Quand les microbrasseries trinquent: "On a perdu 60% de notre chiffre d'affaires"
Période difficile pour le secteur des brasseries. L'activité reprend, mais en mode mineur. Il faut juste tenir, tenir…

- Publié le 01-08-2020 à 07h11

Si le cours en bourse d'AB InBev s'est légèrement redressé après avoir plongé du grand sautoir en mars, le géant mondial de la bière s'attend à une année 2020 particulièrement difficile. Que ce soit au Brésil, en Chine ou en Europe, l'impact de la crise du coronavirus a été dévastateur pour les ventes. Un comble pour le producteur d'une bière appelée… Corona. L'horeca a, certes, repris son activité, mais en mode "distanciation sociale". Et tous les grands événements festifs de l'été, où l'on aime faire mousser, sont annulés. Dur, dur.
Un manque à gagner qui ne touche pas que les industriels du secteur brassicole. Les nombreuses microbrasseries du pays ont dégusté pendant les deux mois de confinement, et certaines tirent encore la langue. "Nous sommes encore inquiets pour la bonne saison, où il ne va de nouveau rien se passer, surtout dans l'événementiel et l'horeca", résume Bruno Bonacchelli, de la brasserie Brasse&Vous. Depuis six ans, celle-ci préparait un gros projet pour décupler ses volumes dans le magnifique bâtiment de la Grand Poste, à Liège. "Le Covid est arrivé quand on était en phase finale et il nous a retardés. Je pensais y brasser fin 2019. Si tout va bien, je brasserai fin 2020."
"On a tout mis en stand by pendant deux mois parce que les stocks étaient remplis. Dès qu'on a pu recommencer, chacun a repris sa production mais cela reste délicat", explique aussi Hugo Robert, une des deux brasseurs de la Manufacture urbaine, à Charleroi, qui réalise une trentaine de recettes pour quatre brasseries de la région, avec en plus des brassins à façon. "Ce qui nous pose le plus de problème, c'est l'événementiel qui est à l'arrêt et qui représente, notamment pour la Brasserie de Gembloux, les plus gros volumes. On est jeunes, ça nous a un peu coupé l'herbe sous le pied. Heureusement, ici le matériel est partagé."
"Heureusement que nous sommes une brasserie familiale, et que nous sommes propriétaires de nos bâtiments", souligne de son côté Marie-Noëlle Pourtois, de la Brasserie de Blaugies, à Dour, dont un fils, Kévin, s'occupe des brassins tandis qu'un autre, Cédric, tient un restaurant en face de la brasserie. Les deux ont bu la tasse. "On va s'en sortir mais on a perdu 60% de notre chiffre d'affaires, c'est énorme. J'ai la moitié de la production qui part à l'export, et tout était bloqué. Les événements aussi, comme le Dour Festival ou la Ducasse de Mons."
Il y a deux ans, la famille avait lourdement investi pour construire une brasserie flambant neuve. "On devait passer à 2 400 hectolitres cette année, mais on stagne autour de 1 000. On reprend doucement parce que les commandes reprennent, mais on vit sur les stocks. On ne récupérera jamais ce qui est perdu, et les autorités ne nous ont pas suffisamment aidés."
Autre son de cloche à la Brasserie Atrium à Marche-en-Famenne. Une année d'existence à peine, la crise pouvait être périlleuse. "Ça redémarre. Juin a été bon, juillet un peu moins. On ne sait pas trop bien ce que cela va donner sur le long terme", explique Valéry De Breucker.
"Pendant le confinement, le web-shop marchait bien mais là, les clients ont stoppé radicalement quand on a déconfiné. On a aussi un bar, une salle de dégustation, on organisait des concerts. C'est difficile de tenir avec les règles en vigueur mais la remise des prêts bancaires en octobre, le droit passerelle ou le chômage économique, ça nous a quand même bien aidés."
"On ne se plaint pas"
Optimisme aussi du côté de la Brasserie namuroise qui produit la Houppe. "Juillet a été très bon, juin aussi. On ne se plaint pas. C'est bien sûr moins bon que l'an passé, j'imagine qu'il y aura encore un petit ralentissement, mais on rattrape le retard pris en mars/avril.", affirme François Collard.
Le secteur est très concurrentiel, avec beaucoup – trop? – de microbrasseries en Belgique. C'est l'avis général. Mais comme dit Valéry De Breucker chez Atrium: "Si chacun cultive son style et ne marche pas sur les plates-bandes du voisin, il y a de la place pour tout le monde. Les gens veulent des bières différentes, découvrir autre chose. Et nous on s'amuse beaucoup à en créer."
