Quand Tyler Hamilton avait fini 4e du Tour avec une clavicule cassée

Victime d'une fracture de la clavicule, le maillot jaune Tony Martin a abandonné ce jeudi au terme de la 6e étape du Tour de France 2015. Douze ans plus tôt, Tyler Hamilton, souffrant de la même blessure, signait un des plus grands exploits de l'histoire de la Grande Boucle... avant d'être convaincu de dopage. Dans son excellent livre de confessions, il s'attarde notamment cette épreuve.

Quand Tyler Hamilton avait fini 4e du Tour avec une clavicule cassée
Tyler Hamilton ©Belga
Quand Tyler Hamilton avait fini 4e du Tour avec une clavicule cassée

Tyler Hamilton, c'est un de ces anciens coéquipiers de Lance Armstrong qui a contribué à la chute du mythe par ses aveux de dopage organisé au sein de l'équipe US Postal. Dans son livre "La Course secrète" sorti en 2012, il parcourt sa vie de professionnel au gré des 16 chapitres. Dans le 11e, il revient sur la fameuse année 2003, sans doute la meilleure de sa carrière.

Quand Tyler Hamilton avait fini 4e du Tour avec une clavicule cassée

Auréolé de sa victoire à Liège-Bastogne-Liège au printemps, la première d'un Américain sur la Doyenne des classiques, Hamilton, alors dans la force de l'âge du haut de ses 32 ans, débarque sur la Grande Boucle avec le statut de co-leader de l'équipe CSC avec Carlos Sastre. Il explique avoir convenu avec son directeur sportif Bjarne Riis et son médecin Eufemiano Fuentes d'effectuer une première tansfusion sanguine le 4 juillet, à la veille du grand départ à Paris. Et pour la première fois de sa carrière, le lendemain, il figurait devant Armstrong au classement du prologue. Mais à l'arrivée de la 1re étape, patatras: plusieurs coureurs se retrouvent au sol. Hamilton figure parmi les plus touchés. "En heurtant la chaussée, j'ai vu mille étoiles; il y a eu un craquement. C'était mon épaule." Verdict: double fracture de la clavicule gauche. Deux médecins lui assurent que la course est finie pour lui. Un troisième lui dit que "la fracture est nette mais que les os sont en place. Il y avait donc une chance. J'ai décidé de la tenter."

Il reprend part à la course avec des bandes pour immobiliser sa clavicule, une pression des pneus réduite et trois couches de guidoline supplémentaires ajoutées à son guidon pour amortir les secousses. "Il existe différents types de douleur. Celle-là était nouvelle pour moi - plus vive, aveuglante. J'étais partagé entre l'envie de hurler et celle de vomir. Seulement voilà: si tu peux supporter les dix premières minutes, tu peux supporter davantage. Curieusement, l'intensité de la course avait un effet apaisant. J'ai poussé plus fort, profitant de la douleur de mes muscles pour me distraire de celle de ma clavicule."

Expliquant que son corps et son esprit "s'adaptaient", il a ainsi mordu sur sa chique en limitant les dégâts au classement général. Arrivent les Alpes. Alors qu'il avait prévu de s'injecter une 2e poche de sang après leur passage, il choisit de le faire quatre jours plus tôt. "Avec ma clavicule cassée, je me sentais faible. J'ai consommé beaucoup d'énergie pendant la première semaine. Il me fallait ma poche de sang tout de suite!" Le soir du 11 juillet, Fuentes débarque dans sa chambre d'hôtel à Lyon pour cette 2e transfusion. Le lendemain matin, contrôle anti-dopage... Il raconte l'avoir déjoué grâce à un sérum physiologique en intraveineuse qui a fait redescendre son taux d'hématocrite.

Quand Tyler Hamilton avait fini 4e du Tour avec une clavicule cassée

Vient ensuite l'étape de l'Alpe d'Huez. Comme à son habitude, l'US Postal met en route dans la montée finale. "L'espace d'une seconde, j'ai été largué. Puis j'ai comblé l'écart. Sans la poche de sang, je ne serais jamais revenu. Elle m'a procuré ces 5 battements de coeur, ces 20 watts supplémentaires." Il suit le groupe de tête sans se mettre en danseuse ("Ma clavicule me fait trop souffir") et finit avec Armstrong tandis que la victoire du jour revient à Iban Mayo qui était parvenu à s'échapper.

Quand Tyler Hamilton avait fini 4e du Tour avec une clavicule cassée

Tyler Hamilton continue de souffrir. "A force de compenser ma clavicule, je me suis comprimé un nerf au bas du dos." Son kiné lui débloque. Il perd tout de même du terrain lors des étapes suivantes. Jusqu'au 23 juillet, juste après sa 3e transfusion sanguine du Tour. La veille, il a demandé à Jan Ullrich de ralentir alors qu'Armstrong venait de tomber à cause d'une musette tenue par un enfant. Son compatriote lui rend la pareille cette fois en le laissant s'échapper dans la dernière étape de montagne reliant Pau à Bayonne. D'abord dans un petit groupe, il roule à bloc et s'isole en tête pour une échappée solitaire de 96 kilomètres! "J'étais au bord du malaise mais mes jambes, elles, avaient du jus. Elles moulinaient sans faiblir." Il parvient à maintenir près de 2 minutes d'avance sur le peloton en franchissant la ligne, main dans la main avec Bjarne Riis. "On dira ce qu'on voudra des poches de sang et de l'EPO; on pourra me traiter de tricheur et d'alambic ambulant jusqu'à plus soif. Le fait demeure que, dans une course où chacun avait les mêmes chances, j'ai joué le jeu et je l'ai bien joué." Il s'assurera au passage la 4e place du classement final, il ne fera jamais mieux.

Vidéo de sa victoire d'étape à Bayonne, quand il arrive devant la ligne main dans la main avec Riis:

Vidéo de 2004 montrant sa chute. Il expliquait alors avoir embrassé la douleur plutôt que de la subir:

Extrait du documentaire "Brainpower" qui suivait Hamilton sur le Tour 2003:

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