INTERVIEW | Deux "bad boys" belges à Hollywood
Les Belges Adil El Arbi et Bilall Fallah ont succédé à Michael Bay pour la suite des aventures des "Bad Boys" Will Smith et Martin Lawrence.
- Publié le 21-01-2020 à 07h00

En 2015, Adil El Arbi et Bilall Fallah secouaient le cinéma belge avec Black. Au delà de nos frontières, leur style punchy a tapé dans l'œil du producteur américain Jerry Bruckheimer. Résultat: cinq ans plus tard les deux cocos sont à la barre de Bad Boys for Life, le troisième volet des aventures de Mike Lowrey et Marcus Burnett, avec Will Smith et Martin Lawrence.
L'avant-première en Belgique a eu lieu il y a quelques jours. Quel effet ça fait?
Adil El Arbi: C'était comme revenir avec la Coupe du monde. C'est comme si on était dans l'espace, sur une autre planète et qu'on revenait sur Terre, dans le monde normal. Ça fait du bien.
Vous avez l'impression que ça va trop vite?
A. El A.: Pas assez vite! Je m'étais dit que je ferais un film à Hollywood avant trente ans! (Rires). Je n'ai pas réussi, j'en ai 31!
Bilall Fallah: Ça fait sept ans maintenant qu'on n'arrête pas. On a tourné notre premier film en 2013. Et on est passés d'un budget de 120 000 balles à 100 millions.
A. El A.: Notre compte en banque n'a pas suivi par contre! On n'a pas eu le salaire de Michael Bay qui demande 8 millions. Si ce film fait comme le Joker un milliard alors peut-être que pour le prochain on pourra demander un peu plus.
B. F.: Ils sont malins les mecs, ils nous ont donné le minimum et ils ont eu deux réalisateurs, c'est pas beau ça!
On imagine qu'un film pareil, aussi attendu, laisse peu de libertés.
A. El A.: On devait manœuvrer. C'est comme une prison en Suède: on est sur une île, on peut marcher mais on ne sort pas de l'île quand même.
Ça vous a frustrés?
A. El A.: Parfois oui. On sait que c'est comme ça que fonctionne le système parce qu'on avait fait la série Snowfall qui était pire. C'était la vraie prison, c'était Saint-Gilles. On savait qu'on devait respecter les conventions de Bad Boys, on le gardait en tête. Quand notre cameraman, qui est Belge aussi et qui a fait tous nos courts-métrages, nous faisait des propositions, on devait d'abord parler avec vingt personnes avant de lui répondre. Il faut être politicien et négocier tout le temps.
B. F.: On a eu de la chance parce que Will Smith et Jerry Bruckheimer étaient derrière nous.
Certaines séquences doivent coûter le prix de deux trois films belges. ça met la pression, le fait de savoir qu'on a autant d'argent entre les mains?
A. El A.: Oui, sur tous les niveaux. C'est un film très connu, on savait qu'il y avait des fans. Si on foire, on foire devant les yeux du monde, pas seulement la Belgique.
Quand on voit le résultat on se dit que vous avez dû vous marrer quand même.
A. El A.: Quand on ne pensait pas aux enjeux, c'était génial. On est fans, j'avais sept huit ans quand j'ai vu le premier. Ils sont cool, black, jeunes… Je voulais être un flic comme eux. Quand on voyait cette équipe travailler devant nous, on se sentait comme des touristes. Ça compensait le stress.
Que retirez-vous de cette expérience pour vos prochains films en Belgique?
A. El A.: La préparation. Quand on fait un film comme ça, on ne peut pas se permettre de faire n'importe quoi. On ne peut pas dire à Will Smith "viens, fais ça et on voit ce que ça donne". Le côté technique veut ça. Il faut analyser le script aussi, les scènes. Et réfléchir, quand on prend une décision, à la raison derrière. Nous, parfois, on agit à l'instinct et on voit après au moment du montage si ça marche ou pas. Ici, non, on prend des décisions créatives, avec des arguments. Tout le reste, les discussions qui durent des heures, on ne va pas le prendre.
Il y a parfois du bla-bla inutile?
A. El A.: Oui, parfois on discute pour des détails. Pour la voiture, ce n'est pas la peine de discuter pendant des mois du modèle ou de la couleur: "Prends une voiture qui est cool et c'est bon!" (Rires)
L'idée c'est de revenir en Belgique pour retrouver de la simplicité alors?
A. El A.: Oui et une certaine liberté artistique aussi. On ne peut pas faire des explosions mais on peut prendre des risques, essayer des trucs avec notre cameraman, expérimenter. On ne peut pas aller trop loin avec un blockbuster américain. C'est la thune de quelqu'un d'autre, il y a beaucoup plus de conséquences.
On pourrait voir arriver un nouveau film dans la veine de "Black"?
A. El A.: On voudrait faire un film dans le même genre, oui. Quelque chose en lien avec la vie bruxelloise, c'est ce qu'on aime. On pourrait aussi faire une suite de Patser. Avec les histoires de coke à Anvers, il y a beaucoup à raconter. On ne veut pas réaliser uniquement des gros films commerciaux.
Ce qui explique qu'on ne voit jamais de films d'action en Belgique, c'est uniquement le budget?
A. El A.: Oui, en Belgique, jamais on ne pourra faire des scènes d'action, ça coûte trop cher. On est déjà contents quand on arrive à finir le film. À Hollywood, il y a le budget pour l'action, puis le budget marketing, puis encore un autre pour retourner des scènes. Ils ont l'expérience aussi.
Vous avez reçu d'autres propositions de la part de Hollywood?
Jerry Bruckheimer veut encore travailler avec nous. Il y a encore plusieurs trucs qui attendent, notamment Le flic de Beverly Hills qui devrait être produit par Netflix. Mais il faut attendre la sortie et les résultats du box-office. Si c'est un flop, c'est fini.
Film d'action de Bilal El Arbi et Billal Fallah. Avec Will Smith et Martin Lawrence. Sortie le 22/01.
