Coronavirus | Les dix nouveaux commandements
Dans les églises, on se prépare à déconfiner. Entre joie, espoir et inquiétude. Exemple à Tongrinne et Boignée.
- Publié le 29-05-2020 à 07h30

À quelques jours de la fête de la Pentecôte, les évêques de Belgique ont appelé de leurs vœux le déconfinement des églises. Mais comment cette réalité se vit-elle sur le terrain? Nous avons poussé la porte de deux églises, à Tongrinne et Boignée. Deux églises qu'anime depuis plus d'un demi-siècle de prêtrise le vicaire Jean-Pierre Poncin.
À Tongrinne, nous le surprenons dans une conversation animée avec sœur Dominique, solide pilier de la paroisse.
L'abbé Poncin a bien reçu les recommandations qui servent de guide pour un déconfinement bien pensé. "Ce sont les dix nouveaux commandements, dit-il, sourire en coin. Je sais qu'en disant cela, je ne me fais pas bien voir."
Ce bon mot est révélateur: il nous fait comprendre à quel point Jean-Pierre Poncin accorde beaucoup d'importance à la convivialité dans l'exercice de son ministère. Et l'humour en est une des clés.
Les couples séparés
Et c'est là que, selon lui, le bât blesse. En découvrant la vingtaine de chaises mises à distance respectable les unes des autres, et le solde purement et simplement remisé le long des murs, il ne fait pas mystère de sa perplexité. "Je pense par exemple aux couples qui fréquentent les offices. On va les séparer à l'église alors qu'ils vivent ensemble le reste du temps."
Ce ne seront pas les seules impositions qui devront être respectées. Les fabriciens et responsables de paroisse ont du pain sur la planche pour se préparer à la reprise du culte.
Il faudra notamment mettre l'accent sur le nettoyage des chaises et du sol. L'eau bénite sera proscrite des bénitiers et les feuillets d'information ou de documentation évacués. À l'entrée, les fidèles trouveront du gel hydroalcoolique, ils seront invités à s'en enduire les mains.
Sur le sol, un fléchage orientera les paroissiens dans un sens bien déterminé, afin d'éviter les croisements. Et ces mêmes fidèles devraient théoriquement sortir par un autre chemin. Ce qui pose problème à Tongrinne dans la configuration actuelle des chaises, qui ne permet pas une sortie latérale.
Enfin, certaines pratiques cultuelles seront interdites, comme les gestes de paix. Quant à la communion, l'abbé Poncin se pose la question: faudra-t-il déposer l'hostie dans des coupelles individuelles ou la distribuer après avoir enfilé des gants? Pour l'heure, sa religion n'est pas faite.
Assurément, l'office risque de se teinter d'un surprenant climat sanitaire peu propice à l'expression naturelle de la foi chrétienne.
Faire preuve de créativité
C'est aussi l'avis de sœur Dominique. Elle proposait de laisser les chaises en place, pour estomper cette impression de vide.
"Je proposais de coller des photos de fleurs sur les chaises qui pouvaient être utilisées. Et sur les autres, au lieu de placer des croix, ce qui ne convient pas dans une église, on aurait pu y placer des intentions". Mais les considérations sanitaires ont primé et sœur Dominique a remballé ses intentions.
"Pourtant, regrette-t-elle, dans les recommandations, il est écrit qu'on peut faire preuve de créativité".
L'abbé Poncin se pliera aux contraintes imposées mais cela ne l'empêche pas de les trouver un peu exagérées: "Je prends comme référence les grands magasins, dit-il. Chacun a son chariot, mais les croisements sont nombreux. Je sais que ce sont beaucoup de personnes âgées qui assistent aux offices, elles sont plus à risque, mais les dispositions à adopter dans les églises sont visiblement beaucoup plus sévères qu'ailleurs."
Plus de 2000 ans après le fameux coup de gueule du Christ contre les marchands du Temple, la balance semble toujours pencher du même côté.
