Sama Rak, de Stambruges au Sénégal
Le Stambrugeois Lionel Croes présente ce dimanche, en avant-première européenne, son film Sama Rak tourné au Sénégal.

- Publié le 24-01-2020 à 06h00

C'était un projet qui lui tenait à cœur, et même s'il a pris plus longtemps que prévu, Lionel Croes est heureux, et fier, de voir son premier long-métrage Sama Rak programmé au Ramdam Festival. "J'avais un peu sous-estimé la question du financement parce que j'ai voulu réaliser un film de manière professionnelle et donc il a fallu rechercher davantage de sponsors et de partenaires, relève le Stambrugeois d'origine. Finalement, j'ai pu compter sur un important soutien à la fois du Fonds Claire et Michel Lemay, de la Fédération Wallonie-Bruxelles, de la Loterie Nationale, de l'association Action Sénégal… mais aussi de nombreux citoyens grâce à une cagnotte participative. Cette expérience m'a permis de prendre conscience que lorsque l'on a une idée en tête, il faut aller jusqu'au bout même si on doit parfois faire face à des obstacles… Le jeu en vaut la chandelle! Aujourd'hui, cela me fait tout bizarre de voir mon nom et l'affiche de mon film sur les billets et les écrans d'Imagix, mais je suis aussi extrêmement surpris de savoir que la salle a été sold-out en moins d'une semaine!"
Installé au Sénégal depuis plus de 10 ans, et plus précisément dans le village de Toubab Diallo, Lionel Croes a tenu à aborder l'une des problématiques de son pays d'adoption: le quotidien des enfants "faux-talibés" ainsi que le mélange des cultures.
Un toubab dans la peau d'un enfant mendiant
Deux années de tournage auront été nécessaires pour l'équipe composée d'une vingtaine de personnes qui se sont déplacées aux quatre coins du Sénégal afin de pouvoir aussi montrer de beaux décors et de belles images du pays. "J'ai voulu le réaliser sous forme d'un conte et user de l'humour pour faire passer un message fort et dénoncer un vrai problème de société, précise le scénariste et réalisateur. Ainsi dans Sama Rak, on suit l'histoire de David, un Belge de passage au Sénégal qui rencontre Daouda, un enfant battu par son marabout et forcé de mendier. Tous deux sympathisent et comparent ce qu'ils ont dans leur vie: l'un a des moyens financiers et une éducation de qualité, l'autre est abandonné par sa famille et survit. Un sorcier bienfaisant fera que ces deux amis se retrouveront l'un dans le corps de l'autre…"
En tournée dans les villages
Par ce film, le public prend ainsi conscience du sort réservé à ces enfants "esclaves" qui, au lieu de bénéficier de l'enseignement du coran par un marabout, se retrouvent dans les rues à mendier. "L'objectif est maintenant de sensibiliser un maximum de gens à cette situation et d'y mettre fin. Avec l'ASBL Action Sénégal, et dans le cadre de son projet de bus didactique, nous allons présenter le film dans les petits villages du Sénégal afin d'éviter que des parents envoient encore leurs enfants dans les mains de ces faux marabouts. C'est aussi un film qui entend transmettre les valeurs de fraternité, d'amitié, de tolérance, etc."
Une suite déjà envisagée
Après une première projection sur la plage de son village de Toubab Diallo et un bon accueil des Sénégalais, Lionel Croes espère que son film plaira aussi au public belge et pourra être présenté dans le cadre d'autres festivals. "Des contacts ont déjà été pris, par exemple avec le FIFF ou l'Africa Festival, ainsi qu'avec autres organisations mais cela doit encore être confirmé dans les semaines à venir", précise-t-il.
Satisfait de cette belle première expérience en tant que réalisateur, le Stambrugeois planche déjà sur l'écriture d'un second volet de son aventure Sama Rak. "Il sera consacré aux origines de deux autres personnages du film, des frères dont l'un est le conteur et l'autre est le sorcier", annonce Lionel Croes.
