BRUXELLES — PHOTOGRAPHIE

VIDÉO | Dix ans après, Inside Out, le projet de JR, s’invite aux abattoirs d’Anderlecht: «Rendre visible les invisibles»

L’ASBL Cultureghem et les abattoirs d’Anderlecht se sont réapproprié le projet «Inside Out», dix ans après son lancement par le photographe français JR.

En mars dernier, «Inside Out», le projet du photographe JR, fêtait déjà ses dix ans. Spécialisé du collage de très grand format, le Français, qui vient d’ailleurs de réaliser une nouvelle œuvre géante aux pieds de la Tour Eiffel à Paris, voulait à l’époque donner l’opportunité à chacun de faire passer un message qui lui est cher. «Il voulait placer des portraits, en grand format et en noir et blanc, dans l’espace publique pour rendre visible quelque chose, raconte Anne Wathee, responsable culturel de l’ASBL Cultureghem. Que ce soit une histoire, des gens derrière un lieu, etc. Il y a quelques années, JR a vraiment appelé à ce que les gens s’approprient son projet aux quatre coins du globe. »

 

Que ce soit une histoire, des gens derrière un lieu, etc. Il y a quelques années, JR a vraiment appelé à ce que les gens s’approprient son projet aux quatre coins du globe.

 

Et il est peu dire que l’appel a été entendu. En dix, le projet du Parisien a généré de nombreux petits. Au total, ce sont actuellement plus 415 938 portraits qui ont été affichés dans l’espace publique, dans plus de 138 pays différents. En Belgique, une quinzaine d’associations s’est approprié le concept pour le livrer à la sauce belge.

En début de semaine, l’ASBL Cultureghem a rejoint l’impressionnante collection en collant près de 200 visages sur les murs des abattoirs d’Anderlecht, à Bruxelles. «Nous avons voulu mettre en lumière des personnes qui viennent tous les jours ici et qui contribuent à l’abattoir, reprend la coordinatrice. Certains sont employés, d’autres sont bénévoles, d’autres encore sont de simples passants ou des usagers.»

Rendre visible les invisibles

Dans sa démarche, l’ASBL anderlechtoise s’est rendu compte que beaucoup de gens avec qui elle travaille au cœur de ce lieu ne sont pas forcément visibles. «Nous voulons rendre visible les invisibles, confirme Anne Wathee. Sur les murs, nous avons affiché des visages de membres de notre ASBL, mais aussi de personnes qui travaillent à l’abattage, c’est-à-dire très tôt le matin. Eux terminent leur journée de travail, quand moi je commence la mienne. Il y a aussi les gens des champignons de Bruxelles qui travaillent, eux, sous-terre. »

L’objectif derrière le projet est, ici, de visibilité les uns pour les autres, mais aussi de créer un sentiment d’appartenance à ce lieu atypique.

 

D’autant plus en temps de Covid
, nous nous sommes tous retirés derrière des portes fermées, nous sommes devenus encore plus des invisibles dans cette société, mais aussi les uns pour les autres.

 

Si l’idée et l’initiative de JR ont fêté leurs dix ans en 2021, elles n’ont pas pour autant pris une seule ride. «D’autant plus en temps de Covid, confirme la coordinatrice. Nous nous sommes tous retirés derrière des portes fermées, nous sommes devenus encore plus des invisibles dans cette société, mais aussi les uns pour les autres. C’est d’autant plus important de partager nos visages. »

Au total, ce sont 184 portraits qui ont été accrochés sur les murs de l’un des bâtiments du site de l’abattoir bruxellois. Derrière l’objectif, on ne retrouve donc pas l’œil de JR, mais bien celui de différents photographes qui ont bien voulu mettre leur talent au service de l’ASBL bruxelloise. «Toutes des personnes qui ont bien voulu jouer le jeu d’Inside Out», se réjouit Anne Wathee et le résultat n’en est d’ailleurs pas moins intéressant.

S’il a lancé le projet, le photographe JR le laisse désormais voler de ses propres ailes. Alors que chaque projet est documenté, archivé et publié sur le site internet et que le collectif propose d’imprimer les portraits géants, le Français n’est évidemment pas attendu du côté d’Anderlecht. «Inside Out est devenu tellement grand et des actions de ce genre sont menées partout dans le monde donc on imagine qu’il ne peut pas suivre chaque projet de manière individuelle, mais on a évidemment promis de leur envoyer les photos », termine la Bruxelloise.

 

L’équivalent d’un festival Rock Werchter chaque week-end

L’abattoir d’Anderlecht est une petite ville dans la ville. Chaque jour, ils sont plusieurs milliers à franchir les grilles pour y travailler. «Et il y cohabite de nombreuses vies différentes », confirme Anne Wathee. C’est le week-end que l’animation y est la plus intense avec son marché notamment. «Chaque semaine, du vendredi au dimanche, il attire plus de 100 000 personnes de 170 nationalités différentes, ajoute la coordinatrice. C’est en quelque sorte un petit festival Rock Werchter chaque week-end. Il y a aussi la production de viande, la ferme urbaine, les champignons de Bruxelles. » Depuis quelques années, l’ASBL Cultureghem y a pris ses quartiers. Celle-ci propose notamment d’animer le lieu du lundi au jeudi, quand l’activité est réduite, en travaillant avec les invendus du marché, en créant du lien avec le quartier, etc.

 

Chaque semaine, du vendredi au dimanche, il attire plus de 100 000 personnes de 170 nationalités différentes.

 


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