Henry Maes, co-président des étudiants UCL
Premier Cominois dansla fonction, Henry Maes veut démocratiser l'université et, en ces temps troublés, aider les étudiants à ne pas décrocher.
- Publié le 08-10-2020 à 06h00

En juillet, Mathilde Fraipont et Henry Maes ont été élus à la co-présidence de l'Assemblée Générale des étudiants de Louvain. À tout juste 21 ans, le Cominois Henry Maes est loin d'être un inconnu dans sa ville natale.
Alors qu'il était en sixième générale à l'Institut Saint-Henri, il remporte le tournoi d'éloquence 2017 de Wallonie picarde. On l'a vu à plusieurs reprises sur scène, dans les tournois d'impro, au théâtre à Bas-Warneton ou dans un récital de poésie.
Le 15 septembre, lors de l'ouverture de l'année académique, il a sérieusement égratigné la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Glatiny, dans un discours dénonçant le sous-financement des études; ce qui lui a valu d'être invité à Matin Première, sur la RTBF.
Bachelier en sciences politiques, il débute un master. Portrait d'un jeune homme prometteur.
Pourquoi avoir postulé à la co-présidence de l'AGL?
En arrivant à Louvain-la-Neuve, j'ai découvert un monde très différent de ce que je connaissais à Comines. On y rencontre beaucoup d'étudiants qui viennent du Brabant Wallon et qui sortent d'écoles considérées comme les meilleures de Belgique. L'université reste profondément un lieu d'inégalités.
J'avais envie de m'engager pour que les études supérieures soient plus accessibles. Je pense que les jeunes ont des choses à dire et qu'ils ont le droit de donner leur avis.
L'AGL milite pour un refinancement de l'enseignement, qui en a bien besoin. Où faut-il trouver cet argent?
On nous répète que les caisses de la Communauté française sont vides et nous ne voulons pas que l'on prenne dans d'autres budgets, comme la culture, pour trouver des financements. Nous préconisons un impôt progressif en fonction du revenu et une lutte contre l'évitement fiscal. Une forme d'investissement…
Toutefois, n'oublions pas qu'un des buts premiers de l'université, c'est la recherche. Elle ne doit pas seulement mettre sur le marché des jeunes adaptés au monde du travail, elle doit surtout former des citoyens émancipés et permettre, à son rythme, les découvertes qui vont faire avancer toute la société.
Quel rôle joue l'AGL dans le soutien des étudiants dans la crise du Covid-19?
L'année scolaire précédente, nous les avons soutenus au mieux, craignant que les inégalités sociales soient préjudiciables à ceux qui étaient livrés à eux-mêmes. Nous savons que le taux de réussite global dans l'enseignement supérieur est de 77%, mais il n'y a aucune nuance dans les résultats. Qui a réussi? Qui n'a pas réussi? Quid des crédits qui ont été validés? Nous essayons d'obtenir une analyse plus fine. Nous sommes aussi vigilants quant aux problèmes financiers; beaucoup d'étudiants ont perdu leur job!
L'année scolaire qui débute se présente sous les mêmes auspices, avec du "présentiel" et du "distanciel". En premier année, en psycho, il y a 800 inscrits! Aucun auditoire ne peut les accueillir avec les mesures sanitaires; le groupe est donc scindé.
L'AGL veut éviter les décrochages; nous militons pour que des fonds soient dégagés pour qu'il y ait davantage de personnel encadrant. Même combat pour les primo-arrivants.
Au plan plus personnel, pourquoi as-tu choisi d'étudier les sciences politiques?
J'ai toujours été intéressé par l'actualité, mais le déclic s'est produit en 2017, lors des élections présidentielles françaises. À Comines, on est très attentif à ce qui se passe de l'autre côté du pont! J'ai suivi les débats télévisés, les programmes, le processus électoral, la rhétorique, etc. Cela m'a passionné. J'ai également prêté attention à la politique belge. Comme j'aime comprendre comment fonctionne une démocratie, il était naturel que je me destine aux sciences politiques.
La suite logique, c'est que tu te présentes aux élections?
Que je m'investisse pour la société, certainement, mais cette perspective peut prendre diverses formes: un mandat politique, mais aussi associatif, syndical, etc. Pour l'heure, mon souhait est de m'orienter vers la recherche dans les politiques d'enseignement: la concrétisation du pacte d'excellence, la réduction des inégalités dans les écoles, etc. Mes parents sont tous deux instituteurs et mon père est aujourd'hui directeur de l'implantation fondamentale de Saint-Henri. Ceci explique peut-être cela…
Le fait d'être originaire d'une petite ville, est-ce un avantage ou un inconvénient?
À Louvain-la-Neuve, entre provinciaux, on se comprend bien! Bien sûr, notre capital culturel n'est pas aussi important que les citadins, qui ont davantage de possibilités à portée de main. Néanmoins, nous avons d'autres qualités!
En plus, Comines est une ville ouverte sur plusieurs cultures. Mon père est français et ma mère wallonne, avec des origines flamandes. Cette triple culture a peut-être un impact sur ma façon de penser.
