15 ans après sa reconnaissance UNESCO, le carnaval de Binche veut choyer ses spectateurs
Si certains rites restent immuables, le carnaval de Binche évolue et s'adapte aux attentes de son public. Pour paraître encore plus beau, ces 3,4 et 5 mars.
- Publié le 13-02-2019 à 17h41

Toujours la même chose le carnaval de Binche? Pas vraiment. Certes, le costume de gille est à peu près figé. Oui, les grands rituels restent les mêmes lors du Mardi Gras: ramassage, masque le matin, chapeau à plumes et lancer d'oranges après-midi, rondeau à la lueur des feux de Bengale en soirée.
Mais dans la façon d'enchaîner ces moments symboliques qui font toute l'identité de l'événement, les organisateurs se réservent toute latitude pour rendre la fête encore plus belle.
Car l'événement souffre de quelques faiblesses: des horaires pas toujours respectés, des cortèges parfois épars et indisciplinés dans lesquels se retrouvent trop de personnes qui n'ont rien à y faire… C'est pourquoi cette année, les organisateurs promettent "des cortèges plus courts et réorganisés, un meilleur respect des horaires, un accès plus strict à l'intérieur des cortèges et des rondeaux."
Meilleure visibilité
Des décisions qui ont été prises "pour garantir la meilleure visibilité possible au spectateur." Concrètement, deux changements majeurs sont à signaler pour cette édition 2019 du carnaval de Binche, 15e à se dérouler sous la reconnaissance de patrimoine immatériel de l'UNESCO.
Premier changement: le cortège du mardi soir est raccourci et remodelé. Les gilles ne redescendront plus toute l'avenue Charles Deliège une deuxième fois de la journée, mais partiront dès 20 h du carrefour formé de l'avenue Charles Deliège et de la route de Mons, direction la Grand-Place. Là, ils seront rejoints par d'autres sociétés qui arriveront de deux autres accès: la rue des Bouchers et la rue St-Moustier.
Pourquoi cette modification? Parce que les habitudes du public ont changé. "On a remarqué que les gens venaient surtout au soir pour voir le feu d'artifice, explique Thierry Bodson, gille et secrétaire de la société royale des Indépendants. Résultat: il n'y a plus personne sur une grande partie du parcours, tout le monde est massé à la Grand-Place." Les gilles iront donc en quelque sorte plus vite à la rencontre de leur public.
Qui sera invité à laisser le centre de la Grand-Place aux acteurs du carnaval, le public étant convié à ne plus se mêler aux gilles qui formeront un rondeau autour des feux de Bengale. Les accompagnants auront eux accès à des "espaces binchois".
Dans le même ordre d'idée, les accès aux autres cortèges seront réservés à ces mêmes accompagnants munis d'un bracelet. Objectif: rendre plus claquants des cortèges où les non-acteurs du folklore ont parfois tendance à être trop présents.
Le deuxième bouleversement à signaler concerne le cortège du Dimanche Gras, où les gilles et autres acteurs défilent en costumes de fantaisie. L'an dernier, nous avions pointé une certaine anarchie dans la première partie du défilé, où la plupart des participants, arrivant au compte-gouttes, étaient absents. Ce qui rendait le spectacle peu attrayant.
Cette année, le défilé démarrera une heure plus tard, à 16 h, ce qui laisse le temps aux gilles de se reposer d'une matinée déjà bien chargée et de passer un peu plus de temps avec ses proches avant de retourner rebattre le pavé.
Le parcours aussi a été raccourci: on ne démarre plus du parc de la gare, mais de la rue Wanderpepen, devant le parc Derbaix, et on se quitte à l'avenue Charles Deliège. La partie problématique où les participants étaient peu nombreux a été supprimée en quelque sorte.
Une fête populaire, avec ses qualités et ses défauts
De quoi renforcer encore l'attractivité du spectacle envers les spectateurs extérieurs? C'est le but. Même si, du côté des organisateurs, on insiste: "le carnaval n'est pas et ne sera jamais un défilé militaire. Cela reste une manifestation humaine, populaire, de rue."
Et qui doit composer avec les humeurs des uns et des autres. "Le respect des horaires, ce n'est pas aux sociétaires qu'il faut l'apprendre, ils sont conscients que c'est important. Mais dans un cortège, il y aura toujours une société qui n'avance pas assez vite, une autre qui ne veut pas ralentir… Chaque responsable doit composer avec des gens qui parfois ne veulent rien entendre."
Malgré cet horaire remodelé, des couacs, il y en aura. Les autorités le savent et ne s'en font pas trop pour ça, car ça fait partie du jeu et cela rajoute du sel à la manifestation. Que serait le carnaval sans des gilles en retard? Une manifestation plus froide, voire triste. Promis, cette année, nous serons indulgents.
