La conservation de De Heug en débat
Démolir et reconstruire à l'identique l'immeuble De Heug: une fausse bonne idée? Débat passionné au musée de la Photo.
- Publié le 13-03-2014 à 06h00

Dans le cadre de ses missions photographiques sur Charleroi, le musée de la Photo suscite les confrontations, voire les chocs d'idées.
Après un débat sur l'avenir de la prostitution en centre urbain, c'est le projet de démolition-reconstruction de l'immeuble des pianos De Heug, sur le quai de Brabant, une œuvre de l'architecte Marcel Leborgne classée en 1995, que le directeur du musée, Xavier Canonne, a proposé d'aborder.
Autour de la table: le bouwmeester de Bruxelles Olivier Bastin -à défaut de son homologue carolo Giorgios Maillis, la secrétaire de la commission royale des Monuments et sites Anne Van Loo, les architectes Maurizio Cohen, spécialiste en histoire de l'architecture, et Nicolas Creplet, auteur de l'étude sanitaire du bâtiment De Heug, le sociologue Benoît Dusart et l'historien André Lierneux ainsi que l'échevine cdH du Patrimoine Véronique Salvi.
On le sait: deux expertises ont conclu à la quasi impossibilité de sauver les structures et l'enveloppe du bâtiment. Du moins à un coût raisonnable. La solution préconisée consiste à abattre les éléments irrécupérables de la maçonnerie et l'architecture pour refaire du neuf autour des éléments classés à l'intérieur, soit la cage d'escalier et l'ascenseur.
Quelle affectation pour le bien situé dans le périmètre de rénovation Rive gauche? Ce n'est pas encore tranché, assure l'échevine du Patrimoine, même si le projet d'installer une auberge de jeunesse derrière les façades de l'immeuble reste une option sérieuse.
Ne risque-t-on pas alors de créer un pastiche de l'œuvre de Leborgne, à l'image de la reproduction de la ville de Venise à Las Vegas ou des paysages d'Europe reconstitués en Chine? En cas de reconstruction, les nouvelles normes de sécurité incendie et de performance énergétique (châssis, vitrages) devront être intégrées, ce qui modifiera l'image actuelle du bien classé.
Pour sa part, Anne van Loo estime que l'acte de classement appelle une responsabilité des pouvoirs publics: on ne classe pas un bâtiment dont on sait pertinemment qu'il est condamné, dans la mesure où la décision engage l'argent de la collectivité. S'il est possible de restaurer, il faut s'en donner les moyens. Par contre si ce n'est pas le cas, il faut accepter le principe de "perdre" le bâtiment.
Pour Véronique Salvi, l'attachement des Carolos à ce bien justifie son maintien dans le paysage urbain. Le débat est d'ailleurs déjà politiquement plié, annonce-t-elle. Ne vient-il pas trop tard? C'est le sentiment d'André Lierneux, pour qui la Ville ne respecte pas sa mémoire. Il plaide pour qu'une troisième expertise indépendante des intérêts financiers du promoteur et de la Région puisse être réalisée.
Dans la salle, des citoyens demandent à être associés à la réflexion sur la future affectation. À partir du moment où la Wallonie participe au financement de la reconstruction, c'est la moindre des choses.
