VIDÉO | Être voyant en 2019, au-delà des prédictions: "Pas un 0903 qu'on appelle tous les jours"
"Faire des prédictions n'a rien de simple. C'est une vocation qu'il faut pouvoir assumer." Alors que 2019 vient de débuter et que les prédictions vont bon train, rencontre avec Danny, une Liégeoise à qui la voyance s'est imposée. Entre intuitions et flashs, elle évoque son métier quelque peu "différent".

- Publié le 01-01-2019 à 07h00

Danny a 58 ans. Liégeoise de souche, elle habite sur les hauteurs de la Cité ardente "depuis toujours ou presque". C'est là, dans sa maison, qu'elle reçoit ses clients. Son bureau? Une petite pièce située à l'étage où la lumière tamisée fait ressortir les couleurs chaudes des voiles disposés à la fenêtre. Sur les murs, entre les notes musicales légèrement diffusées par la radio, deux cadres imposants attirent le regard. "Ils regroupent des cartes du Tarot. D'ailleurs, dans celui de droite, il s'agit du premier jeu que j'ai utilisé à mes débuts dans la profession." C'était il y a plus de 20 ans maintenant, à l'époque où Danny prenait seulement le pas sur Danièle, l'assistante de direction.
"Depuis toute petite, je ressens des choses avant qu'elles ne se produisent, explique Danny de son très léger accent liégeois. Je me souviens que mes premiers flashes étaient d'ailleurs très basiques... J'avais par exemple le sentiment qu'une telle de mes copines allait réussir ses examens tandis qu'une autre allait sortir avec tel garçon. Bref, rien d'extraordinaire mais ça se vérifiait souvent. Et comme ça me faisait plaisir de voir que ce don aidait les gens qui m'entouraient, j'ai décidé de le développer peu à peu." Pendant 15 ans, Danièle aiguise ses sens et se crée sa "propre voyance", entre intuitions, cartes et numérologie. D'abord dans son cercle privé, "avec mes collègues de l'époque principalement", et ensuite avec les auditeurs de... Radio Contact qui l'ont découvert "un peu par hasard" au début des années 90.

"Au fil de mes passages à la radio, ma clientèle grossissait. Dès que j'étais plus ou moins certaine de pouvoir vivre de ma passion, je me suis donc lancée à mon compte." Toujours avec le même mot d'ordre: discrétion. "Je refuse de connaître le nom des gens qui viennent me consulter parce que ça ne me regarde pas. Quand je reçois quelqu'un, je n'ai besoin que de son prénom et de sa date de naissance. La suite, c'est un échange d'énergie entre la personne et moi-même." Un échange pendant lequel Danny a l'habitude d'évoquer un ou deux événements du passé "afin de s'assurer que la connexion est bonne". "Et si ça coince dès les premières minutes, j'ai tendance à arrêter la consultation. Ce qui m'arrive une ou deux fois par an", comme cette fois où "la cliente était trop fermée et aucune onde ne passait entre elle et moi."
Les deux mains posées sur les cartes alignées devant elle, Danny l'assure: elle ne réalise jamais plus de quatre consultations sur une même journée. "Parce que c'est trop énergivore." Et qu'elle ne veut pas être dévorée par la vie des autres.
"Les gens qui viennent me voir, ce sont des personnes qui ont besoin d'avoir des réponses à leurs questions parce que quelque chose ne va pas dans leur vie. Même si c'est involontaire, je me mets donc un peu à leur place. S'immiscer dans la vie privée de quelqu'un et gérer sa charge émotionnelle, c'est parfois très dur à vivre. C'est sans doute pour ça que je suis heureuse de déconnecter en fin de journée."
Forcément psychologue sur les bords - "Je suis franche et je ne cache jamais rien aux personnes qui viennent sonner à ma porte, mais je mets toujours des pincettes lorsque c'est nécessaire" - Danny reconnaît toutefois avoir du mal avec l'évolution de son métier :"Aux yeux du grand public, c'est parfois difficile d'assumer le statut de medium."Être réferencée sur internet, c'est une chose, consulter par mail, c'en est une autre.
"Personnellement, je ne suis pas pour la voyance par téléphone. Je le fais car on est en 2018 et qu'il faut un peu évoluer avec son temps, mais ce n'est pas ce que je préconise, lâche-t-elle un peu plus sèchement. Pourquoi? Parce qu'on ne voit pas les gens à qui on parle. Entendre une voix, c'est bien, mais rien ne remplacera le contact visuel et physique. L'énergie que quelqu'un dégage en tirant telle ou telle carte m'en apprend parfois beaucoup plus que la carte elle-même. Et puis, je ne suis pas un 0903! Répondre dans la minute à une question qui me serait posée, ce n'est pas possible. Ceux qui vous promettent ça, ce sont des arnaqueurs parce qu'ils créent une dépendance chez les autres en donnant l'illusion d'être la réponse à toutes leurs interrogations."

À 60 euros la consultation "d'une heure à une heure et demie", Danny assure vivre "petitement mais simplement". "Parce qu'un médium qui fait correctement son boulot et qui ne pousse pas ses clients à consulter tous les trois mois, il ne touche pas des millions d'euros."
"Finalement, peut-être que la solution pour que je touche plus d'argent, ce serait d'écrire un livre compilant les questions les plus bizarres qu'on m'ait jamais posées, sourit la Liégeoise. Parce que là, je peux vous dire que j'en ai déjà entendu des vertes et des pas mûrs..."