Après avoir réunis 2 millions de confinés, "View from my window", veut s'exposer dans le monde entier
"View from my window" est un groupe Facebook qui a égayé le confinement de plus de 2 millions de personnes dans le monde. Sa créatrice, originaire de Binche, veut montrer les photos les plus marquantes dans le monde entier, grâce à un livre et une expo itinérante.
- Publié le 19-05-2020 à 20h04

À l'origine du groupe Facebook "View from my window", on retrouve Barbara Duriau, binchoise d'origine, mais voyageuse dans l'âme qui, entre 1998 et 1999, a parcouru les cinq continents.
Il y a deux mois, alors que le monde entier se confine, elle rêvasse dans son 27 m2 à Amsterdam, où la graphiste a déménagé après 20 années passées à Bruxelles. "Je me suis dit que nous allions tous être confinés derrière notre fenêtre pendant de nombreuses semaines et en tant que voyageuse et curieuse, je me demandais quelle était la vue des gens à l'autre bout du monde."
Émerge donc l'idée que chacun partage la photo d'une vue de chez soi, depuis sa fenêtre ou sa terrasse. "View from my window" est créé le 22 mars et le succès est… viral. "C'est parti comme un feu de forêt. En deux jours c'était lancé!" Les photos affluent du monde entier et comblent Barbara. "Quand j'ai reçu une première photo d'Australie, c'était vraiment… extraordinaire."

Ont suivi des paysages enneigés de Norvège, un élan d'Alaska, des montagnes arméniennes… En quatre semaines, le nombre de membre passe de 60 à 2 millions. Environ 100 000 photos ont été publiées et 300 000 sont encore en attente d'acceptation.
Pour Barbara, si son groupe a eu autant de succès, c'est parce que "les gens avaient plein de temps devant eux, ils se sentaient seuls et très vite ils ont eu l'impression de trouver une famille; ils se réconfortent, ils s'entraident et des liens d'amitié se créent."
Bâtir l'héritage du confinement
Aujourd'hui, alors que le monde déconfine progressivement, Barbara veut donner une deuxième vie, réelle, à ce phénomène et lance un crowdfunding dont l'objectif est de récolter 70 000 €, pour mettre en œuvre trois projets.
Le premier: monter une exposition itinérante qui réunirait les clichés les plus marquants et qui s'arrêterait dans les villes principales à partir desquelles les photos ont été le plus publiées. De quoi permettre des rencontres réelles de gens qui se sont virtuellement parlé.

Le deuxième: éditer un livre de plus ou moins 300 pages réunissant des photos pertinentes, mais aussi des témoignages et citations publiés sur le groupe, contextualisant certains clichés. L'objectif est de sortir le livre pour les fêtes, soit via un éditeur, soit en autoédition.

Si le projet voit le jour, les membres de "View from my window" pourraient découvrir une facette qui leur a échappé au moment du confinement.
"Le problème, c'est que les gens voient dans leur fil d'actualités les images les plus commentées, qui sont les jolies vues. Mais à côté de ça, il y a toutes les autres qui sont super-intéressantes et que je garde le plus pour la suite." Plus que les cartes postales, car "on a Google pour ça."
Enfin dernier projet: créer un site web où seraient archivées toutes les photos publiées sur le groupe, mais pas seulement. "Il y aurait aussi une carte interactive avec des points de repère identifiant où les photos ont été postées". Mais surtout, ce serait un lieu où on s'échangerait des filons de voyage hors des sentiers battus. "Le rêve ultime, c'est que cela devienne une plateforme où les gens peuvent s'inviter les uns chez les autres. Ce pourrait être le nouvel Air BNB, mais gratuit!" Un coachsurfing revisité en somme.
L'objectif de tous ces projets, "c'est clairement pour que tous les liens créés durant ces 2-3 mois ne s'effritent pas avec le temps." Et que l'on se souvienne de ces deux mois où l'on n'a jamais autant regardé la vue à partir de sa fenêtre.

Au niveau du choix des photos d'abord: "je dirais qu'on ne valide qu'une photo sur trois ou quatre." Beaucoup ne respectent pas les consignes, qui sont: pas de personnes sur les photos, pas de selfies, pas de photos stylisées… "Ce que l'on recherche, ce sont vraiment des images du quotidien."
La modération des commentaires est l'autre gros morceau. "Ce matin, une photo a été publiée montrant des gros buildings typiques de Chine. L'auteur a reçu des commentaires haineux, surtout d'Américains qui se demandaient comment on pouvait vivre sans avoir de nature… C'est parti dans tous les sens."
Sur le web, dans n'importe quelle circonstance, la politique et la bêtise s'invitent rapidement au balcon. "Il faut modérer les débats entre Israéliens et Palestiniens, les Trump et les anti-Trump…" Tout ça à partir d'une histoire de fenêtre… "Je n'aurais jamais cru ça!"