CORONAVIRUS | "La situation est explosive en prison"
Les tensions se multiplient dans les prisons, suite aux mesures liées au Covid-19. L'Observatoire international des prisons lance un cri d'alerte.
- Publié le 03-04-2020 à 06h00

Depuis les mesures de confinement liées au Covid-19, la tension monte dans les prisons du pays. Bagarres, agressions d'agents, grèves émotionnelles, "la situation est explosive", assurent les syndicats.
Grégory Wallez, secrétaire fédéral CGSP Amio (ad interim) se dit encore marqué par les images de l'incident survenu vendredi passé à la prison de Lantin, où trois agents ont été blessés. "On a frôlé la mort d'agents pénitentiaires. Je n'ai jamais vu une telle violence en 30 ans de métier", reconnaît-il.
Plus de visites
Depuis trois semaines, les détenus ne reçoivent plus de visites, sont confinés en cellule avec une heure de sortie par jour, en préau.
Et si le manque des proches se fait ressentir, les "colis" - comprenez des produits illicites - ne rentrent plus non plus en prison. "Cela favorise les tensions", note Grégory Wallez.
Pour Claudine Coupienne, permanente CSC Services publics, cette crise est "sans précédent": "Ce n'est pas la même chose qu'en temps de grève. Ici s'ajoute la crainte des détenus et des agents d'être contaminés."
Outre les tensions et violences, les syndicats dénoncent un manquement du SPF Justice dans la fourniture de matériel sanitaire aux prisons.
"On nous martèle qu'il faut éviter d'amener le virus en prison mais pendant 15 jours, on n'a eu aucun masque", dénonce Grégory Wallez. Des masques ont finalement été cousus par des détenus, "mais ils ne sont toujours pas en suffisance partout, remarque Claudine Coupienne. Idem pour les gels hydroalcooliques et les gants..."
"On est oubliés"
Les agents se sentent "oubliés". "Pas un mot du ministre de la Justice pour nousdepuis le début, dit Marc, agent à la prison d'Andenne. J'ai l'impression qu'il n'y a pas de reconnaissance pour notre travail, que l'on continue malgré tout à faire, certains avec la boule au ventre."
Des mesures ont été récemment prises par le ministre Koen Geens pour limiter les entrées et sorties et désengorger les prisons (voir ci-contre). "Mais ce n'est pas suffisant", réagissent les syndicats.
Claudine Coupienne avance par exemple de rendre le téléphone gratuit: "Ce n'est pas la solution miracle mais cela pourrait atténuer les tensions..."
"On ne peut compter que sur nous-mêmes, la solidarité, la vigilance et le professionnalisme des agents, répond Claudine Coupienne qui n'attend plus "grand-chose" du ministre. À noter que les relations sont difficiles entre les agents et Koen Geens depuis plusieurs années (service minimum, etc.).
"Il ne faudrait pas que cette crise dure deux mois, ajoute la permanente CSC. On craint une vraie escalade des violences et que les agents finissent par baisser les bras." Lundi, le taux d'absentéisme était de 28% dans les prisons, comparable aux autres secteurs, dit néanmoins Claudine Coupienne.
"On sait qu'aujourd'hui on travaille pour le bien de tous. Mais au bout de cette pandémie, on n'en restera pas là...", conclut Grégory Wallez (CGSP).
