avenir?
Comme aux USA, les grandes chaînes généralistes tiennent le coup, l'audience est émiettée.
Faire 2,5 millions de spectateurs le dimanche soir, c'est miraculeux.
Vous avez été viré d'Antenne 2 à un moment donné, pas peur à 75 ans?
Ce que j'ai vécu est tellement incroyable, j'attaque ma 54e année. Chaque année est un bonus.
Il ne faudrait pas rater sa sortie?
C'est une vraie question. Comme je connais bien le sport, j'espère avoir la lucidité de ne pas disputer le combat de trop. Pas faire Usain Bolt!
On ne vous voit jamais fâché?
Ce n'est pas dans ma nature. Les tensions, c'est extrêmement rare. Le meilleur moment de la fâcherie, c'est la réconciliation. On m'a souvent reproché d'être gentil avec tout le monde.
Avec une telle vie, gardez-vous la tête froide?
Oui, vous avez entendu ce qu'a dit ma mère à Mitterrand lorsque j'ai reçu la Légion d'honneur: "J'espère que ce sera un encouragement pour mon fils pour progresser!" Je ne viens pas de ce milieu. J'ai compris à travers Léon Zitrone que la TV pouvait rendre fou. Les stars, les politiques ne m'impressionnent pas. Je ne vis qu'avec des gens pas normaux. Être vedette, ce n'est pas une vie normale.
Mais vous êtes une vedette, non?
Une vedette qui présente des vedettes. J'ai fini par faire partie des meubles. À force de mettre les gens dans la lumière, j'ai fini par être touché par les rayons du soleil.
À 75 ans, quels sont les projets?
Beaucoup de scène, peut-être de la radio, un livre: "Cela vous fait quel âge?" Car c'est la question qu'on me pose tout le temps. Surtout que je quitte ce métier en bon état, et pas en morceaux! C'est un métier beaucoup plus dur qu'on l'imagine, il faut rester calme, résister à plein de choses. Terminer ma vie en Provence où reposent mes parents. Aznavour me dit à 94 ans: "Michel, vous avez vingt ans de moins!" J'ai encore de la marge!
