"Tondre la pelouse, ça fait chier tout le monde!" Et si vous vous lanciez dans le "Jardin Punk Challenge"?
Et si vous abandonniez votre tondeuse? C'est le défi que lance l'UMons à l'occasion d'une campagne pour la biodiversité, le "Jardin Punk Challenge". Explications avec un adepte de ce mouvement de jardinage subversif.
- Publié le 24-06-2020 à 19h36

Chaque week-end, c'est le même rituel. Les propriétaires lambda de jardin sortent la tondeuse et c'est parti pour des longueurs derrière une lame acérée. Sans beaucoup de plaisir, comme en témoigne le succès des robots-tondeuses, illustration parfaite que "tondre la pelouse, ça fait chier tout le monde."
Ce constat clair et abrupt est posé par Baptise Leroy, professeur de biologie et membre du Conseil du Développement Durable (CDD) de l'Université de Mons. Et cet été, plutôt que d'acheter un robot tondeuse pour s'épargner une tâche rasoir, il voudrait inciter les gens à se poser une question: pourquoi tondre son jardin plus ras que les pâquerettes, alors que pour se libérer de cette corvée, il suffit de laisser pousser?
Pour lancer le débat, l'UMons lance un "Jardin Punk Challenge", d'après une appellation inventée par Éric Lenoir, paysagiste bien connu des adeptes de pelouses contestataires et qui sera l'invité d'un direct organisé ce jeudi 25 juin sur la chaîne YouTube du MUMons, le musée de l'université.
Lancer un cercle vertueux
"C'est un paysagiste qui, plutôt que de forcer la nature, a décidé de l'observer et de lui laisser un maximum de liberté en se ménageant de trop l'entretenir. L'idée est de regarder les potentialités d'un terrain plutôt que d'y imposer une vue arbitraire, de partir de ce qui pousse sur le terrain pour développer un jardin agréable pour les humains et les non-humains."

Car si un jardin punk nous évite de nous épuiser à une tâche lobotomisante, il est surtout bénéfique pour la biodiversité.
"Quand vous tondez, vous sélectionnez les plantes qui survivent le mieux à la tonte, comme les graminées et l'herbe. Et c'est comme un terrain de golf, avec une biodiversité quasiment nulle."
Tandis que si on laisse une chance à des plantes de croissance différente de s'implanter, on crée un cercle vertueux. "En deux ou trois semaines sans tonte, des plantes comme du trèfle et des pâquerettes vont fleurir dans votre pelouse et vont attirer des insectes. Au plus longtemps vous laisserez une zone de votre jardin sans tonte, au plus elle se diversifiera. Vous allez accueillir tout un cortège de plantes avec une structure écologique de plus en plus complexe et vous allez permettre à de plus en plus d'insectes et d'oiseaux de profiter de votre jardin pour y trouver le gîte et le couvert."
Outre la biodiversité, un jardin punk, c'est aussi très esthétique, "même s'il faut prendre le temps de réfléchir à ce qu'est l'esthétique de votre pelouse. Des fleurs dans une pelouse, c'est très joli et ce n'est pas du tout négligé."

Cela fait plusieurs années que l'UMons a adopté la philosophie du "jardin punk" sur ses campus, en arrêtant de tondre en permanence chaque espace de verdure. "Nous avons semé 5 000 m2 de prés fleuris sur les campus et on avait gardé des pelouses tondues pour les étudiants souhaitant pique-niquer, s'asseoir dans l'herbe…"
L'université, via son Conseil de Développement Durable, s'est posé la question de l'espace qu'il lui était nécessaire de tondre et a décidé de laisser le reste pousser. Mais cette année, "grâce au confinement, on s'est dit qu'on allait plus tondre puisqu'il n'y a plus personne dans les campus depuis mars. Cela n'avait pas de sens. De là a germé l'idée de proposer aux gens de faire pareil chez eux."
Cadrer le naturel pour éviter l'effet négligé
Justement, n'y a-t-il pas un moment où le jardin punk passe de naturel à négligé?
"Effectivement, y compris sur les campus de l'UMons, des gens trouvent que ça fait négligé. Mais c'est une vision très personnelle, chacun a ses limites." Mais il y a plusieurs stratégies pour "cadrer le négligé".

"Par exemple à l'UMons, on tond les bordures, ça permet de montrer que le lieu n'est pas à l'abandon, que l'herbe est volontairement haute. Chez moi, ma pelouse est hirsute, mais il y a des sentiers entretenus pour rejoindre certains endroits."
Rien n'oblige non plus à tout arrêter de tondre du jour au lendemain. "Dans mon couple par exemple, on doit atteindre un équilibre entre ma volonté de ne rien tondre et celle de mon épouse de ne pas avoir un jardin entièrement sauvage. On peut délimiter des zones réservées à la biodiversité, à la microfaune et une autre tondue régulièrement parce que les gamins ont besoin de jouer au foot ou autre. Ce n'est pas incompatible. On peut répartir et c'est toujours mieux qu'une pelouse 100% tondue."
Ce qui importe, c'est de se poser une question essentielle: a-t-on vraiment besoin d'une gigantesque pelouse tondue toutes les semaines? "La plupart des pelouses tondues ne servent jamais à rien", estime Baptiste Leroy.
Posez-vous la question de l'utilité de tondre votre pelouse
"Tout l'enjeu est là: de questionner un modèle implémenté depuis longtemps, qui n'a pas été remis en cause. Et nous proposons aux gens de le faire, de prendre conscience qu'un autre chemin est possible." Celui du jardin punk.
"C'est plutôt joli, c'est bon pour la nature, vous allez gagner du temps et votre jardin sera plus intéressant à regarder et à vivre. Posez-vous donc la question de la taille de pelouse que vous utilisez. C'est celle que nous nous sommes posée à l'université et toutes les pelouses qui ne servaient à rien sont désormais des prés fleuris."