"Qu'avez-vous prévu de lire d'ici là?": bouquiner malgré le confinement
Nouveautés reportées, librairies et bibliothèques fermées… sale temps pour les amoureux des livres. Mais la résistance s'organise.
- Publié le 23-03-2020 à 16h37

"La publication de mon roman Française est REPORTÉE. Mon héroïne est confinée comme nous tous! Elle ne naîtra pas en librairie le 25 mars. Nul ne sait quand elle pourra rejoindre chez vous mes autres héros… Et si la littérature n'existait que pour nous inciter à exister?" Ainsi tweetait Alexandre Jardin mardi dernier. Et il n'est pas le seul dans le cas.
La plupart des éditeurs reportent la sortie de leurs nouveautés de fin mars et avril. Ainsi chez Actes Sud, par exemple, on annonce des publications en juillet, un mois habituellement vide de nouveautés.
C'est que, lorsque le monde entier regarde ailleurs et que les points de vente sont fermés, difficile de continuer à avancer.
Les librairies ferment le volet, mais continuent d'exister en ligne. La crainte: voir le géant de la vente en ligne Amazon, bien ouvert, lui, grignoter encore plus de parts de marché.
Ce n'est pas encore dramatique. Mais il ne faudrait pas que ça dure trois mois, ou seulement les plus forts survivront
Par exemple, chez Filigranes à Bruxelles, on fera plus de conseil en ligne et la librairie propose des livraisons à domicile ou des commandes à emporter.
Chez Pax à Liège, l'équipe annonce "On se plonge dans nos lectures en retard" et interroge ses clients: "Et vous? Qu'avez-vous prévu de lire d'ici là?" Hugues Judong, le propriétaire de la librairie a vu la fréquentation du lieu augmenter début de la semaine dernière avant le confinement, avec des clients qui faisaient le plein de livres "à une distance respectueuse" les uns des autres. Pour lui, une fermeture de trois semaines, "ce n'est pas encore dramatique. Mais il ne faudrait pas que ça dure trois mois, ou seulement les plus forts survivront."
Il estime que faire des livraisons n'a pas de sens. D'abord parce qu'il ne reçoit plus de nouveautés et que "c'est ça que les gens veulent" et puis "ce n'est pas dans l'esprit de limiter les contacts et les déplacements".
Certains fournisseurs comme Gallimard ont décidé d'étaler leurs factures et proposent aux libraires de régler dans 60 jours. Hugues Judong s'attend à ce que d'autres fassent pareil.
Le bon moment pour se mettre aux e-books
Un consortium de 27 librairies indépendantes a mis en place la plateforme Librel.be, où acheter des livres numériques au même prix que partout ailleurs, mais au bénéfice des librairies indépendantes. Avec en tête de page, non sans humour et ironie, une sélection de livres… sur la fin du monde.
Les éditeurs aussi multiplient les initiatives. Le belge Lamiroy propose par exemple gratuitement le roman d'Éric Russon, Crispations en version numérique. Il suffit de se rendre sur son site. Les éditions de l'Opportun proposent dix ebooks gratuits par semaine.
Et puis, pour (re)lire les grands classiques, sachez qu'on peut télécharger en toute légalité les œuvres de Flaubert, Maupassant, Zola, Hugo, de la Comtesse de Ségur et des autres, tombés dans le domaine public.
