VIDEO | L'ancien dépotoir devenu lieu enchanteur à Péruwelz
Le terril de la Hurtrie était un vilain dépotoir. Après une dépollution et divers aménagements, l'endroit est devenu enchanteur.

- Publié le 29-05-2020 à 06h00

Au moment où une poule d'eau occupée à couver ses œufs quitte quelques instants son nid construit en plein milieu de la grande mare, une fauvette grise à tête noire nous accueille avec son chant caractéristique. En cette belle journée printanière, bienvenue sur le terril de la Hurtrie, au beau milieu de fleurs et plantes multicolores. "Ces ronces qui se sont développées en bordure du site sont appréciées par les fauvettes des jardins qui se nourrissent d'insectes", nous dit Eddy Calonne. Notre guide nature du jour nous fait découvrir un endroit qui, voici une dizaine d'années, n'était absolument pas réputé pour son charme.

Que du contraire. Le long de la vallée de la Verne, au bord du rond-point du "Point du Jour" menant à la route d'accès au zoning, le terril de terres de 70 à 80 mètres de diamètre et de six à sept mètres de haut s'est formé en quelques années en raison du dépôt illégal de dizaines de milliers de tonnes de terres et de déchets divers, certains très pollués, avec la bénédiction du SPW.
Si l'on fait abstraction du bruit des voitures et des camions qui passent en contrebas, l'ancien dépotoir est devenu un havre de paix où la nature a repris ses droits. "Le contraste est saisissant avec le charroi du zoning tout proche", témoignent Eddy Calonne et Yves Wuilpart. Avec la locale Écolo, il y a une petite dizaine d'années, ils avaient alerté plusieurs fois le conseil communal de Péruwelz: cette situation ne pouvait pas durer. Dix ans plus tard, le site assaini et réaménagé présente une faune et une flore très intéressantes et est devenu très favorable à la biodiversité.

Un coup de pouce pour la biodiversité
Si l'aménagement a été réalisé de manière si intéressante, c'est parce que beaucoup d'intervenants ont été associés autour du parc naturel des Plaines de l'Escaut qui a hérité de la gestion du site: le SPW bien sûr, qui a financé les aménagements, un bureau d'études indépendant, l'éco-conseiller de la ville, le service des travaux, etc. "La mare a été creusée plein sud, là où il existe une source naturelle, parce que la lumière est source de vie", indique Eddy Calonne. En témoignent des gardons qui se sont reproduits dans l'eau, et de nombreuses variétés de libellules qui ont colonisé les lieux.

Pour que la nature reprenne ses droits, il faut parfois lui donner un petit coup de pouce. C'est ce qui a été fait lors de la stabilisation de la couche supérieure de la colline. "Une couche de sable calcaire permet à des plantes différentes de celles qu'on peut voir ailleurs de se développer". Fin 2019, des plantes et fleurs ont été semées et le résultat est à la hauteur des espérances malgré la sécheresse. Le Chardon-Marie côtoie la Bourrache avec ses fleurs en étoiles bleues. Ces plantes mellifères attirent d'innombrables insectes. "Le sol plus argileux à cet endroit permet l'implantation d'abeilles solitaires".
Eddy Calonne est intarissable sur le sujet. "Là, c'est une fleur assez rare, la Renoncule scélérate. Et là, c'est une Cardère sauvage, aussi appelée le cabaret des oiseaux parce que l'eau de pluie stagne pendant assez longtemps à la base des feuilles".

La ténacité des Écolos a finalement été récompensée: les choses ont bougé quand la police judiciaire fédérale a décidé d'ouvrir une enquête.
Un bureau d'études avait dégagé deux solutions pour dépolluer le site. Celle consistant à enlever une "petite" zone où la pollution était la plus concentrée (242 tonnes sur quelque 167 m3), et la remplacer par des terres saines, a été choisie. Cette opération a été effectuée en 2018-2019. "Évacuer et dépolluer la totalité du site était inimaginable", se souvient Yves Wuilpart, aujourd'hui échevin au sein de la majorité. "Outre des centaines, voire des milliers de voyages aller-retour de camions, ce qui n'est pas du tout écologique, le coût total aurait avoisiné les 3,8 millions d'euros à charge de la collectivité".
Le résultat satisfait les deux hommes. "C'est du beau travail. Il a fallu du temps mais ça valait la peine de se battre pour ça".