Les Archives de la Ville de Charleroi : une mine d'or longue de 20 km
Le service centralise la mémoire de la ville et du CPAS. Une mine d'or accessible à la demande et sur rendez-vous.
- Publié le 06-02-2025 à 10h48
- Mis à jour le 06-02-2025 à 10h55

C'est le siège de la mémoire politique, administrative et sociale de Charleroi. Considéré comme l'un des mieux dotés de Wallonie, le service des archives de la Ville et du CPAS est établi dans un ancien bâtiment du Technopôle Villette qui a été complètement rénové pendant la période du covid. Le service abrite près de 20 kilomètres de linéaires d'archives, dont les plus éloignées remontent au XVIe siècle. "Ce sont des procès en sorcellerie de Monceau datés de 1571", explique la directrice Carine Gouvienne.

Registres de population provenant des quinze anciennes communes depuis la création de la Belgique, documents d'état civil (naissances, mariages, décès), délibérations de collèges et conseils communaux, permis d'urbanisme et d'environnement, collections privées notamment de quotidiens de Charleroi, fonds du CPAS: "Le service concentre des millions de noms d'habitants et d'entreprises, qui ont participé à l'écriture de l'histoire locale", résume Christian Joosten, archiviste.
Au total, ce sont presque 200 000 boîtes et cartons, minutieusement répertoriés ou en attente de tri, qui garnissent les allées de ce centre de référence, où travaillent 15 agents (bientôt 17). Chaque mois, de nouveaux éléments y arrivent, certains avec une obligation de garde de 75 ans, d'autres parce qu'ils enrichissent la connaissance de la ville. Un véritable musée de Charleroi qui ne se nomme pas, 5 000 mètres carrés au total d'espaces de rangement, classement, valorisation et lecture maintenus à une température presque constante et à un taux d'hygrométrie adapté.
Jusqu'en février 2022, les fonds étaient répartis sur divers sites: bloc C de la caserne Tresignies, marché vespéral à Marcinelle où restent conservées les archives mortes comme d'anciens registres de taxes ou les pièces justificatives de comptes public, stand de tir désaffecté de la police à Gilly en dessous de la place Destrée et archives de Gosselies. On est passé en quelque sorte en une fois du 19e au XXIe siècle. La centralisation des archives est appelée à connaître une nouvelle étape d'importance dans un an et demi avec l'ouverture de la future cité administrative. "Nous allons en effet récupérer des pièces émanant des divers lieux de travail actuels", indique Carine Gouvienne. Le service a encore de quoi voir venir: "Nous avons sept kilomètres de linéaires devant nous."
Le public doit savoir que ce bijou est à sa disposition: il peut y être accueilli tous les jours en semaine (sauf vendredi) sur rendez-vous pour consulter des documents. S'il s'agit de recherches précises, elles doivent faire l'objet de demandes préalables par mail ou par écrit.
Bienvenue dans la réserve précieuse
Les archives de la Ville de Charleroi recèlent quelques trésors qui sont protégés des attaques du temps.
Carine Gouvienne nous ouvre la porte de la réserve précieuse qui est un peu le coffre-fort du service : les pièces les plus rares y sont conservées, comme les chartes qui ont jalonné la petite enfance de Charleroi. "Une ville qui a changé 14 fois de nationalité, espagnole, française, hollandaise, autrichienne, avant de devenir belge", sourit la directrice. C'est là notamment que se trouve l'édit le plus ancien : signé de Louis XIV lui-même en 1668 et scellé de la cire du sceau royal, il exempte les habitants de taxes pour l'entrée et la sortie de produits. "Nous n'avons pas, en revanche, la charte fondatrice de la cité, de 1666. Elle figure dans un registre paroissial parti aux archives de l'État belge. Acte dont nous avons l'image", indique la directrice. Toutes les périodes d'occupation du territoire sont mentionnées dans des documents d'époque. Qui inspirent les chercheurs. C'est ainsi que le Pr Rousseau qui enseigne l'Histoire de la Justice a consulté et exploité des minutes de procès en sorcellerie du XVIe siècle. La réserve précieuse contient aussi le coffre dans lequel les Carolos avaient été invités à formuler leurs vœux lors du 350eanniversaire de la ville en 2016. Il est prévu de l'ouvrir dans 41 ans, pour les 400 ans de Charleroi.
Le bâtiment des archives renferme de nombreux trésors : on y puise régulièrement matière à publications grand public ou scientifique, sur des personnalités connues ou méconnues comme Marguerite Jacobs Pauwels qui organise le secours des orphelins durant la première guerre mondiale et dont les fonds d'archives sont dans les réserves de l'université de Stanford aux États-Unis ou de l'abbé Marlière, un redoutable résistant actif durant les deux guerres.
Un métier de passionnés

Les archives, un sacerdoce? Une mission de chaque instant, qui demande rigueur et passion, en tout cas…
Aider la postérité de Charleroi à comprendre son Histoire, permettre à chacune et chacun de retrouver des morceaux ou des traces de ses racines, préserver la mémoire de tout ce qui a forgé la ville et son CPAS : c'est le sens du travail des archivistes considérés désormais comme des managers de l'information. "Dans ce cadre, nous recevons chaque année des centaines de nouveaux cartons qu'il faut examiner, inventorier, classer et parfois numériser", observe Christian Joosten, qui dévoile : "Nous recourons parfois à l'outil de l'anecdote, comme ce récit de la victoire des jeux sans frontières en 1980, une émission retransmise dans plusieurs pays d'Europe et animée en Belgique par Paule Herreman. Nous lui avons consacré deux petites publications"
Jumelages, portraits de dessinateurs, folklore, sports, dégâts de la guerre : ces ressources ont donné lieu à l'édition d'ouvrages, la réalisation de documentaires ou de films, voire des expositions. Garder durablement imposerait de tout numériser. Mais on se heurte aux limites du budgétairement possible, surtout en ces temps de retour de l'austérité. L'archiviste avait estimé le coût de la numérisation de toutes les pages de décisions des collèges et conseils communaux de Charleroi. "Le devis s'élevait à près de 365000 euros. Il demandait 18 mois de travail pour un prestataire extérieur." Manutentionnaire, historien, informaticien, documentaliste : "Ce sont autant de fonctions concentrées dans ce métier passionné que nous exerçons toutes et tous avec cœur", selon la directrice du service, Carine Gouvienne. D.A.
Bon à savoir
Titres de presse
Les collections complètes de plusieurs titres de la presse quotidienne régionale sont accessibles au service des archives de la ville de Charleroi. Le journal le plus ancien est l'Union de Charleroi de janvier 1859, soit l'ancêtre du Rappel, apparu en 1900 et racheté près d'un siècle plus tard par Vers l'Avenir.
Véritables enquêtes
Le travail mené par le personnel des archives est inestimable et inchiffrable. "Nous menons parfois de véritables enquêtes policières pour authentifier des faits ou contribuer au récit historique de la ville", observe l'archiviste Christian Joosten.
Recherches généalogiques
Des recherches généalogiques sont fréquemment opérées au sein des archives carolorégiennes. Lionel est en charge de la gestion des registres de population et d'état civil. Tous les ans, le service reçoit des dizaines de demandes de consultations. Le plus ancien registre date de 1797
