Prolongation de Doel 4 et Tihange 3 - Le risque d'un cadeau empoisonné pour les générations futures
Le gouvernement belge est tombé d'accord avec Engie pour prolonger deux réacteurs. Une prolongation qu'il faudra assumer sur le long terme.

- Publié le 29-06-2023 à 21h00
- Mis à jour le 29-06-2023 à 22h07

Nucléaire, réforme fiscale, pensions… Le gouvernement De Croo est souvent confronté à des délais difficiles, voire impossibles à respecter. Cependant, en ce qui concerne la prolongation des deux réacteurs les plus récents du parc nucléaire belge, un accord a enfin été conclu entre le gouvernement et Engie, l'énergéticien français exploitant et propriétaire des centrales de Doel et Tihange. Cette prolongation des deux réacteurs les plus récents permettra à la Belgique de garder une capacité de production nucléaire jusqu'en 2036.
Il est toutefois important de rappeler que notre parc nucléaire n'est plus d'une première jeunesse. Doel 4 et Tihange 3, après 40 ans de service, devaient d'ailleurs être déconnectés du réseau à l'horizon 2025. Et qu'il faudra sans doute se poser la question d'une prolongation supplémentaire dans les années à venir.
Mais si Tchernobyl et Fukushima avaient contribué à l'émergence d'un scepticisme face aux avantages du nucléaire, la guerre en Ukraine et le besoin de décarbonation de l'économie ont radicalement changé la donne. Pas étonnant dès lors qu'une partie de la classe politique et de l'opinion publique est passée d'un alarmisme antinucléaire à un pragmatisme énergétique.
Cette prolongation de Doel 4 et Tihange 3 sera-t-elle pour autant avantageuse pour le consommateur et, de facto, pour le contribuable belge ? Même avec des panneaux photovoltaïques, Madame Soleil serait bien incapable de répondre à cette question.
Par contre, il semble certain que la fixation définitive du coût demandé à Engie pour la gestion et le stockage des déchets nucléaires place désormais l'État, et donc le gouvernement, dans une obligation de changer son fusil d'épaule. En matière de gestion des déchets irradiés, les gouvernements qui se sont succédé ont toujours préféré opter pour une gestion à la petite semaine. Si l'on veut éviter que les coûts inhérents à ceux-ci ne deviennent l'un des plus grands scandales des prochaines décennies, il va donc falloir se mettre à travailler et à réfléchir sur le long terme. La condition sine qua non pour que cet accord visant à prolonger deux réacteurs ne se transforme pas en cadeau empoisonné pour les générations futures.
