"Peut-être se sont-ils trop regardés"
Mads Pedersen a profité de la rivalité entre Wout van Aert et Mathieu van der Poel pour s'adjuger Gand-Wevelgem.
- Publié le 12-10-2020 à 07h43

Les frimas de l'automne avaient plongé la première des classiques flandriennes dans une atmosphère inédite. La pluie, qui n'avait cessé de tomber avec assiduité durant la matinée, avait rendu les routes très glissantes, certains passages s'étant transformés en véritables mares d'eau que le peloton dut négocier avec prudence. Le vent, qui soufflait très fort par endroits, avait, lui, provoqué des chutes à la pelle.
Il n'y a pas à dire: ce Gand-Wevelgem 2020 a été très spectaculaire. Et, après le troisième et dernier passage d'un Kemmelberg où Wout van Aert fit forte impression, on savait que la bagarre se jouerait entre hommes très forts. Il ne restait que quatorze kilomètres et ils étaient encore neuf, le néo-pro de Lotto-Soudal, Florian Vermeersch, ayant été décramponné après une course pleine de promesses, comme Dylan Teuns, Sep Vanmarcke et le Néerlandais Teunissen.
Degenkolb, Bettiol, Trentin, Sénéchal, Pedersen, Küng, Lampaert et les deux ogres, van der Poel et van Aert, tels étaient les neuf rescapés du jour. Autant de candidats que l'on pourrait retrouver dimanche prochain dans le final du Tour des Flandres. Autant de prestigieux noms. À commencer par les deux grands rivaux de toujours, van Aert et van der Poel. Ils savaient que leurs faits et gestes seraient épiés par leurs compagnons d'échappée, trop contents de pouvoir profiter de leur rivalité s'ils parvenaient à rester dans leurs roues.
À la fin, c'est exactement le scénario auquel on a assisté. Ils furent quatre à profiter de ce mano a mano: Pedersen, Sénéchal, Trentin et Bettiol. Ils passèrent la ligne d'arrivée dans cet ordre, le Danois s'adjugeant sa première grande classique depuis son titre mondial conquis il y a un an dans le Yorkshire et dans des conditions climatiques encore plus dantesques.
"J'ai osé faire l'effort pour répondre à l'attaque tranchante de Bettiol, dit-il. À dix kilomètres de la fin, je sentais les crampes venir, mais je ne voulais pas avoir de regrets à nourrir. Finalement, ça a payé et je suis enchanté."
Van Aert prêt pour le Tour des Flandres
Pour celui qui avait gagné la version espoirs voilà quatre ans, ce fut le scénario parfait. "Peut-être se sont-ils (NDLR: van Aert et van der Poel) trop regardés. J'ai eu l'impression qu'ils ne voulaient surtout pas laisser l'autre s'imposer." Tout bénéfice pour le Nordique de Trek-Segafredo à une semaine du Tour des Flandres, qu'il pourra aborder l'esprit léger et en pleine confiance. "Dans cette année si bizarre, je roule chaque course comme si c'était la dernière."
Van Aert et van der Poel auront, eux, joué. Et perdu. De quoi augmenter la déception de notre compatriote, qui était peut-être le plus fort. "J'ai essayé de gagner et j'ai répondu à toutes les attaques, sauf une, réagit-il. Mais je n'aurais plus pu y aller."
Reste qu'il a montré qu'il était fin prêt pour le Tour des Flandres. Où, depuis hier, il sait qu'il comptera un rival, danois, en plus.
