Psychologie: la voix de nos ancêtres
La transmission transgénérationnelle peut avoir des répercussions sur notre état psychologique.
- Publié le 20-06-2020 à 09h00

Depuis la nuit des temps, l'être humain s'intéresse à la transmission. Très tôt, on a établi des arbres généalogiques pour retracer nos origines, connaître nos ancêtres. En famille, on s'amuse à comparer les traits physiques d'un vieil arrière-grand-père avec ceux de notre frère ou on s'exaspère en constatant que la cousine a vraiment le caractère de cochon de son père.
Dans le domaine de la médecine, on anticipe certaines maladies grâce à l'hérédité. Mais on ignore parfois qu'il en va de même du côté de la psychologie où la place de l'héritage familial est étudiée depuis longtemps, en témoigne Le Roman familial de Freud.
Une transmission transgénérationnelle
De la simple observation, ces récurrences ont commencé, vers 1975-80, à être étudiées de façon plus précise par les psychologues. Grâce à eux, on a constaté que des liens existaient entre des problèmes psychologiques et certains événements familiaux parfois bien enfouis. "On cherche de l'information dans la famille pour comprendre l'élément qui pose problème, explique Chantal Hanquet, psychologue spécialisée en transmission transgénérationnelle. On voit comment un traumatisme, comme le décès d'un enfant, par exemple, a été vécu et comment il pourrait avoir un lien avec des troubles actuels."
La psychologue utilise le conditionnel car il ne s'agit pas de science exacte. La psychogénéalogie est une pratique complexe et difficile car il faut creuser et ne pas se contenter du premier lien venu. Il n'y a d'ailleurs pas toujours de rapport direct évident entre les éléments. C'est la raison pour laquelle ces thérapies doivent être encadrées.
Un phénomène inconscient
Lors de celles-ci, les psychologues s'intéressent aux répétitions familiales, aux règles implicites et au phénomène de loyauté. Des éléments qui peuvent influencer les comportements d'une personne sans qu'elle en ait conscience. "Un non-dit ou un secret familial, une maladie "honteuse", ces problèmes non résolus peuvent avoir des répercussions sur plusieurs générations", poursuit la psychologue.
Cela étant, Chantal Hanquet insiste bien sur le fait que les traces du passé ne sont pas forcément douloureuses. "Quelqu'un qui a été affecté par la perte d'un frère ou d'une sœur va peut-être mieux accompagner les personnes qui souffrent de la même chose. Les traumatismes peuvent donc donner lieu à des compétences. " Tout dépendrait, avancent certains chercheurs, de la façon dont le problème a été géré. Seuls les drames non résolus se transmettraient, avec des impacts positifs ou négatifs sur les générations futures.

Nos gènes peuvent s'exprimer différemment en fonction de nos expériences de vie et expliquer certains troubles psychologiques.
En remontant les générations pour résoudre des problèmes psychologiques, la psychogénéalogie se rapproche de l'épigénétique, une discipline qui étudie les mécanismes modifiant l'expression des gènes. " L'épigénétique c'est un ensemble d'ingrédients autour des gènes ", indique la psychologue Chantal Hanquet. Alors que l'ADN ne change pas, ces éléments seraient influencés par notre environnement. Comme les caractéristiques génétiques, ils pourraient ensuite être transmis par les parents à leurs enfants. Ceci n'est pas de la science-fiction, l'université de Leuven travaille activement sur le sujet. Les chercheurs étudient notamment la dépression ou les suicides qui se répètent dans certaines familles et pourraient être le résultat d'une transmission génétique.

Le génogramme paysager permet de visualiser les liens générationnels et de mettre au jour des éléments comme la loyauté familiale.
La thérapie psycho-générationnelle peut s'adresser à n'importe quel patient car son champ est très large. Tout le monde peut avoir été influencé par son passé familial, même en l'absence de grand drame.
"En général, je commence par demander à la personne ce qu'elle sait de l'histoire de son père ou de sa mère", raconte Chantal Hanquet. Ses travaux sur la psychogénéalogie ont amené la psychologue à développer un outil thérapeutique basé sur la généalogie: le génogramme paysager. "On invite la personne à établir les liens entre les membres de la famille, mais en y ajoutant des éléments de l'histoire familiale, explique la thérapeute. Le génogramme paysager permet à la personne de se représenter elle-même, ainsi que son histoire familiale en ajoutant une dimension créative. "
Cette représentation graphique permet à la personne de prendre conscience des liens et des racines de son mal-être. Mais cette étape, seule, ne suffit pas. "Pour moi, c'est beaucoup plus compliqué qu'une simple prise de conscience, il faut passer par l'émotion, le travail du corps et l'interaction."
Pour y arriver, Chantal Hanquet utilise notamment la méthode du psychodrame, une mise en scène de l'histoire familiale. "Cela se pratique souvent en thérapie de groupe, mais je l'utilise aussi de façon individuelle. Les personnes rejouent alors les conflits et peuvent s'aider les unes les autres à débloquer des situations problématiques."