Quand Fantasio était une marionnette

Dupuis 2013

Fantasio est un peu à Spirou ce que Haddock est à Tintin : un indéfectible camarade de route.

Mais avant de devenir un héros de papier, Fantasio était une signature. Celle utilisée par Jean Doisy, premier rédacteur en chef de Spirou et qui signait de ce nom certaines des rubriques (Voyez-vous les erreurs ?, par exemple) qu’il animait. Et à travers lesquelles il s’échinait à associer ludique et pédagogique.

Survint alors la guerre. Et l’Occupation. Si, dans un premier temps, le journal de Spirou continua à paraître, Jean Doisy et la famille Dupuis étaient très inquiets des dégâts que pourrait causer, auprès de leurs jeunes lecteurs, une brutale interruption de la publication (qui surviendra bel et bien en 1943). Aussi, pour parer à toute éventualité, et garder à coup sûr le contact avec son public, Doisy imagina-t-il un stratagème méconnu que révèlent Christelle et Bertrand Pissavy-Yvernault dans La véritable histoire de Spirou.

L’histoire a retenu de Jean Doisy qu’outre son travail au sein des éditions Dupuis, il était un homme de conviction. À gauche de la gauche, militant au sein de plusieurs associations, il n’hésita pas à prendre des risques pour cacher et sauver des enfants juifs durant le second conflit mondial. C’est en recrutant une «passeuse» qu’il fit la connaissance d’André Moons, un jeune homme idéaliste qui rêvait de grandes scènes pour lui et… son théâtre ambulant de marionnettes, Le Farfadet.

Doisy, jamais à court d’idées, imagina rapidement un spectacle dans lequel interviendrait le personnage de Spirou. Mais dès les premières séances, pour lesquelles le public accourt, il est accompagné de Tif et Tondu, mais aussi d’une marionnette de Fantasio (introuvable aujourd’hui). Il est alors aux antipodes de l’image ensuite véhiculée par les albums de bande dessinée : il est brun, a le visage carré et un costume très sobre. Mais il existe.

« J’ai vendu mon fils »

Après la guerre, Jijé succède à Rob Vel au dessin de Spirou après que le Français a vendu les droits du personnage aux éditions Dupuis – « j’ai vendu mon fils.», déclara-t-il plus tard. Un cas unique dans le monde de la bande dessinée. Pour la première fois, Jijé dessine Fantasio. dans Le pilote rouge. Mais il le fait blond, presque chauve et apparaître en… caleçon. Jean Doisy, qui revendique la paternité du personnage pour avoir signé sous ce patronyme dans le journal, est fâché. Mais Jijé ne fera pas marche arrière. Et Fantasio de devenir le Fantasio que, tous, nous connaissons.