Facebook ferme-t-il les yeux pour encaisser l'argent du Vlaams Belang?
Facebook assure resserrer les boulons à l'approche des élections en Europe. La publicité politique est désormais surveillée. Mais le réseau social est pris dans un drôle de jeu. Exemple avec le Vlaams Belang qui drague la Wallonie.

- Publié le 10-05-2019 à 12h40

Contre argent sonnant et trébuchant, Facebook diffuse plus largement votre message, même auprès des utilisateurs qui ne vous suivent pas. Cette forme de publicité est largement répandue sur le réseau social.

Un juteux business qui pose parfois question et pour lequel Facebook a désormais rendu public certaines données concernant spécifiquement la publicité politique.
Certains partis se sont en effet emparés de la publicité sur Facebook, notamment le Vlaams Belang, qui a récemment lancé une grande campagne… en Wallonie. Une ramification francophone du parti d'extrême droite se présente au sud du pays et sort le portefeuille pour se faire entendre.
"Sponsorisé/Financé par le Vlaams Belang" peut-on lire sur l'une des 110 publicités diffusées par la page VB – nos gens d'abord, depuis sa création, le 20 avril dernier.
Une grosse moitié de ces messages publicitaires sont clairement anti-islam et/ou anti-immigration.
Où est la limite?
Facebook précise dans ses règles d'utilisation qu'il autorise "les critiques à l'égard des politiques d'immigration et les arguments en faveur de la restriction de ces politiques".
Mais certains messages font plus que flirter avec les limites et semblent enfreindre ouvertement les standards édictés. Facebook se retranche derrière l'interprétation de ses règles.
"Nous définissons les discours incitant à la haine comme une attaque directe sur des personnes fondée sur l'origine ethnique, l'origine nationale, la religion etc.", explique le géant du Web. Avant d'ajouter: "Nous définissons une attaque comme un discours violent ou déshumanisant, une affirmation d'infériorité, ou un appel à l'exclusion ou à la ségrégation."
Le Vlaams Belang ne fait rien d'autre envers les migrants, les demandeurs d'asile et la communauté musulmane dans certains messages.
Le réseau social est ici pris dans un drôle de jeu: d'un côté, il encaisse l'argent des messages sponsorisés, de l'autre il devrait supprimer de son propre chef ces mêmes messages quand ils sortent du cadre. On devine l'épineux problème face à l'appât du gain.
Contacté par nos soins, Facebook Belgique précise que le contrôle des publicités est mi-automatique mi-humain et que la communauté des utilisateurs est invitée à signaler les messages irréguliers. Une publicité supprimée sera quand même facturée pour sa durée de diffusion. Les publicités de la page seront réanalysées suite à notre contact.
Plusieurs milliers d'euros
Les données que nous avons récoltées nous apprennent que la page "VB – nos gens d'abord" a déjà dépensé au total entre 5000 et 20000 euros (le réseau social ne fournit qu'une fourchette de prix pour chaque publicité politique sponsorisée) pour promouvoir la septantaine de publicités que nous avons analysées en détail .
Elles ont été vues entre 1 million et 2,5 millions de fois (ici aussi, Facebook se réserve les chiffres exacts).

En plongeant plus dans le détail, on constate que les hommes ont été majoritairement ciblés dans les publicités du Belang. Certaines publicités ont d'ailleurs été payées pour n'être diffusées qu'auprès des utilisateurs masculins de Facebook.
Si vous êtes un homme habitant sur le territoire wallon, il y a donc de forte probabilité que vous ayez vu passer l'un des messages du Vlaams Belang. Et le lobbying continue, puisque de nouvelles publicités sont encore publiées à l'heure d'écrire ces lignes, plusieurs fois par jour.