Le décret buissonnier
A voté. Ce jeudi, au terme d'une journée chaotique de plus, entre manifestations et gesticulations politiques parfois grotesques, la majorité MR-Engagés est enfin parvenue à ses fins: son décret-programme 2, celui-là même qui doit concrétiser, non pas dans cinq ans, non pas dans deux ans, mais bien dès la rentrée prochaine, d'importantes coupes budgétaires dans le monde de l'école. Celui-là même qui va, parce qu'il "faut bien faire des économies", fragiliser un métier d'autant plus précieux qu'il tend à devenir rare.

- Publié le 05-06-2026 à 10h36
- Mis à jour le 05-06-2026 à 10h58

Parce qu'il s'y est pris mal, ou trop tard, ou les deux, le gouvernement a dû, pour aboutir avant l'été, user de moyens peu glorieux. Disons-le clairement: la séance plénière qui a entériné ce vote n'aurait jamais dû se dérouler cette semaine puisqu'elle est intervenue moins de 84 heures après l'adoption du texte en commission. Certes, à coup d'amendements ou d'avis au conseil d'État, l'opposition a tout mis en œuvre pour lui faire barrage, et c'est probablement discutable. Mais si jouer avec le règlement est une chose, l'enfreindre sciemment en est une autre, nettement plus condamnable sur le plan démocratique.
"Comment expliquer que ces gens écrivent les lois et ne respectent pas leur propre règlement ?", s'est encore interrogée hier Amandine Pavet, pour le PTB. Et c'est bien tout le problème devant lequel va se trouver, désormais, l'actuelle majorité: alors que le vent de la contestation ne va pas cesser de souffler du jour au lendemain, mais finira bien par retomber, il va lui falloir renouer confiance et dialogue avec un secteur qui n'est pas le ciment de notre société pour rien. Et qui n'a pas apprécié la façon, buissonnière, dont elle a usé de son pouvoir politique. Un bras de fer ne prend pas fin en raison d'un vote. Celui-ci dure depuis longtemps, sans doute trop, et risque de laisser des traces. Pour les effacer, il faudra bien plus que de vaines promesses, des ajustements budgétaires à la marge ou d'indigestes exercices rhétoriques. Il faudra, au contraire, écouter autant qu'on parle, concerter sans simuler. Et, surtout, ne pas oublier que les premiers concernés – les élèves – sont aussi ceux qui écriront les lois de demain.
